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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102497

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102497

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantATTALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Attali, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juillet 2021 par laquelle la préfète de la Vienne lui a retiré son certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée de dix ans ou, à titre secondaire, de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- est illégal en l'absence d'examen particulier de sa situation par la préfète ;

- est illégal en ce que la préfète s'est crue en situation de compétence liée ;

- méconnait les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré 1er juin 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est tardive et que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Crosnier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 5 octobre 2001, est entré en France le 31 août 2009 avec sa mère et sa sœur pour y rejoindre son père. Il y a suivi toute sa scolarité avant d'entamer des études supérieures après l'obtention de son baccalauréat en 2019. A sa majorité, il s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an à l'issue duquel il a obtenu un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans valable du 30 mars 2021 au 29 mars 2031. Par la décision litigieuse en date du 22 juillet 2021, la préfète de la Vienne a procédé au retrait de ce certificat de résidence d'une durée de dix ans au motif que M. B n'en remplissait pas les conditions. M. B conteste cette décision.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse a été notifiée à M. B le 27 juillet 2021. Le délai de recours contentieux expirait le 28 septembre 2021 à minuit. Par conséquent, la requête qui a été enregistrée le 28 septembre 2021 n'est pas tardive et la fin de non-recevoir soulevée par le préfet doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / () e) au ressortissant algérien qui justifie résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de dix ans ; () h) Au ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une validité d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", lorsqu'il remplit les conditions prévues aux alinéas précédents ou, à défaut, lorsqu'il justifie de cinq années de résidence régulière ininterrompue en France. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2009 alors qu'il était âgé de sept ans. A sa majorité, il a obtenu un premier certificat de résidence valable du 30 mars 2020 au 29 mars 2021, avant de se voir délivrer à compter du lendemain un certificat de résidence de dix ans, objet de la décision litigieuse. Il n'est pas contesté qu'il vit avec sa famille et a été régulièrement scolarisé en France depuis son arrivée, a obtenu son baccalauréat en 2019 et poursuit des études supérieures. Il réside toujours chez ses parents qui disposent d'un certificat de résidence valable jusqu'au 17 octobre 2030. La circonstance qu'un document de circulation délivré à un mineur ne constitue pas un titre de séjour n'est pas de nature, par elle-même, à remettre en cause le caractère ininterrompu du séjour en France du requérant depuis plus de cinq ans. Par suite, en considérant, pour retirer le certificat de résidence d'une durée de dix ans qu'elle avait initialement délivré à M. B, qu'il ne remplissait pas la condition de cinq années de résidence régulière ininterrompue en France exigée par les stipulations du h) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien citées au point précédent, la préfète de la Vienne a entaché sa décision d'une erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision de la préfète de la Vienne du 22 juillet 2021 portant retrait du certificat de résidence d'une durée de dix ans délivré le 30 mars 2021 à M. B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement implique que le préfet de la Vienne procède à la délivrance d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans à M. B. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète de la Vienne en date du 22 juillet 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vienne de délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans à M. B.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

Y. CROSNIER

Le président,

Signé

L. CAMPOY La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D.GERVIER

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