lundi 23 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2102032 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP D'AVOCATS TEN FRANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 août 2021, Mme B A demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 juin 2021 par laquelle la communauté d'agglomération Rochefort Océan a refusé de reconnaître imputable au service sa maladie ;
2°) à titre principal, d'enjoindre à la communauté d'agglomération Rochefort Océan de reconnaître la pathologie dont elle souffre imputable au service et de liquider ses droits en conséquence, ou, à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise avant-dire droit sur l'imputabilité au service de sa pathologie.
Elle soutient que :
-la décision attaquée est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne mentionne pas l'expertise médicale du 8 avril 2021 réalisée par le médecin agréé ;
-l'avis de la commission de réforme, que s'est approprié l'autorité territoriale, est entaché d'une erreur d'appréciation et n'est pas suffisamment motivé ;
-l'imputabilité de son affection au service résulte de nombreux avis médicaux, et notamment du rapport d'expertise du médecin agréé du 9 avril 2021 ;
-ses deux épisodes dépressifs antérieurs, datés de 2002 et 2012, sont sans lien avec la pathologie dont elle souffre depuis le 13 mai 2019 ;
-son syndrome d'épuisement professionnel est dû à une charge de travail excessive et inhabituelle depuis plusieurs années.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2023, la communauté d'agglomération Rochefort Océan, représentée par la SCP d'Avocats Ten France, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée le 9 juin 2023.
Un mémoire produit par Mme A, enregistré le 14 juin 2023, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry,
- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lachaume, représentant la communauté d'agglomération Rochefort-Océan.
Considérant ce qui suit :
1. Madame B A a été recrutée par la ville de Rochefort en qualité d'adjoint administratif principal titulaire, à temps complet, depuis le 1er octobre 2008, pour occuper les fonctions de correspondante du Comité national d'action sociale (CNAS) et de l'Amicale du personnel de la commune (APC). Elle a ensuite exercé ses fonctions à compter du 1er novembre 2017, au profit de la ville de Rochefort et de la communauté d'agglomération Rochefort Océan, dans le cadre de la mutualisation de leurs services. Mme A a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 13 mai 2019, et, par un arrêté du 11 septembre 2020, en congé de longue durée à plein traitement, du 13 mai 2019 au 12 novembre 2020. Elle a transmis à sa collectivité d'emploi, qui en a accusé réception le 26 janvier 2021, une déclaration de maladie professionnelle à raison d'un syndrome d'épuisement professionnel lié à un trouble anxio-dépressif. Après une expertise médicale réalisée, à la demande de la communauté d'agglomération, par un médecin psychiatre agréé le 8 avril 2021, la commission de réforme, a émis un avis défavorable à la reconnaissance du caractère professionnel de l'affection présentée par Mme A, lors de la séance du 21 mai 2021. Par un courrier du 4 juin 2021, le président de la communauté d'agglomération Rochefort Océan a informé Mme A qu'il décidait de suivre cet avis défavorable, et que son placement en congé de longue durée était maintenu. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le président de la communauté d'agglomération Rochefort Océan s'est fondé sur l'avis défavorable rendu par la commission de réforme le 21 mai 2021 en raison d'un " contexte plurifactoriel et d'une certaine disproportion entre les faits relatés par l'agent et les arrêtés constatés " pour refuser à Mme A la reconnaissance de l'imputabilité au service de son syndrome d'épuisement professionnel. Si l'avis du 7 avril 2021 du médecin de prévention, communiqué à la commission de réforme, a également conclu à l'absence de rapport direct entre la pathologie de Mme A et ses conditions de travail, l'expert psychiatre agréé, qui s'est prononcé sur cette imputabilité le 8 avril 2021, a toutefois estimé que l'état de santé de Mme A était en relation directe et essentielle avec l'exercice de ses fonctions. Son diagnostic est corroboré par les quatre certificats médicaux établis, entre le 27 novembre 2020 et le 16 juin 2021, par le médecin psychiatre qui assure le suivi de la requérante. Ces deux médecins relèvent notamment que les états dépressifs antérieurs de Mme A, qui auraient contribué, selon le médecin de prévention et la commission de réforme, à l'émergence de son nouveau syndrome anxiodépressif en 2019, étaient " cicatrisés " à la date d'apparition de l'état d'épuisement professionnel ayant justifié le placement en congé de maladie de Mme A à partir du 13 mai 2019, exclusivement causé par une charge de travail excessive et inhabituelle. A cet égard, la communauté d'agglomération allègue, sans l'établir, des absences de la requérante depuis le début de l'année 2019 et avant son arrêt maladie, dues au stress qu'elle ressentait à gérer les rendez-vous médicaux de sa fille, handicapée, et alors enceinte.
