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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101934

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101934

lundi 27 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101934
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDENIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Denis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Georges-de-Didonne a procédé à sa révocation ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Georges-de-Didonne de procéder à sa réintégration ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Georges-de-Didonne la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- certains faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- la sanction est disproportionnée au regard des faits qui lui sont reprochés.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 décembre 2021, la commune de Saint-Georges-de-Didonne, représentée par Me Lopes, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lopes, représentant la commune de Saint-Georges-de-Didonne.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, titulaire du grade d'adjoint technique principal de 1ère classe, exerçait les fonctions de référent projet gestion du parc automobile roulant au sein de la commune de Saint-Georges-de-Didonne. Par un arrêté du 21 janvier 2021, le maire a suspendu M. B de ses fonctions pour une durée de quatre mois. Envisageant de prononcer la révocation de l'intéressé, le maire a saisi le conseil de discipline, qui s'est réuni le 9 avril 2021 et s'est prononcé en faveur d'une exclusion temporaire de fonctions d'un an assortie d'un sursis de 6 mois. Par un arrêté du 25 mai 2021, le maire de Saint-Georges-de-Didonne a prononcé la révocation de M. B à compter du 26 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () L'avis de cet organisme [le conseil de discipline] de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. "

3. L'arrêté litigieux vise les dispositions législatives et réglementaires applicables et précise qu'il est reproché à M. B d'avoir " commis un manquement manifeste à ses obligations professionnelles de référent gestion du parc roulant, un manquement à l'obligation de se consacrer à son activité de fonctionnaire territorial, une infraction au code de l'environnement qui porte atteinte également à l'image de la commune, un prélèvement de pièces sur un véhicule municipal le rendant hors d'état de rouler, pour réparer et améliorer son propre véhicule, et d'avoir proféré des menaces à l'encontre d'un collègue du pôle exploitation ". En outre, l'arrêté vise l'avis motivé émis par le conseil de discipline le 9 avril 2021. Ainsi, M. B peut, à la seule lecture de cette décision, connaître les motifs de la sanction qui le frappe. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. () ". L'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale alors en vigueur dispose que : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () / Quatrième groupe : / la mise à la retraite d'office ; / la révocation. () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

5. Si M. B soutient qu'il n'a pas volé d'essence ni de ferraille, il ressort des pièces du dossier que des prélèvements de carburant ont été effectués en 2019 et 2020 en quantité excédant les réservoirs des véhicules mentionnés sur le registre, notamment par M. B, et alors que les agents dont la carte était utilisée étaient absents ou les véhicules désignés non utilisés. En outre, l'intéressé reconnaît qu'il a utilisé un véhicule loué par la commune pour transporter chez lui de la ferraille, sans avoir préalablement demandé l'autorisation. Il reconnaît, en outre, ne pas avoir demandé d'autorisation de cumul d'activité depuis 2018, même s'il soutient qu'il s'agit d'un simple oubli alors qu'il avait effectué ces demandes entre 2011 et 2017 et que sa grande disponibilité est soulignée par son encadrant. M. B reconnaît également avoir prélevé des pièces sur un véhicule municipal tout en soutenant, sans l'établir, que ce véhicule était destiné à la casse et qu'il n'a récupéré que des éléments de carrosserie et non l'entier moteur. De même, il reconnaît les propos menaçants du message envoyé à l'un de ses collègues en faisant valoir qu'ils seraient justifiés par le contexte. L'ensemble de ces faits est constitutif de manquements aux devoirs de loyauté, d'intégrité et de probité, et constituent des fautes de nature à justifier une sanction. Dans ces conditions, quand bien même le fait de n'avoir pas correctement entretenu un terrain mis à sa disposition par la commune dans le cadre d'une autorisation d'occupation du domaine public est sans rapport avec sa manière de servir, au regard de la gravité des fautes sus rappelées, dont certaines peuvent donner lieu à des poursuites pénales, et eu égard à l'ancienneté de M. B dans la fonction publique, la sanction retenue n'apparaît pas disproportionnée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B à fin d'annulation et d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Saint-Georges-de-Didonne la somme sollicitée par M. B au titre des frais du litige. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme que demande la commune de Saint-Georges-de-Didonne sur ce même fondement.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Georges-de-Didonne présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Saint-Georges-de-Didonne.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 février 2023.

La rapporteure,

Signé

A. THEVENET-BRECHOTLa présidente,

Signé

S. BRUSTON

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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