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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102329

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102329

mardi 13 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre - JU
Avocat requérantDENIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 8 septembre 2021, le 3 novembre 2021 et le 7 juillet 2022, Mme C D, représentée par Me Denis, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 16 juillet 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de pension militaire d'orpheline majeure infirme ;

2°) d'enjoindre à la ministre des armées de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle se trouve dans l'incapacité de gagner sa vie.

Par un mémoire en défense enregistrés le 30 mars 2022, et un mémoire non communiqué enregistré le 21 juillet 2022, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête de Mme D est irrecevable faute pour la requérante, qui réside à l'étranger, d'avoir, conformément aux dispositions de l'article R. 431-8 du code de justice administrative, élu domicile sur le territoire de la République, de l'Union européenne, de l'espace économique européen, ou de la Suisse ;

- les autres moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 6 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de pension civiles et militaires de retraite ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. F en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique ainsi que les conclusions de M. Plas, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant marocain, a été rayé des contrôles de l'armée et a obtenu une pension militaire de retraite. Il est décédé le 11 mars 2018. Sa fille, Mme C D, demande au tribunal d'annuler la décision du 16 juillet 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de pension de militaire d'orpheline majeure infirme.

2. En premier lieu, par une décision du 4 janvier 2021, publiée au journal officiel le 6 janvier 2021, une délégation a été donnée à Mme E B, adjointe au chef du service des pensions et des risques professionnels, à l'effet de signer au nom de la ministre des armées tous actes, arrêtés et décisions, dans la limite des attributions du service. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 47 du code des pensions civiles et militaires de retraite dans sa rédaction en vigueur à la date du décès de l'ancien militaire : " Les dispositions du chapitre 1er du présent titre sont applicables aux ayants cause des militaires mentionnés aux articles L. 6 et L. 7 () ". Aux termes de l'article L. 40 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Chaque orphelin a droit jusqu'à l'âge de vingt et un ans à une pension égale à 10 % de la pension obtenue par le fonctionnaire ou qu'il aurait pu obtenir au jour de son décès, et augmentée, le cas échéant, de 10 % de la rente d'invalidité dont il bénéficiait ou aurait pu bénéficier () / Pour l'application des dispositions qui précèdent, sont assimilés aux enfants âgés de moins de vingt et un ans les enfants qui, au jour du décès de leur auteur, se trouvaient à la charge effective de ce dernier par suite d'une infirmité permanente les mettant dans l'impossibilité de gagner leur vie. () Elle est suspendue si l'enfant cesse d'être dans l'impossibilité de gagner sa vie. / () ".

4. Pour refuser à Mme D, âgée de 54 ans au jour du décès de son père, le bénéfice des dispositions précitées en vue de l'obtention d'une pension d'orpheline majeure infirme, la ministre des armées s'est fondée sur l'avis de la commission consultative médicale, en date du 11 février 2021, dont il résulte que si l'intéressée est atteinte de " séquelles de poliomyélite du membre inférieur gauche affectant la hanche (dysplasie), le genou (raideur) et le pied (équinisme) ", cette infirmité, permanente et incurable, évaluées au taux de 80%, n'est pas de nature à la mettre dans l'impossibilité de gagner sa vie, dès lors qu'elle peut exercer des fonctions sédentaires. Pour contester cette affirmation, Mme D soutient que son handicap l'empêche de rester en position assise de manière prolongée et produit un certificat médical établi le 27 décembre 2018 par un médecin, dont la spécialité n'est pas précisée, ainsi que l'avis d'une commission médicale provinciale du 14 octobre 2021 indiquant que l'intéressée est atteinte d'un handicap moteur congénital. Elle soutient également que, résidant à la campagne, elle se trouve dans l'incapacité de rejoindre la ville du fait de son handicap et se prévaut de ce que son absence de diplôme l'empêche de trouver un emploi sédentaire. Toutefois, ces éléments ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par l'administration sur son impossibilité à gagner sa vie. Dans ces conditions, la ministre a légalement pu rejeter sa demande de pension militaire d'orpheline majeure infirme.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 16 juillet 2021 par laquelle la ministre des armées lui a refusé le bénéfice de la pension sollicitée. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au ministre des armées.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

D. FLa greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef par intérim,

Signé

G. FAVARD

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