jeudi 25 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2102184 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ROUCHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 23 août 2021, le 28 avril 2022 et le 30 mai 2022, M. B H, Mme K J, épouse H, F Pour demain, Mme D A et M. G I, représentés par Me Rouché, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2021 par lequel le maire de la commune de la Rochelle a accordé un permis de construire n° PC 17300 20 0229 à Mme C E pour la construction d'une extension et d'un " carport ", ainsi que les décisions des 23 juin 2021 et 9 août 2021 portant rejet de leurs recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge des parties défenderesses la somme de 2 000 euros à verser à chacun des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision en litige a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnait les dispositions des articles R.431-8 et R.431-9 du code de l'urbanisme dès lors que le dossier de demande de permis de construire ne décrit pas l'état initial du terrain et n'a pas permis au service instructeur d'apprécier la conformité du projet avec les dispositions de l'article UM 5 du PLUi ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 1.6 des dispositions générales du PLUi et de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 1.8 des dispositions générales du PLUi et des orientations de l'OAP " Construire aujourd'hui " ;
- elle méconnait les dispositions de l'article UM 4.1 du PLUi ;
- elle méconnait les dispositions de l'article UM 4.2 du PLUi ;
- elle méconnait les dispositions des articles UM 5.1 et 5.2 du PLUi.
Par des mémoires en défense enregistrés les 16 novembre 2021 et le 9 mai 2022, la commune de La Rochelle, représentée par la SCP Brossier, Carré, Joly, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ou à ce qu'une annulation partielle soit prononcée en application de l'article L. 600-5 du même code ;
3°) à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Par des mémoires enregistrés le 5 novembre 2021 et le 12 mai 2022, Mme C E, représentée par la SELARL Jérôme Gardach et associés, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à l'annulation partielle de l'acte attaqué en application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme ou, à défaut, à ce qu'il soit sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;
3°) à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boutet,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,
- et les observations de Me Rouché, représentant les requérants, de Me Brossier, représentant la commune de La Rochelle, et de Me Kolenc, substituant Me Gardach, représentant Mme C E.
Considérant ce qui suit :
1. Par une demande déposée le 4 novembre 2020, Mme C E a sollicité la délivrance d'un permis de construire pour la réalisation d'une extension de maison individuelle de 60,12 m² de surface de plancher et l'installation d'un " carport " sur un terrain cadastré section CV n° 176, 533 et 540 situé 8, square des Coquelicots à La Rochelle. Par un arrêté en date du 18 mars 2021, le maire de La Rochelle a accordé l'autorisation sollicitée sous le n° PC 17300 20 0229. M. et Mme H, F pour demain, Mme A et M. I, propriétaires et occupants des parcelles voisines, demandent l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de la décision en litige en tant qu'elle autorise la construction d'un " carport " :
2. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme dans sa version applicable au litige : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Aux termes de l'article 1.6 des dispositions générales du règlement du PLUi de la communauté d'agglomération de La Rochelle : " Le projet peut être refusé, ou être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales, si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. Les constructions doivent s'intégrer harmonieusement aux lieux avoisinants ainsi qu'aux paysages environnants. Ce principe général concerne aussi bien l'édification de constructions nouvelles que toute intervention sur des bâtiments et des aménagements existants (restauration, transformation, extension). Il en est de même des constructions annexes qui doivent en outre s'intégrer harmonieusement avec la construction principale à laquelle elles se rattachent ". Par ailleurs la fiche 4.6 de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) " Construire aujourd'hui " dispose que : " Les stationnements localisés sous forme de préau ou d'avant seront de préférence non préfabriqués (carports) et construits sur mesure en cohérence avec le bâtiment auquel ils s'adossent. Le lien entre les volumes sera harmonieux et le préau présentera une typologie de toiture en continuité avec le bâtiment qu'il prolonge. Le stationnement s'il est regroupé sera traité avec soin, il pourra également regrouper d'autres espaces " servants " techniques tels que les celliers ou les locaux poubelles ".
3. Dès lors que les dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme invoquées par les requérants ont le même objet que celles, également invoquées, l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme posant les règles nationales d'urbanisme et prévoient des exigences qui ne sont pas moindres, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.
4. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige est implanté en zone UM1 dans un secteur résidentiel de type pavillonnaire composé de maisons de style traditionnel particulièrement homogènes, composées de toits en tuiles et revêtues d'enduit blanc. La décision en litige autorise la construction d'un " carport " préfabriqué de 54,41 m² en aluminium avec un toit en bac acier, qui prend appui sur la façade sud de la maison directement visible depuis la voie publique. Compte tenu des matériaux utilisés pour ce " carport ", qui contrastent avec ceux utilisés pour les constructions avoisinantes et de son volume, qui d'après le plan de masse, s'étend jusqu'à la limite séparative de la propriété voisine, les requérants sont fondés à soutenir que cette annexe ne s'intègre pas harmonieusement aux lieux avoisinants. Par suite, le maire de La Rochelle a fait une inexacte application des dispositions de l'article 1.6 des dispositions générales du règlement du PLUi en autorisant la construction de ce " carport ".
5. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible de justifier l'illégalité de la décision en litige en tant qu'elle autorise la construction du " carport ".
En ce qui concerne le surplus des conclusions à fin d'annulation de la décision en litige :
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté 10 juillet 2020, le maire de la commune de La Rochelle a délégué à M. Jean-Philippe Pelz, conseiller municipal, sa compétence pour signer tous les actes portant sur les autorisations d'occupation des sols du secteur " centre " dont relève le projet en litige. Il en résulte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté du 18 mars 2021 aurait été signé par une autorité incompétente.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; () ". L'article R. 431-9 de ce code dispose : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu () ".
8. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
9. Il n'est pas contesté en l'espèce que la notice architecturale ne décrit pas l'état initial du terrain. Le dossier de demande de permis de construire comporte toutefois une vue aérienne et des photographies de l'avant et de l'arrière des parcelles d'assiette du projet. Il permettait donc à l'autorité compétente d'apprécier l'état initial du terrain composé de pelouse, de haies sur les limites séparatives et d'un arbre existant à l'arrière du terrain. La notice architecturale précise que les haies de type bocagère en mauvais état seront supprimées et que la haie en limite séparative Est sera conservée. Elle indique également qu'aucun arbre ne sera abattu. Le plan de masse mentionne les surfaces conservées en pelouse. Elle confirme que la haie en limite séparative Est sera maintenue et que l'arbre existant sera conservé, quand bien même celui-ci est mentionné sur le plan par erreur comme étant " à planter ". Ainsi, le dossier de permis de construire dans son ensemble permettait au service instructeur d'apprécier le projet au regard de la réglementation applicable, notamment s'agissant du respect des dispositions de l'article UM 5 du PLUi relatif au traitement environnemental et paysager des espaces non bâtis et abords des constructions ainsi que de celles de l'Orientation d'aménagement et de programmation (OAP) " Construire aujourd'hui " relatives à la qualité des espaces libres, au maintien des arbres existants ou au traitement paysager des aires de stationnement.
10. En troisième lieu, comme cela a été exposé au point 4, le projet en litige est implanté en zone UM1 dans un secteur résidentiel de type pavillonnaire composé de maisons de style traditionnel particulièrement homogènes, composées de toits en tuile et revêtues d'enduit blanc. La décision en litige autorise la construction d'une extension d'une superficie de 60 m² à l'arrière du terrain, sur la limite séparative des parcelles n°181 et 177 et en connexion avec le pignon Ouest de la construction existante. Cette extension sera recouverte de bardeaux bois sur les façades Est et Sud, et d'un enduit blanc sur la façade Ouest. Si les requérants font valoir que le bardage en bois contraste avec le caractère des constructions avoisinantes, il ressort des pièces du dossier que ce revêtement, compte tenu de l'implantation de l'extension à l'arrière du terrain, n'est que très peu visible depuis la voie publique. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité compétente a fait une inexacte application des dispositions de l'article 1.6 du PLUi citées au point 2 en autorisant cette extension.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1.8.1 du PLUi relatif au stationnement des véhicules motorisés : " Lorsque le stationnement est réalisé en surface, une attention particulière devra être portée à l'intégration paysagère des espaces (organisation des places de stationnement, végétalisation, choix des revêtements) afin d'en limiter l'impact visuel et environnemental ". Par ailleurs la fiche 2.7 de l' orientation d'aménagement et de programmation (OAP) " Construire aujourd'hui " prévoit s'agissant de l'objectif d'économie d'énergie que : " afin de favoriser au mieux les apports solaires, il convient : "de planter des haies brise-vent (plus denses) pour se protéger des vents froids et des vents dominants ou des couloirs venteux éventuellement générés par les bâtiments riverains, de d'encourager la végétalisation des parois, toitures, et des espaces au sol pour apporter de la fraicheur en été ; de planter un ou plusieurs arbres de haute tige à feuille caduques à proximité des façades Sud, Est et Ouest , pour faire de l'ombre en été tout en laissant passer le soleil l'hiver ; de favoriser la mise en place de stationnement arborés. () Afin de lutter contre le changement climatique, il est souhaitable d'utiliser des matériaux à faible énergie grise (). Aussi il convient de : - limiter les menuiseries en aluminium et en matière synthétique (), les isolants synthétiques () et les plastiques divers (revêtements de sol) pour lesquels des alternatives existent ; () ". La fiche 4.3 de la même OAP précise que : " L'architecture () présentera un nombre limité de matériaux. Les matériaux naturels seront privilégiés (bois, pierre, verre, zinc) ". Enfin, la fiche 4.8 de la même OAP prévoit s'agissant des clôtures en bordure de voies et emprises publiques que : " L'édification des clôtures doit être pensée dès la conception du projet (). Les clôtures participent activement à l'ambiance des rues. Elles seront édifiées en limite de l'espace public et assimilé. La clôture sera cohérente avec celles existante sur le voisinage, exceptées si elles dégradent le paysage urbain. () ".
