jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2102218 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MAILLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 août 2021 et 28 février 2022, M. B A, représenté par Me Maillard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler le certificat d'urbanisme négatif n° CU 017 449 20 R0291 délivré le 9 mars 2021 par le maire de Tonnay-Charente pour la construction d'un bâtiment de stockage situé sur la parcelle cadastrée section ZI n° 323 sur le territoire de la commune de Tonnay-Charente ;
2°) d'enjoindre au maire de Tonnay-Charente de lui délivrer un certificat d'urbanisme positif dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Tonnay-Charente la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le silence de l'administration pendant un délai de deux mois à compter de sa demande a fait naitre un certificat d'urbanisme tacite ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la commune ne devait pas soumettre le projet pour avis au conseil départemental de la Charente-Maritime ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le maire s'est estimé lié par l'avis du conseil départemental de la Charente-Maritime ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est constitutive d'une rupture du principe d 'égalité devant la loi.
Par des mémoires en défense enregistrés les 3 novembre 2021 et 8 juillet 2022, la commune de Tonnay-Charente, représentée par Me Guillard, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la route ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bureau,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,
- les observations de Me Guillard, représentant la commune de Tonnay-Charente.
Considérant ce qui suit :
1. Le 29 décembre 2020, M. A a déposé une demande de certificat d'urbanisme pour la construction d'un bâtiment de stockage sur la parcelle cadastrée section ZI n° 323 sur le territoire de la commune de Tonnay-Charente. Par un arrêté du 9 mars 2021, la maire de Tonnay-Charente a délivré un certificat d'urbanisme négatif. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. / Lorsque le projet est soumis à avis ou accord d'un service de l'Etat, les certificats d'urbanisme le mentionnent expressément. Il en est de même lorsqu'un sursis à statuer serait opposable à une déclaration préalable ou à une demande de permis. Le certificat d'urbanisme précise alors expressément laquelle ou lesquelles des circonstances prévues aux deuxième à sixième alinéas de l'article L. 424-1 permettraient d'opposer le sursis à statuer. ". Aux termes de l'article R. 410-14 du même code : " Dans les cas prévus au b de l'article L. 410-1, lorsque la décision indique que le terrain ne peut être utilisé pour la réalisation de l'opération mentionnée dans la demande, ou lorsqu'elle est assortie de prescriptions, elle doit être motivée. ".
3. Si le requérant soutient que le certificat d'urbanisme attaqué est insuffisamment motivé en ce qu'il ne fait que reprendre l'avis émis par le conseil départemental de la Charente-Maritime le 3 mars 2021, il ressort de la décision attaquée, qui reprend cet avis, qu'elle comporte notamment la mention de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et précise que le " bâtiment de stockage, avec accès libre 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, générera un trafic important qui aura pour conséquence des conditions d'insécurité routière certaines lors des conflits d'accès à ce bâtiment avec le trafic de passage sur la route départementale ". Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, cette motivation par référence doit être regardée comme suffisante au regard des exigences de l'article R. 410-14 précité du code de l'urbanisme.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 410-10 du code de l'urbanisme : " Dans le cas prévu au b de l'article L. 410-1, le délai d'instruction est de deux mois à compter de la réception en mairie de la demande () ". Aux termes de l'article R. 410-12 du même code : " À défaut de notification d'un certificat d'urbanisme dans le délai fixé par les articles R. 410-9 et R. 410-10, le silence gardé par l'autorité compétente vaut délivrance d'un certificat d'urbanisme tacite. Celui-ci a exclusivement les effets prévus par le quatrième alinéa de l'article L. 410-1, y compris si la demande portait sur les éléments mentionnés au b de cet article ".
