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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102015

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102015

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102015
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDAGUERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 30 juillet 2021 sous le n°2102015, Mme B A, représentée par Me Daguerre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juin 2021 par laquelle le directeur adjoint du centre hospitalier de Saintonge et de Saint-Jean-d'Angély lui a refusé la protection fonctionnelle ainsi que la décision du 19 juillet 2021 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux présenté à l'encontre de cette décision et de la décision du 7 juin 2021 par laquelle il lui a infligé la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois jours ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Saintonge et de Saint-Jean-d'Angély de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle et de prendre en charge toutes les conséquences, de quelque nature qu'elles soient, nées de la situation de harcèlement moral dont elle est victime, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Saintonge et de Saint-Jean-d'Angély une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions litigieuses sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'erreur d'appréciation, dès lors que la requérante subit des faits de harcèlement moral de la part d'agents du centre hospitalier pour lesquels elle a engagé des poursuites pénales, et ce alors même que toutes ses évaluations professionnelles ont toujours été positives au cours de sa carrière médicale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2022, le centre hospitalier de Saintonge et de Saint-Jean-d'Angély conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante sont infondés.

II. Par une requête enregistrée le 30 juillet 2021 sous le n°2102017, Mme B A, représentée par Me Daguerre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2021 par lequel le directeur adjoint du centre hospitalier de Saintonge et de Saint-Jean-d'Angély a prononcé à son encontre la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois jours ainsi que la décision du centre hospitalier de Saintonge et de Saint-Jean-d'Angély du 19 juillet 2021 portant rejet de son recours gracieux à l'encontre de cet arrêté et de la décision de rejet de sa demande de protection fonctionnelle ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Saintonge et de Saint-Jean-d'Angély une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'un vice de forme, dès lors que le courrier l'informant de l'ouverture d'une procédure disciplinaire à son encontre ne mentionne pas le fait qu'elle peut se faire communiquer son dossier ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits reprochés ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que toutes les évaluations professionnelles de la requérante ont été positives depuis le début de sa carrière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2022, le centre hospitalier de Saintonge et de Saint-Jean-d'Angély conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pipart,

- les conclusions de Mme Thévenet-Bréchot, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2102015 et n° 2102017, présentées par Mme A, concernent la situation d'un même agent public, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme B A exerce les fonctions d'infirmière de bloc opératoire au sein du centre hospitalier de Saintonge et de Saint-Jean-d'Angély depuis le 17 août 1998. Du 26 août 2019 au 25 janvier 2021, elle a été placée en congé longue maladie. Elle a ensuite repris ses fonctions à l'issue de ce congé. Dès le début du mois de février 2021, tant la requérante que ses collègues ont rencontré des difficultés, ayant abouti, d'une part, à ce que l'intéressée dépose une plainte pour harcèlement moral le 9 février 2021 et, d'autre part, que le centre hospitalier prenne à son encontre une décision de suspension à titre conservatoire, puis d'exclusion temporaire de trois jours, le 7 juin 2021. Le 15 février 2021, elle a sollicité la protection fonctionnelle, ce qui lui a été refusé par une décision du directeur adjoint du 7 juin 2021. Par une décision du 19 juillet 2021, cette même autorité a rejeté son recours gracieux présenté à l'encontre des décisions du 7 juin 2021 portant exclusion temporaire de fonctions et rejet de sa demande de protection fonctionnelle. Mme A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Par une décision du 19 décembre 2019, versée aux débats, le directeur du centre hospitalier de Saintonge et de Saint-Jean-d'Angély a donné délégation permanente de signature au directeur adjoint chargé des ressources humaines non médicales pour tout document, engagement, correspondance se rapportant à la gestion, aux missions et au fonctionnement général de la direction des ressources humaines, y compris les notes d'information et les notes de service. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant exclusion temporaire de fonctions :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Et aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité qui prononce une sanction a l'obligation de préciser elle-même dans sa décision les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de la personne intéressée, de sorte que cette dernière puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui la frappe. Si l'autorité qui prononce la sanction entend se référer à un avis, le texte de cet avis doit être incorporé et joint à sa décision.