5. D'autre part, bien que la communauté d'agglomération soutienne que l'expert psychiatre s'est fondé uniquement sur les dires de Mme A pour aboutir à la conclusion que sa pathologie est imputable au service, il ressort des deux comptes-rendus d'entretiens professionnels de la requérante, établis au titre des années 2017 et 2018, qu'elle avait sollicité l'affectation d'un agent à mi-temps concernant la gestion de l'Amicale du personnel, plus lourde depuis le départ de l'ancienne présidente de l'association, en fin d'année 2016, qui lui apportait son aide chaque matin, ce que le nouveau président n'était pas en mesure de faire. En outre, il ressort de l'attestation établie par l'agent finalement désigné pour assurer le renfort demandé par Mme A, qu'il n'a été affecté à ses côtés qu'à compter du mois de septembre 2018, et n'a pu effectuer cette mission que " très épisodiquement ", moins d'une journée par semaine, contrairement à ce qui était prévu. Par ailleurs, si la directrice générale adjointe souligne, dans son rapport, un " mélange " d'activités qu'il aurait appartenu à Mme A de prioriser, entre ses missions relevant de la direction des ressources humaines, à privilégier, et celles qui concernaient l'association du personnel, la fiche de poste de la requérante, produite en défense, n'établit cependant aucune priorité entre les tâches qui lui étaient dévolues. A cet égard, l'ancien directeur général des services et directeur des ressources humaines de la ville de Rochefort atteste que Mme A était un agent investi, organisé, autonome et apprécié en interne comme en externe, rendant un travail qualitatif, ayant su s'adapter à l'augmentation du nombre d'adhérents chaque année. Enfin, bien que la communauté d'agglomération puisse faire valoir que les missions de Mme A devaient évoluer, après le 27 mai 2019, et qu'elle a bénéficié d'aménagements de poste, par la mise à disposition d'un " bureau répondant complètement aux normes du code du travail " après l'année 2017, et la réalisation de travaux en juin 2019, ces évolutions ont été mises en œuvre, pour la plupart, après son départ en congé de maladie. Dans ces conditions, et alors que le lien entre les conditions de travail et la pathologie dont l'agent demande la reconnaissance de l'imputabilité au service n'a pas à être unique, mais seulement essentiel et direct, le président de la communauté d'agglomération Rochefort-Océan a, en refusant de reconnaître la maladie de Mme A imputable au service, commis une erreur d'appréciation de sa situation.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 4 juin 2021 du président de la communauté d'agglomération Rochefort-Océan doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement implique que la demande de Mme A soit réexaminée, dès lors que l'expertise ne se prononce pas sur son taux d'incapacité permanente partielle qui est une des conditions posées par le IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précité pour reconnaitre l'imputabilité au service de la maladie. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la communauté d'agglomération Rochefort-Océan de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du Mme A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la communauté d'agglomération Rochefort-Océan demande au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 4 juin 2021 du président de la communauté d'agglomération Rochefort-Océan est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la communauté d'agglomération Rochefort-Océan de réexaminer la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de la pathologie de Mme A dans un délai de deux mois.
Article 3 : Les conclusions de la communauté d'agglomération Rochefort-Océan présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la communauté d'agglomération Rochefort-Océan.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.
La rapporteure,
S. GIBSON-THERY
Le président,
P. CRISTILLELa greffière,
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026