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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102457

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102457

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102457
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL LELONG DUCLOS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2021 et un mémoire enregistré le 6 décembre 2023 qui n'a pas été communiqué, Mme E A, représentée par Me Lelong, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 mars 2021 par laquelle la présidente de l'université de Poitiers a fixé au 2 septembre 2019 la date de consolidation de l'accident de service dont elle a été victime, a décidé que les frais et soins médicaux postérieurs à cette date seraient à sa charge et a fixé à 8% son taux d'incapacité permanente partielle ;

2°) qu'il soit enjoint à l'université de Poitiers de fixer la date de consolidation au 26 mai 2020, de préciser que les soins et frais médicaux resteront à la charge de l'université jusqu'à sa complète guérison, de fixer à 10 % son taux d'incapacité permanente partielle et, en conséquence, de lui attribuer le bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité ;

3°) de mettre à la charge de l'université de Poitiers la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation s'agissant de la détermination de la date de consolidation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans la fixation du taux d'incapacité permanente partielle ;

- le refus de lui attribuer le bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité doit être annulé par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2022, l'université de Poitiers conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 60-1089 du 6 octobre 1960 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- et les observations de Me Duclos représentant Mme A et de M. C, représentant l'université de Poitiers.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, agent d'entretien au sein de l'université de Poitiers, a été victime d'une chute le 1er septembre 2014 alors qu'elle regagnait son domicile. Par un jugement n°1501053 du 8 novembre 2017, le tribunal administratif de Poitiers a annulé la décision par laquelle le président de l'université de Poitiers avait refusé de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident. Par une ordonnance n° 1902098 du 7 février 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. D B en qualité d'expert afin, notamment, de déterminer la date de consolidation de l'état de santé de Mme A. Ce dernier a remis son rapport le 16 juin 2020. Par une décision du 26 mars 2021, la présidente de l'université de Poitiers a fixé au 2 septembre 2019 la date de consolidation de l'accident de service dont a été victime Mme A, a décidé que les frais et soins médicaux postérieurs à cette date seraient à sa charge et a fixé à 8% son taux d'incapacité permanente partielle (IPP). Mme A demande l'annulation de cette décision, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'université sur le recours gracieux qu'elle a exercé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision en litige doit être regardée comme refusant de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident de la requérante au-delà de la période courant à compter du 2 septembre 2019. En outre, cette décision refuse la prise en charge de soins et frais médicaux au titre du régime des accidents imputables au service au-delà de cette même date ainsi que le droit au bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité. Une telle décision, qui refuse des avantages dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour les obtenir, devait être motivée en application du 6° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

4. La décision attaquée, qui se borne à faire état de l'avis de la commission de réforme proposant de fixer la date de consolidation au 4 avril 2018 avec un taux d'IPP de 8% et à indiquer que l'administration prend la décision de retenir comme date de consolidation le 2 septembre 2019, soit la date de reprise des fonctions de la requérante, ne comporte aucune considération de droit. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que la décision du 26 mars 2021 est entachée d'illégalité en tant qu'elle est insuffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, la date de consolidation de l'état de santé correspond au moment où l'état de santé du malade est stabilisé et qu'ainsi peut être évaluée l'incapacité permanente résultant de la pathologie contractée ou de l'accident subi.

6. En l'espèce, la décision attaquée retient comme date de consolidation de l'état de santé de Mme A la date à laquelle elle a repris ses fonctions, soit le 2 septembre 2019. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, qu'aucune des deux expertises médicales destinées à établir la date de consolidation de l'état de santé de la requérante n'a retenu la date du 2 septembre 2019, d'autre part, que pour retenir la date du 26 mai 2020 comme date de consolidation, l'expert désigné par le tribunal administratif de Poitiers s'est appuyé sur un examen particulièrement complet, a justifié les raisons pour lesquelles il ne pouvait valider les conclusions de la précédente expertise qui avait retenu la date du 5 novembre 2018 et a relevé que l'état de santé de Mme A s'était amélioré depuis cette date. Dans ces conditions, alors que l'expertise médicale réalisée au printemps 2019 à la demande de l'université avait pour seul objet d'évaluer la capacité de la requérante à reprendre ses fonctions et non de fixer la date de consolidation de son état de santé, l'université de Poitiers ne pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, retenir la date du 2 septembre 2019 en s'appuyant sur la seule circonstance que la requérante avait été regardée au printemps 2019 comme apte à reprendre ses fonctions avec des aménagements spécifiques.