5. La décision du directeur adjoint chargé des ressources humaines portant décision d'exclusion temporaire de fonctions de la requérante du 7 juin 2021 vise les textes dont elle fait application, notamment la loi du 13 juillet 1983, la loi du 9 juillet 1986, le décret du 7 novembre 1989, ainsi que les fiches de déclaration d'incident des 2 et 4 février 2021, la décision de suspension à titre conservatoire prise à l'encontre de l'intéressée le 8 février 2021 et l'entretien disciplinaire réalisé le 15 février 2021. Elle expose de façon détaillée les faits retenus par l'administration pour infliger la sanction prononcée, notamment le doigt d'honneur adressé à l'une de ses collègues, l'agression verbale et physique d'une agente, le fait que la requérante se serait saisie d'un bistouri sans raison apparente et pour intimider une collègue, ainsi que les accusations portées par elle contre différents agents du centre hospitalier. Dès lors, cette décision qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 7 novembre 1989 dans sa rédaction alors en vigueur : " Le fonctionnaire contre lequel est engagée une procédure disciplinaire doit être informé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. Il doit être invité à prendre connaissance du rapport mentionné à l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le courrier du 8 février 2021, reçu en mains propres par la requérante et signé par ses soins, mentionne le droit pour celle-ci d'obtenir communication de son dossier individuel, droit qu'elle a d'ailleurs demandé à exercer par un courrier électronique du même jour, versé aux débats. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'information relatif à la communication du dossier individuel doit être écarté comme manquant en fait.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droit et obligation des fonctionnaires : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / L'avertissement, le blâme, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / Deuxième groupe : / La radiation du tableau d'avancement, l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / Troisième groupe : / La rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par l'agent, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; / Quatrième groupe : / La mise à la retraite d'office, la révocation () ".

9. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

10. Si la requérante reconnaît avoir eu une altercation avec une collègue, elle conteste, pour l'essentiel, la matérialité des faits qui lui sont reprochés, notamment le fait d'avoir saisi un bistouri pour intimider une collègue, ou même le fait qu'elle aurait entendu intimider une quelconque personne, ce qui ne ressortirait d'ailleurs pas des témoignages produits. Toutefois, d'une part, un premier témoin, chef de service, a attesté de la réalité d'une altercation entre la requérante et une collègue, entraînant des larmes de cette dernière, ainsi que de blagues douteuses et incompréhensibles, ce qui l'a amené à formuler une demande d'expertise psychiatrique de l'intéressée. D'autre part, un deuxième témoignage mentionne l'agression verbale d'une collègue et des propos tenus sur un ton agressif. Enfin, un troisième témoignage mentionne le ton agressif de la requérante tant envers ses collègues que les patients, le témoin indiquant avoir peur des réactions de Mme A. Le rapport administratif produit au dossier fait état de propos incohérents, de discours mystiques et d'un doigt d'honneur adressé à un agent, puis mentionne le fait que la collègue qui a fait l'objet d'une agression verbale a dû consulter la psychologue du travail du fait de cette altercation. Ainsi, si ces témoignages n'établissent pas avec certitude l'agression d'un agent avec un bistouri, l'exactitude matérielle des autres faits reprochés à la requérante sont suffisamment établis par les nombreux témoignages concordants figurants au dossier.

11. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, outre ce qui a été dit au point 10, que si Mme A a eu des notations et évaluations plutôt positives au cours de sa carrière, d'une part, elles se sont dégradées lors de l'année 2018, mentionnant son incapacité à prendre en charge les astreintes et, d'autre part, son comportement s'est révélé particulièrement préoccupant lors de son retour de congé longue maladie. Par suite, compte tenu de la gravité des faits fautifs mentionnés au point précédent, le directeur adjoint en charge des ressources humaines du centre hospitalier de Saintonge et de Saint-Jean-d'Angély n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant à l'encontre de la requérante une décision d'exclusion temporaire de fonction de trois jours.

En ce qui concerne la décision portant refus de protection fonctionnelle du 7 juin 2021 :

12. En premier lieu, la décision du directeur adjoint chargé des ressources humaines portant refus de protection fonctionnelle du 7 juin 2021 vise l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 et expose que l'ensemble des propos tenus lors de l'entretien du 15 février 2021 avec l'intéressée et le courrier électronique envoyé le même jour sont confus, invraisemblables et incohérents. Dès lors, la décision litigieuse, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement au sens des dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, est suffisamment motivée.

13. En second lieu, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, dans sa rédaction alors en vigueur : " IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée (). ".

14. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

15. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui.

16. S'il ressort des pièces du dossier que Mme A a déposé plainte pour harcèlement moral et psychologique le 9 février 2021, aucun élément versé au dossier ne permet d'établir d'éventuelles poursuites pénales ultérieures. En outre, le courrier électronique du 15 février 2021 et le courrier du 9 juin 2021, contenant de multiples accusations contre de très nombreux collègues, les accusant notamment de faits de nature pénale, de maladies mentales et de complots, font apparaître des allégations nombreuses, y compris contre des membres de la gendarmerie, sans que, en l'absence de tout témoignage ou d'éléments circonstanciés, il soit possible d'en établir la matérialité. Dans ces conditions, Mme A ne soumet pas au juge d'éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral, la circonstance que la requérante ait bénéficié d'évaluations professionnelles favorables au cours de sa carrière étant sans incidence sur cette appréciation.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A à fin d'annulation des décisions portant sanction disciplinaire et refus de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ainsi que du rejet de son recours gracieux doivent être rejetées ainsi que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte qui les assortissent.

Sur les frais de procès :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre du CHU de Saintonge et de Saint-Jean-d'Angély, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Saintonge et de Saint-Jean-d'Angély.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Gibson-Théry, première conseillère,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

R. PIPART

La présidente,

Signé

S. BRUSTON La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

2,2102017

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