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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102205

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102205

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102205
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET COUDRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 août 2021 et le 22 décembre 2021, M. A B demande au tribunal d'annuler la délibération du 19 mai 2021 de la communauté de communes Aunis Atlantique approuvant le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Saint-Ouen-d'Aunis en tant qu'elle classe la parcelle cadastrée section AB n°7 en zone agricole.

Il soutient que :

- la parcelle AB n° 7 était classée en zone urbaine avant l'adoption de la délibération en litige ;

- cette parcelle lui a été léguée en tant que parcelle constructible dans le cadre d'un partage successoral, donnant lieu à des droits de succession correspondant à ce classement ;

- la modification du classement de la parcelle en zone agricole n'a jamais été demandée par la commune et son maintien en zone urbaine a été sollicité dès l'enquête publique en accord avec le maire ;

- il a le projet de vendre cette parcelle pour financer un projet de réalisation d'un espace naturel à disposition du public ;

- le classement de la parcelle en zone agricole lui porte préjudice.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2021, la communauté de communes Aunis Atlantique, représentée par la SELARL Cabinet Coudray, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne contient aucun inventaire détaillé en méconnaissance des dispositions de l'article R. 412-2 du code de justice administrative ;

- la requête est irrecevable dès lors que les conclusions en " recours pour erreur manifeste d'appréciation afin de pouvoir obtenir l'abrogation du classement en zone agricole de la parcelle AB 7 " tendent à d'autres fins que l'annulation d'un acte administratif ;

- la requête est irrecevable au motif de sa tardiveté, la délibération en litige ayant été affichée dès le 21 mai 2021 au siège de la communauté de communes Aunis Atlantique et le 2 juin 2021 à la mairie de Saint-Ouen-d'Aunis ;

- aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boutet,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- et les observations de Me Lapprand, représentant la communauté de communes Aunis Atlantique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire d'une parcelle cadastrée section AB n°007 située sur le territoire de la commune de Saint-Ouen-d'Aunis appartenant à la communauté de communes Aunis Atlantique (Charente-Maritime). Il demande l'annulation de la délibération du 19 mai 2021 de la communauté de communes Aunis Atlantique approuvant le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Saint-Ouen d'Aunis en tant qu'elle classe cette parcelle en zone agricole.

2. Selon l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme, applicable en l'espèce : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". D'une part, il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme, a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables (PADD), un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. D'autre part, il appartient aux auteurs d'un PLU de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

3. Le premier axe du PADD d'Aunis Atlantique intitulé " un territoire d'accueil, un territoire de vie ", prévoit une orientation n°2 ayant pour but d' " organiser les extensions urbaines en continuité des espaces urbains existants afin de lutter contre l'étalement urbain ". Le troisième axe du PADD intitulé " un territoire de terre et d'eau, un territoire à énergie positive " comprend une orientation n°2 destinée à " conforter l'agriculture et assurer la coexistence avec son voisinage " et à " réduire la consommation de terres agricoles " et une orientation n° 3 à l'effet de " préserver et valoriser la palette paysagère de l'Aunis Atlantique, véritable " poumon vert " du territoire " et de " protéger les paysages par un recentrage de l'urbanisation au niveau des parties déjà urbanisées des bourgs et de certains hameaux et en mettant fin aux extensions linéaires de l'urbanisation ". Le PADD prévoit par ailleurs une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) thématique concernant le territoire de Saint-Ouen d'Aunis et plus précisément les " lisières urbaines", composées " des limites de l'urbanisation à un instant T et des espaces naturels et/ou agricoles qui l'entourent " et définies comme " l'espace qui permet à une entité urbaine de s'intégrer dans son paysage environnant ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le secteur comprenant la parcelle en litige est situé en frange urbaine du bourg de la commune de Saint-Ouen-d'Aunis. Ce secteur est bordé à l'Est par des constructions individuelles, mais il s'ouvre à l'Ouest sur de vastes espaces agricoles. Dans ces conditions, et compte tenu des orientations du PADD visant à limiter l'étalement urbain et préserver les espaces agricoles, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les auteurs du PLU ont commis une erreur de fait ou une erreur manifeste d'appréciation en classant la parcelle en litige en zone agricole.

5. La circonstance que la parcelle était classée en zone urbaine avant l'intervention de la délibération litigieuse est sans incidence sur la légalité de cette décision. Il en est de même de la circonstance que cette parcelle ait été léguée au requérant en tant que parcelle constructible dans le cadre d'un partage successoral ou qu'il aurait le projet de la vendre pour financer un projet de réalisation d'un espace naturel à disposition du public.

6. Par ailleurs, si le requérant a demandé la modification du classement de la parcelle en zone U dans le cadre de l'enquête publique, l'accord du maire invoqué par le requérant ne ressort en tout état de cause pas des pièces du dossier et la communauté de communes a répondu défavorablement à cette observation " au regard des enjeux d'urbanisme et de préservation des espaces naturels, espace tampon entre la zone agricole cultivée et les habitations ".

7. Enfin, le requérant n'est, en tout état de cause, pas davantage fondé à invoquer un préjudice lié au classement qu'il conteste, en l'absence d'illégalité de la délibération approuvant le PLUi sur ce point.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, sans qu'il soit nécessaire de statuer sur sa recevabilité.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de M. B une somme de 1 200 euros à verser à la communauté de communes Aunis Atlantique au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la communauté de communes Aunis Atlantique la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté de communes Aunis Atlantique.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Boutet, première conseillère,

Mme Dumont, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

La rapporteure,

Signé

M. BOUTET

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE La greffière

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

N°2102205

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