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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102106

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102106

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102106
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantGENDREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 août 2021, la SARL Carrosserie du Val de Sèvre, représentée par le cabinet Drouineau 1927, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 06/2021 de non-opposition à déclaration préalable de travaux n° DP 07918921H0002 délivré le 22 mars 2021 à M. D A par le maire de Nanteuil ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Nanteuil une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie d'un intérêt à agir en tant qu'occupante de la parcelle voisine de la construction ;

- la requête n'est pas tardive dès lors qu'en l'absence de preuve de la régularité de l'affichage, le délai de recours n'a couru qu'à compter du 9 juillet 2021, date à laquelle elle a eu connaissance de l'arrêté en litige ;

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- le dossier de demande de déclaration préalable de travaux est incomplet dès lors qu'il ne permet pas à l'autorité compétente d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement, notamment au regard de la hauteur du rehaussement des constructions envisagées, en méconnaissance des articles R. 431- 36 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- la construction envisagée cache la visibilité de son enseigne en méconnaissance des dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-27 du code de l'urbanisme, ainsi que de l'article L. 581-3 du code de l'environnement ;

- elle méconnait les dispositions du plan local d'urbanisme (PLU) applicables à la zone UD s'agissant de la hauteur de la clôture autorisée.

Par des mémoires en défense enregistré les 24 septembre et 13 octobre 2021, M. D A, représenté par la SCP d'avocats Ten France, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la SARL Carrosserie du Val de Sèvre la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable au motif de sa tardiveté ;

- aucun des moyens n'est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2021, la commune de Nanteuil, représentée par Me Gendreau, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la SARL Carrosserie du Val de Sèvre la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'est accompagnée d'aucun acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien par la société requérante ;

- la requête est irrecevable dès lors que la société requérante n'établit pas que les travaux autorisés sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien ;

- la requête est irrecevable dès lors que le rehaussement du mur de clôture qu'elle conteste n'est pas l'objet de l'arrêté en litige mais d'un précédent arrêté daté du 14 octobre 2019 ;

- la requête est irrecevable au motif de sa tardiveté dès lors qu'elle justifie que l'arrêté en litige a fait l'objet d'un affichage à compter du 23 mars 2021 pendant plus de deux mois ;

- aucun des moyens n'est fondé.

La clôture d'instruction a été fixée au 11 avril 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boutet,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- et les observations de Me Dallemane, représentant la société Carrosserie du Val de Sèvre, de Me Gendreau, représentant la commune de Nanteuil et de Me Levrey, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Carrosserie du Val de Sèvre, dont le siège social est situé 25 avenue de la Renaissance à Nanteuil (Deux-Sèvres), demande l'annulation de l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable n° DP 07918921H0002 délivré le 22 mars 2021 par le maire de Nanteuil à M. D A pour la réalisation de travaux sur la parcelle voisine cadastrée section AR n° 192 située au n° 21 de la même avenue.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté daté du 26 juillet 2020, le maire de la commune de Nanteuil a délégué à M. B C, deuxième adjoint, sa compétence pour signer tous les actes d'urbanisme. Il en résulte que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 22 mars 2021 aurait été signé par une autorité incompétente.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; (). Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10 () Ces pièces sont fournies sous l'entière responsabilité des demandeurs. Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé, le 11 octobre 2019, une déclaration préalable de travaux visant à rehausser le mur de clôture de sa propriété sur une longueur de 13 mètres et une hauteur de deux mètres maximum, qui a fait l'objet d'un arrêté de non-opposition pris par le maire de Nanteuil en date du 14 octobre 2019. La déclaration de travaux ayant fait l'objet de l'arrêté de non-opposition du 22 mars 2021 en litige est distincte. Elle concerne trois réalisations visant à modifier des constructions existantes, situées en contrebas de l'avenue de la Renaissance et consistant, d'une part, en la réalisation d'un premier atelier-abris de jardin avec rehausse de 1,20 mètres du bâtiment préexistant sur une largeur de 12,10 mètres, d'autre part, en la transformation d'un garage préexistant en préau d'une largeur de 6,10 mètres et, enfin, en la réalisation d'un autre atelier avec rehaussement partiel de la toiture de 1 mètre. La déclaration de travaux prévoit également la remise en place des claustras d'une longueur totale de 20,40 mètres. Le dossier de déclaration préalable de travaux comporte plusieurs pièces permettant à l'autorité compétente de visualiser l'insertion du projet dans son environnement, notamment du point de vue de la voie publique. Les photographies produites permettent d'observer, sous l'angle de l'avenue de la Renaissance, à la fois la présence du mur de clôture de 13 mètres préalablement autorisé par l'arrêté du 14 octobre 2019 sur lequel s'appuie la rehausse du premier atelier/abris de jardin, mais aussi les conséquences des nouveaux travaux déclarés avec, d'une part, la rehausse d'1 mètre sur une longueur de 5 mètres du muret de clôture donnant sur la voie publique au niveau du second atelier et, d'autre part, la présence de claustras situées de part et d'autre de ce muret rehaussé. Les plans fournis au dossier permettent également de connaître la hauteur des claustras et du rehaussement du muret de clôture depuis le niveau de la voie publique, soit 1,60 mètres. Le dossier n'avait en revanche pas à comporter de précision s'agissant du mur de clôture déjà existant, qui avait fait l'objet d'une précédente déclaration de travaux ayant fait l'objet d'une autorisation le 14 octobre 2019. Ainsi, contrairement à ce que soutient la société requérante, l'ensemble des documents énumérés au présent point permettait au service instructeur d'apprécier le projet dans son environnement, y compris s'agissant de sa hauteur du point de vue de la voie publique. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 431-36 et R. 431-10 précités du code de l'urbanisme doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Aux termes de l'article R. 111-27 du même code : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 581-3 du code de l'environnement : " Au sens du présent chapitre : () ; 2° Constitue une enseigne toute inscription, forme ou image apposée sur un immeuble et relative à une activité qui s'y exerce ; () ".

6. La société requérante fait valoir que les travaux autorisés par l'arrêté en litige au niveau de la clôture ont pour conséquence de masquer la visibilité depuis la voie publique de l'enseigne de son établissement. Toutefois, cette circonstance n'aurait pas eu pour conséquence d'entacher la décision de non-opposition d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard tant des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme que de celles de l'article R. 111-27 du même code. En tout état de cause, les photographies produites au dossier ne permettent pas d'établir que les travaux autorisés par l'arrêté du 22 mars 2021 en litige, c'est-à-dire la rehausse de 1 mètre du muret de clôture sur une longueur de 5 mètres et la pose de claustras, auraient pour conséquence de masquer la visibilité de l'enseigne de la requérante pour les personnes circulant sur l'avenue de la Renaissance.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SARL Carrosserie du Val de Sèvre doit être rejetée, sans qu'il soit nécessaire de statuer sur sa recevabilité.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de la commune de Nanteuil, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la SARL Carrosserie du Val de Sèvre au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL Carrosserie du Val de Sèvre la somme de 1 200 euros à verser à la commune de Nanteuil et la somme de 1 200 euros à verser à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Carrosserie du Val de Sèvre est rejetée.

Article 2 : La SARL Carrosserie du Val de Sèvre versera la somme de 1 200 euros à la commune de Nanteuil et la somme de 1 200 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Carrosserie du Val de Sèvre, à la commune de Nanteuil et à M. D A.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Boutet, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

M. BOUTET

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE

La greffière

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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