7. Il en résulte que Mme A est fondée à soutenir que la décision du 26 mars 2021 est entachée d'une erreur d'appréciation en tant qu'elle fixe la date de consolidation de son état de santé au 2 septembre 2019.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions relatives à la fonction publique de l'Etat alors en vigueur, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident (). "

9. Il résulte de ces dispositions que doivent être pris en charge au titre de l'accident de service les honoraires et frais médicaux présentant un lien direct et certain avec l'accident initial y compris, le cas échéant, s'ils interviennent postérieurement à la date de consolidation constatée par l'autorité compétente. Le refus de remboursement des frais de santé ne peut donc se fonder sur la seule circonstance que ces frais ont été engagés postérieurement à la date de consolidation, la consolidation de l'état de santé d'un agent ayant pour objet de constater la stabilisation de cet état et non la disparition de toute séquelle consécutive à l'accident.

10. Dès lors, en décidant que, à compter de la date de consolidation, les soins et frais médicaux seraient à la charge de la requérante, la présidente de l'université de Poitiers a fait une inexacte application des dispositions et principe précités.

11. En quatrième lieu, si la présidente de l'université de Poitiers a décidé de suivre l'avis rendu le 4 mars 2021 par la commission de réforme et de fixer le taux d'incapacité permanente partielle de la requérante à 8 %, ce taux n'est étayé par aucune expertise ou pièce médicale. Dans ces circonstances, alors que dans son rapport du 26 mai 2020, l'expert désigné par le tribunal administratif de Poitiers justifie le taux de 10 % qu'il retient en se fondant, après un examen complet de la mobilité de l'épaule de la requérante, sur le barème des pensions civiles et militaires compris entre 10 % et 15 % selon l'importance des douleurs pour une raideur moyenne de l'épaule insuffisamment compensée par l'omoplate, l'université de Poitiers a commis une erreur d'appréciation en retenant le taux de 8 %.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat alors en vigueur, dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire qui a été atteint d'une invalidité résultant d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'au moins 10 % ou d'une maladie professionnelle peut prétendre à une allocation temporaire d'invalidité cumulable avec son traitement dont le montant est fixé à la fraction du traitement minimal de la grille mentionnée à l'article 15 du titre Ier du statut général, correspondant au pourcentage d'invalidité. () ". Aux termes de l'article 1 du décret du 6 octobre 1960 susvisé, dans sa version applicable au litige : " L'allocation temporaire d'invalidité prévue à l'article 65 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat est attribuée aux agents maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : a) Soit d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'un taux rémunérable au moins égal à 10 % ; () ".

13. Le refus opposé à la demande d'allocation temporaire d'invalidité de Mme A trouve son fondement dans la décision du 26 mars 2021 par laquelle la présidente de l'université de Poitiers a fixé à 8% son taux d'incapacité permanente. Ainsi qu'il a été dit au point 11, cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que la décision rejetant sa demande d'allocation temporaire d'invalidité est également entachée d'illégalité et doit être annulée.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la décision de la présidente de l'université de Poitiers du 26 mars 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

16. En raison des motifs qui la fondent, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement que la date de consolidation de Mme A soit fixée au 26 mai 2020 et que son taux d'incapacité permanente partielle soit fixée à 10 %. Il y a lieu d'enjoindre à la présidente de l'université de Poitiers de prendre ces décisions dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

17. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".

18. L'exécution du présent jugement implique que la demande d'allocation temporaire d'invalidité de Mme A soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la présidente de l'université de Poitiers de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1 : La décision du 26 mars 2021 de la présidente de l'université de Poitiers est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la présidente de l'université de Poitiers de fixer la date de consolidation de Mme A au 26 mai 2020 et de fixer son taux d'incapacité permanente partielle à 10 % dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint à la présidente de l'université de Poitiers de réexaminer la demande d'allocation temporaire d'invalidité de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'université de Poitiers versera à Mme A la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et à l'université de Poitiers.

Délibéré après l'audience du le 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Boutet, première conseillère,

Mme Dumont, première conseillère.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

La rapporteure,

Signé

G. DUMONT

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTELa greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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