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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102036

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102036

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDESROCHES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 août 2021, Mme D, représentée par Me Desroches, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2021 par lequel la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que la décision du 11 juin 2021 par laquelle la même autorité a rejeté le recours administratif qu'elle a exercé à l'encontre de l'arrêté du 16 mars 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer, à titre principal, une carte de séjour temporaire pluriannuelle ou d'une durée d'un an, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et révèle un défaut d'examen de sa situation ;

- il est entaché d'erreurs d'appréciation et méconnaît l'article L. 313-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il porte atteinte à l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Un mémoire présenté par le préfet de la Vienne a été enregistré le 4 septembre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Mme A C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gibson-Théry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E A C, épouse B A, ressortissante djiboutienne née le 27 décembre 1969, est entrée sur le territoire français le 7 août 2016, sous couvert d'un visa multi-entrées valable du 20 décembre 2015 au 19 décembre 2018. Après avoir bénéficié de titres de séjour " visiteur " successifs, pour la période allant du 1er juin 2017 au 31 mai 2020, elle a sollicité auprès de la préfecture de la Vienne, le 15 juin 2020, la délivrance d'un titre de séjour pluriannuel " vie privée et familiale - liens personnels et familiaux en France ". Par un arrêté du 16 mars 2021, dont Mme A C demande au tribunal l'annulation, la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

2. En premier lieu, par un arrêté du 27 novembre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de la Vienne a donné délégation à M. Emile Soumbo, secrétaire général et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige a été pris au visa, notamment, des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme A C, et des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il décrit la situation administrative, personnelle et familiale de l'intéressée. Il précise, notamment, qu'elle a bénéficié de titres de séjour " visiteur " du 1er juin 2017 au 31 mai 2020, qu'elle est propriétaire, avec son conjoint, de deux biens immobiliers situés à Poitiers, qu'elle est sans emploi en France et que son époux et deux de ses enfants résident à Djibouti. Il énonce également qu'elle n'établit pas avoir tissé de liens personnels suffisamment intenses, anciens et stables en France. L'arrêté litigieux est, dès lors, suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes même de l'arrêté attaqué, que la préfète de la Vienne, qui n'avait pas à reprendre de manière exhaustive la situation personnelle de la requérante, n'aurait pas procédé à un examen approfondi de sa situation au regard de sa demande d'octroi d'une carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale ", dès lors que l'autorité préfectorale s'est livrée à un examen particulier des liens de l'intéressée avec sa famille restée dans son pays d'origine, de son insertion sociale et professionnelle et de ses ressources, au regard des pièces qu'elle a fournies à l'appui de sa demande.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la demande présentée par Mme A C : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ". En outre, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme A C soutient que l'état de santé de sa sœur, titulaire d'une carte de résident, nécessite sa présence à ses côtés, comme en attestent deux certificats médicaux des 12 juillet et 3 août 2021, qu'elle-même a subi une hystérectomie le 14 janvier 2021, suivie de séances de kinésithérapie jusqu'au 28 juin 2021, est appareillée pour traiter une apnée du sommeil, et a été opérée d'une double arthrodèse cervicale en 2018. Toutefois, ces circonstances, récentes à la date de la décision attaquée, ne sont pas de nature à établir la stabilité, l'ancienneté et l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France. En outre, bien que la requérante démontre s'être personnellement investie dans une activité de bénévolat depuis plusieurs années, être propriétaire, avec son époux, d'un appartement situé à Poitiers, acquis le 7 mai 2015, déclare également être propriétaire d'une maison d'habitation également sise à Poitiers, et justifie de la scolarité de son fils entre 2016 et 2021, elle n'établit pas davantage, par ces circonstances, avoir noué des liens suffisamment intenses, anciens et stables en France, alors que son époux et deux de ses enfants résident dans son pays d'origine. Il s'ensuit que la préfète de la Vienne n'a pas, en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, méconnu les dispositions de l'article L. 313-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreurs dans l'appréciation de sa situation, ni, enfin, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En cinquième lieu, dès lors que la cellule familiale peut se reconstituer à Djibouti, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant selon lesquelles : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées à l'encontre de l'arrêté du 16 mars 2021 par lequel la préfète de la Vienne a rejeté la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par Mme A C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

Le président,

Signé

P. CRISTILLELa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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