5. Il résulte des dispositions précitées qu'à l'expiration du délai d'instruction d'une demande de certificat d'urbanisme, le silence gardé par l'autorité compétente vaut délivrance d'un certificat d'urbanisme tacite qui a pour seul effet de cristalliser les dispositions légales et réglementaires en vigueur pendant une période de dix-huit mois. La délivrance postérieure d'un certificat d'urbanisme exprès négatif par l'autorité compétente n'a pas pour effet de retirer le certificat d'urbanisme tacite, sauf dans l'hypothèse où cette autorité opposerait ainsi des dispositions d'urbanisme entrées en vigueur après la naissance du certificat tacite.
6. L'existence d'un tel certificat tacite est donc sans incidence sur la légalité du certificat d'urbanisme en litige déclarant non réalisable l'opération projetée par M. A. Par suite, le moyen ainsi soulevé doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R*423-53 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet aurait pour effet la création ou la modification d'un accès à une voie publique dont la gestion ne relève pas de l'autorité compétente pour délivrer le permis, celle-ci consulte l'autorité ou le service gestionnaire de cette voie, sauf lorsque le plan local d'urbanisme ou le document d'urbanisme en tenant lieu réglemente de façon particulière les conditions d'accès à ladite voie. ".
8. A supposer que l'accès à l'avenue de Saintonge était bien existant à la date de la décision attaquée, il est constant que le projet de M. A va emporter une modification de cet accès, dès lors que la construction d'un bâtiment de stockage, avec accès libre 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, implique la nécessité d'adapter cet accès au trafic engendré. Dans ces conditions, le maire de Tonnay-Charente était tenu de consulter le conseil départemental de Charente-Maritime, autorité compétente pour gérer cette voie. En outre, si le requérant soutient que le maire s'est estimé lié par l'avis défavorable émis par le conseil départemental de Charente-Maritime, il ressort des pièces du dossier qu'il a porté sa propre appréciation sur la demande de M. A. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit doivent être écartés.
9. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Les risques d'atteinte à la sécurité publique visés par ce texte sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle le permis est sollicité, que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique permettent d'octroyer un permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
10. D'autre part, aux termes de l'article L. 110-3 du code de la route : " Les routes à grande circulation, quelle que soit leur appartenance domaniale, sont les routes qui permettent d'assurer la continuité des itinéraires principaux et, notamment, le délestage du trafic, la circulation des transports exceptionnels, des convois et des transports militaires et la desserte économique du territoire, et justifient, à ce titre, des règles particulières en matière de police de la circulation. La liste des routes à grande circulation est fixée par décret, après avis des collectivités et des groupements propriétaires des voies. () ".
11. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige comporte un unique accès sur l'avenue de Saintonge, route à grande circulation et voie à double sens sur laquelle la vitesse est limitée à 70 km/h. Si le requérant soutient que l'avenue de Saintonge ne présente pas de danger, il ressort des pièces du dossier que sur le territoire de la commune de Tonnay-Charente, la moyenne des accidents est supérieure à celle nationale, et que plusieurs accidents entre voitures ont eu lieu en 2021 sur cette voie. Il ressort également des pièces du dossier qu'au regard de l'importance du projet envisagé, un bâtiment de stockage de 485 mètres carrés, et du type d'activité, avec accès libre 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, le projet générera un trafic important qui aura pour conséquence d'aggraver les risques pour la sécurité routière. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maire de Tonnay-Charente a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
12. En cinquième et dernier lieu, la circonstance que les parcelles voisines du projet disposent d'accès sur l'avenue de Saintonge, alors qu'il n'est au demeurant pas établi qu'elles se trouveraient dans une situation comparable à celle du terrain concerné par la décision litigieuse, n'est pas de nature à révéler une méconnaissance du principe d'égalité des citoyens devant la loi.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation du certificat d'urbanisme négatif délivré le 9 mars 2021.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
14. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme de 1 200 euros à verser à la commune de Tonnay-Charente au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de la commune de Tonnay-Charente, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera à la commune de Tonnay-Charente la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Tonnay-Charente.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
Mme Dumont, première conseillère,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.
Le rapporteur,
Signé
V. BUREAU
Le président,
Signé
A. LE MEHAUTE
La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef
La greffière
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026