12. Il résulte des dispositions de l'article L. 151-2 et L. 152-1 du code de l'urbanisme qu'une autorisation d'urbanisme ne peut être légalement délivrée si les travaux qu'elle prévoit sont incompatibles avec les orientations d'aménagement et de programmation d'un plan local d'urbanisme et, en particulier, en contrarient les objectifs. Cette compatibilité avec une OAP donnée doit s'apprécier au regard des caractéristiques concrètes du projet et du degré de précision de l'OAP en cause.
13. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige prévoit la construction d'une place de stationnement au sud de la parcelle d'assiette du projet, qui sera recouverte de pelouse, selon la notice et le plan de masse, avec deux arbustes plantés en limite séparative. La circonstance que le projet dans son ensemble intègrerait par ailleurs plusieurs matériaux différents, avec outre le bardage en bois, l'utilisation d'huisseries notamment en aluminium, ne permet pas d'établir que le projet serait incomptable avec les objectifs précités de l'OAP " Construire aujourd'hui ". Il en est de même en ce qui concerne l'absence de plantation d'arbre sur la façade sud de la construction existante et l'absence de clôture en limite de l'espace public, qui sont seulement recommandées par l'OAP.
14. En cinquième lieu, l'article 4.1.1 du PLUi relatif aux dispositions applicables aux constructions en matière d'implantation par rapport aux voies ou emprises publiques, dans sa version en vigueur depuis le 4 mars 2021 applicable au litige, prévoit que chaque projet doit respecter les prescriptions de l'un des sept modèles suivants : " façade sur rue ; pignon sur rue ; maison sur cour ; maison ouverte ; jardinet à l'avant ; jardin à l'avant ; second rang ". Pour les projets d'évolution de constructions existante, cet article prévoit toutefois une " application plus souple des dispositions réglementaires en matière d'implantation et d'insertion des constructions par rapport à la voie " en indiquant que " Quelle que soit la zone, l'ensemble des modèles sont admis. Le projet d'extension doit se rapprocher des règles d'un des modèles afin d'améliorer la conformité de la construction existante avec les dispositions du modèle architectural choisi. Il peut s'implanter selon la même ligne d'implantation que la construction principale. () ". S'agissant du modèle de jardin à l'avant, le PLUi dispose que : " Traitement des accès et des clôtures sur la limite d'emprise de la voie ou emprises publiques : : - Les clôtures doivent être constituées soit : › d'un mur-bahut surmonté d'une grille ouvragée d'une hauteur maximale de 1,80 mètres (). › d'un mur plein d'une hauteur de 1,20 mètre ; - ces hauteurs peuvent ponctuellement être supérieures afin de s'inscrire dans le prolongement des clôtures des parcelles voisines ; - toutefois, une haie et/ou un talus peut être conservé en lieu et place de l'édification d'un mur ou d'une bordure si ces éléments bordent la limite d'emprise de la voie ou emprises publiques. () Traitement des espaces non bâtis : L'espace non bâti à prévoir entre la voie et la construction principale doit être traité en espace vert planté sur au moins 70% de son emprise. Il doit être planté à raison d'au moins un arbre de moyen développement par tranche entière de 100 m² d'espace non bâti. Aménagement des espaces dédiés au stationnement visibles depuis les voies ou emprises publiques : - Les espaces affectés au stationnement doivent faire l'objet d'un traitement soigné. () ".
