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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102405

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102405

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102405
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP ROUDET - BOISSEAU - LEROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2021, la société par actions simplifiée (SAS) ABL Restauration et Mme A C demandent au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés des 31 août et 16 septembre 2021 par lesquels le maire de Saint-Jean-d'Angély a réglementé la circulation place André Lemoyne ;

2°) de maintenir la facturation des droits de voirie consécutive à l'occupation de la voie publique par ces arrêtés ;

3°) d'interdire au maire d'autoriser de nouvelles fermetures de rue et installations de chapiteaux au bénéfice du commerce " Chai Bacchus ".

Elles soutiennent que :

- des fermetures de rue ont eu lieu sans arrêté municipal ;

- les arrêtés attaqués ont été pris en méconnaissance du principe d'égalité ;

- ils sont entachés d'une atteinte à la sécurité publique, dès lors que la rue est le seul accès pour les services de secours et d'incendie ;

- la vente et la consommation d'alcool sur la voie publique est interdite par arrêté préfectoral ;

- les arrêtés attaqués entrainent une baisse du chiffre d'affaire de la société ;

- ils sont entachés d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 octobre 2022, la commune de Saint-Jean-d'Angély, représentée par Me Bourdeau, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'il n'est pas établi que Mme C ait intérêt à agir contre les arrêtés attaqués ;

- la demande d'injonction à maintenir la facturation des droits de voirie est sans objet ;

- les moyens de la requête sont infondés.

Par un courrier du 11 janvier 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office tiré de ce que les conclusions tendant à ce que le tribunal interdise au maire d'autoriser de nouvelles fermetures de rue sont irrecevables eu égard à leur objet même dès lors qu'il n'appartient pas à la juridiction administrative de prescrire une telle mesure.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bureau,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- les observations de Me Boisseau, représentant la commune de Saint-Jean-d'Angély.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n° 2021 PM 9138 T du 31 août 2021 et un arrêté n° 2021 PM 9159 T du 16 septembre 2021, le maire de Saint-Jean-d'Angély a interdit notamment la circulation à tous véhicules place André Lemoyne depuis l'angle de la rue Gambetta et l'angle de la rue des Maréchaux, à la demande de M. B, gérant de l'établissement " Chai Bacchus ". Par la présente requête, la SAS ABL Restauration et Mme C, gérant le restaurant " Le Mareyeur " situé 7 place André Lemoyne, demandent au tribunal l'annulation de ces arrêtés.

Sur la recevabilité des conclusions tendant à ce que le tribunal interdise au maire d'autoriser de nouvelles fermetures de rue :

2. Les requérantes demandent au tribunal d'interdire au maire d'autoriser de nouvelles fermetures de rue et installations de chapiteaux au bénéfice du commerce " Chai Bacchus ". Toutefois, d'une part, il n'appartient pas à la juridiction administrative de prononcer des interdictions en ce sens. D'autre part, en dehors des cas expressément prévus par des dispositions législatives particulières, inapplicables en l'espèce, du code de justice administrative, il n'appartient pas au tribunal administratif d'adresser des injonctions à l'administration. Par suite, ces conclusions sont irrecevables et ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et les voies de communication à l'intérieur des agglomérations () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 2213-2 du même code : " Le maire peut, par arrêté motivé, eu égard aux nécessités de la circulation et de la protection de l'environnement : / 1° Interdire à certaines heures l'accès de certaines voies de l'agglomération ou de certaines portions de voie ou réserver cet accès, à certaines heures ou de manière permanente, à diverses catégories d'usagers ou de véhicules ; / 2° Réglementer l'arrêt et le stationnement des véhicules ou de certaines catégories d'entre eux, ainsi que la desserte des immeubles riverains ; () ".

4. Il résulte de ces dispositions que les maires sont chargés de la police de la circulation sur l'ensemble des voies ouvertes à la circulation publique à l'intérieur des agglomérations et qu'à ce titre, ils peuvent prendre des mesures réglementant la circulation générale sur le territoire de leur commune en vue d'assurer la tranquillité des habitants de garantir la sécurité publique des usagers et riverains de cette route. En outre, la légalité d'une mesure de police est subordonnée à sa nécessité, la mesure devant être justifiée par l'existence de risques particuliers dans les secteurs pour lesquels elle a été édictée comme devant être adaptée par son contenu à l'objectif de protection poursuivi. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de contrôler l'adéquation des mesures de police administrative prises par un maire pour réglementer la circulation et le stationnement des véhicules dans sa commune aux nécessités de la sécurité publique.

5. En premier lieu, les arrêtés attaqués, qui interdisent notamment la circulation à tous véhicules entre l'angle de la rue Gambetta et la place André Lemoyne, ainsi qu'entre l'angle de la rue des Maréchaux et la place André Lemoyne, ont été adoptés afin d'assurer la sécurité des usagers se trouvant sur le domaine public pour des évènements organisés par l'établissement " Chai Bacchus ", du samedi 11 septembre 2021 à 16h00 au dimanche 12 septembre à 02h00 et du vendredi 17 septembre 2021 à 19h00 au samedi 18 septembre 2021 à 01h00. Les requérantes ne contestent pas sérieusement les motifs de sécurité des arrêtés attaqués. Par suite, les mesures en litige, qui ne présentent pas un caractère de généralité excessif par rapport aux fins recherchées, doivent être regardées comme adaptées aux exigences de la sécurité de la circulation.

6. En deuxième lieu, si les requérantes font valoir que les arrêtés attaqués sont entachés d'un détournement de pouvoir et favorisent l'établissement " Chai Bacchus " au détriment de leur établissement, une telle circonstance ne suffit pas à démontrer la méconnaissance du principe d'égalité, les mesures étant justifiées par des considérations de sécurité publique. En outre, la circonstance, non démontrée par les requérantes, selon laquelle des fermetures de rue auraient eu lieu sans arrêté municipal, est sans incidence sur la légalité des arrêtés attaqués.

7. En troisième lieu, si les requérantes soutiennent que les arrêtés attaqués sont entachés d'une atteinte à la sécurité publique, dès lors que la rue est le seul accès pour les services de secours et d'incendie, elles n'assortissent pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. En quatrième lieu, les requérantes ne peuvent utilement soutenir que la vente et la consommation d'alcool sur la voie publique est interdite par arrêté préfectoral et que les arrêtés attaqués entrainent une baisse du chiffre d'affaire de la société ABL Restauration, dès lors que ces circonstances sont étrangères à l'objet des arrêtés attaqués.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS ABL Restauration et Mme C ne sont pas fondées à demander l'annulation des arrêtés du maire de Saint-Jean-d'Angély des 31 août 2021 et 16 septembre 2021. Par voie de conséquence et en tout état de cause, les conclusions des requérantes tendant à ce que le tribunal maintienne la facturation des droits de voirie consécutive à l'occupation de la voie publique ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Saint-Jean-d'Angély sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS ABL Restauration et Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Jean-d'Angély au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS ABL Restauration et à Mme A C, ainsi qu'à la commune de Saint-Jean-d'Angély.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le rapporteur,

signé

V. BUREAU

Le président,

signé

A. LE MÉHAUTÉ

La greffière,

signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

G. FAVARD

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