15. La circonstance qu'une construction existante n'est pas conforme à une ou plusieurs dispositions d'un plan d'occupation des sols régulièrement approuvé ne s'oppose pas, en l'absence de dispositions de ce plan spécialement applicables à la modification des immeubles existants, à la délivrance ultérieure d'un permis de construire s'il s'agit de travaux qui, ou bien doivent rendre l'immeuble plus conforme aux dispositions réglementaires méconnues, ou bien sont étrangers à ces dispositions.
16. Le projet d'extension de la construction existante, qui doit être implantée à l'arrière du terrain d'assiette, doit être regardé en l'espèce, compte tenu de l'implantation particulière de ce terrain situé à l'angle d'une voie circulaire, comme étranger aux dispositions de l'article 4.1.1 du PLUi relatives à l'implantation des constructions par rapport à la voie publique. Par suite, les moyens tirés de ce que le projet en litige ne respecte pas le modèle de jardin à l'avant prévu par ces dispositions, s'agissant du retrait par rapport à la voie publique, des clôtures et du traitement des espaces non bâtis doivent être écartés.
17. En sixième lieu, les dispositions invoquées par le requérant de l'article UM 4.2 du règlement du PLUi, qui prévoyaient que le linéaire cumulé des constructions implantées en limites séparatives devait être inférieur ou égal à 25 mètres sans pouvoir dépasser 15 mètres sur une des limites séparatives, n'étaient plus en vigueur dans la version modifiée du PLUi depuis le 4 mars 2021. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, qui n'étaient pas applicables à la date à laquelle le permis en litige a été accordé doit, par suite, être écarté.
18. En septième lieu, l'article UM 5.1 du règlement du PLUi relatif au traitement environnemental et paysager des espaces non bâtis et abords des constructions prévoit que : " L'aménagement des terrains doit comprendre une part minimale de surfaces favorables à la nature. Les surfaces favorables à la nature prises en compte par le règlement et leur pondération sont présentées dans le tableau suivant : Type 1 - Espaces verts de pleine terre : 1 () Type 10 - Arbres plantés en pleine terre (hors arbre à port fastigié) : 10 m² par arbre ". Ce même article prévoit un coefficient de biotope pour le secteur UM1 de " 30% dont 70% de pleine terre " pour les terrains compris entre 500 et 1000 m². Le lexique du règlement du PLUi précise que " Les espaces libres sont constitués des surfaces hors emprise au sol des constructions. Ils comprennent les espaces aménagés autour des constructions ainsi que les espaces plantés, et/ou laissés en pleine terre (jardins, pelouses, haies, bosquets, etc.). Les accès et les surfaces de stationnement, les terrasses imperméables et les piscines ne sont pas compris dans les espaces libres. () Un espace non construit peut être qualifié de " pleine terre " s'il n'est pas recouvert et qu'il reste perméable à l'eau et la laisse s'infiltrer jusqu'à la nappe phréatique. Cet espace peut être planté. Les aires de stationnement et leurs accès sont exclus à l'exception de ceux qui font l'objet d'aucune artificialisation ".
19. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet dispose d'une surface de 521 m² et doit donc comporter au minimum 30% d'espaces libres, soit 156,3 m², dont 70 % devant être traités en espaces de pleine terre. Sans qu'il soit nécessaire de prendre en compte l'arbre existant et l'arbre à planter, il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de masse, que le projet comporte une surface d'au moins 212,57 m² de pleine terre composée par la pelouse située à l'arrière de la construction existante de 136,24 m² et par la pelouse de 76,33 m² située à l'avant de la construction et destinée aux places de stationnement qui ne sont pas artificialisées. Le moyen relatif à la méconnaissance de la part minimale de surfaces favorables à la nature prévue à l'article UM5 du règlement du PLUi doit ainsi être écarté.
20. En huitième lieu, aux termes de l'article UM 5.2 du PLUi relatif à l'aspect extérieur des constructions dans sa version applicable au litige : " Les espaces libres aux abords de la construction doivent être traités avec un soin particulier afin de participer à leur insertion dans le site, à l'amélioration du cadre de vie et à la gestion de l'eau pluviale. Le projet paysager doit s'appuyer sur les caractéristiques du projet de construction (emprise, hauteurs et implantations) et les composantes du site préexistant, en tenant compte notamment de l'implantation des constructions avoisinantes, de la forme de la parcelle de la topographie, des masses végétales existantes. Selon leur nature ou leur vocation (espaces de circulation, jardins, terrasses), le traitement paysager des espaces libres doit être approprié à leur fonction et au contexte environnant en tenant compte : - de l'organisation du bâti sur le terrain. Ils doivent être conçus comme un accompagnement ou un prolongement des constructions ; - de la composition des espaces libres voisins, afin de participer à une mise en valeur globale ; - de la topographie, la géologie et de la configuration du terrain afin que leur conception soit adaptée à la nature du terrain, notamment pour répondre à des problématiques de ruissellement ; - de l'ensoleillement, lorsqu'il s'agit d'aménagements paysagers végétalisés ; - de la problématique de la gestion des eaux pluviales, s'agissant de la composition et du traitement des espaces libres. Lors de travaux de réhabilitation ou d'extension sur des constructions existantes, la qualité des espaces libres doit être maintenue ou améliorée. Les arbres existants devront être conservés dans la mesure du possible. Tout arbre abattu devra être remplacé si l'espace libre restant le permet. Il conviendra de privilégier des essences locales (). Toutefois dans les parcs, les essences exotiques sont autorisées. Traitement des aires de stationnement : Les aires de stationnement des véhicules motorisés doivent faire l'objet d'un traitement paysager d'ensemble, y compris les délaissés. Les aires de stationnement doivent être plantées à raison d'un arbre pour 4 emplacements de voiture au minimum. Les arbres seront répartis sur l'aire de stationnement ou sur les espaces paysagers l'accompagnant selon une étude circonstanciée. Les essences seront choisies en accord avec la commune ".
21. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de masse que le projet ne prévoit que trois places de stationnement, soit une dans le garage et deux à l'avant de la maison. Par suite, les dispositions de l'article UM 5.2, qui prévoient l'obligation de planter un arbre pour quatre emplacements de stationnement, ne sont pas applicables. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet en litige, qui prévoit des aires de stationnement enherbées et deux arbustes en limite séparative ouest à l'avant de la construction existante, méconnait les dispositions précitées s'agissant du traitement paysager des espaces libres à l'avant du terrain. Enfin, la seule circonstance qu'un palmier soit planté à l'arrière du terrain ne permet pas non plus d'établir que les dispositions précitées seraient méconnues, dès lors qu'elles prévoient explicitement que la plantation d'essences exotiques est autorisée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UM 5.2 du PLUi doit être écarté.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
22. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " () le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. () ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code : " () le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. () ".
23. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires que, lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Il invite au préalable les parties à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme. Le juge n'est toutefois pas tenu de surseoir à statuer, d'une part, si les conditions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme sont réunies et qu'il fait le choix d'y recourir, d'autre part, si le bénéficiaire de l'autorisation lui a indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
24. La régularisation du vice constaté au point 4 du jugement, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 1.6 des dispositions générales du règlement du PLUi en ce qui concerne la réalisation du " carport ", n'affecte qu'une partie du projet autorisé par le permis de construire en litige. Il y a lieu, par suite, en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, d'annuler partiellement le permis de construire accordé en tant qu'il autorise la construction du " carport " et d'annuler, par suite, les décisions du maire de La Rochelle des 23 juin 2021 et 9 août 2021 portant rejet des recours gracieux des requérants. Le surplus des conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doit, en revanche, être rejeté.
Sur les frais liés à l'instance :
25. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de La Rochelle et de Mme E ensemble la somme totale de 1 200 euros à verser aux requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
26. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 8 mars 2021 par lequel le maire de la Rochelle a accordé un permis de construire n° PC 17300 20 0229 à Mme C E est annulé en tant qu'il autorise la construction d'un " carport ".
Article 2 : Les décisions du maire de La Rochelle des 23 juin 2021 et 9 août 2021 portant rejet des recours gracieux des requérants sont annulées.
Article 3 : La commune de La Rochelle et Mme E verseront ensemble la somme totale de 1 200 euros à M. et Mme H, à F Pour Demain, à Mme A et à M. I.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de La Rochelle et Mme E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B H, premier dénommé, à la commune de La Rochelle et à Mme C E.
Délibéré après l'audience du 8 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
Mme Boutet, première conseillère,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.
La rapporteure,
Signé
M. BOUTET
Le président,
Signé
A. LE MEHAUTE La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef
La greffière
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026