jeudi 11 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2102523 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DROUINEAU 1927 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 septembre 2021 et un mémoire enregistré le 11 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Gendreau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2021 par lequel le maire d'Availles-en-Châtellerault a refusé de lui délivrer un permis de construire un local de stockage ;
2°) d'enjoindre au maire d'Availles-en-Châtellerault de lui délivrer le permis de construire sollicité, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Availles-en-Châtellerault une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté du 18 mai 2021 est illégal à raison de l'illégalité entachant le plan local d'urbanisme de la commune d'Availles-en-Châtellerault en tant qu'il classe sa parcelle n° 388 en zone agricole.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2023, la commune d'Availles-en-Châtellerault, représentée par Me Brugière, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est tardive ;
- à titre subsidiaire, le moyen soulevé n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dumont,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,
- et les observations de Me Gendreau, représentant M. A et de Me Brugière, représentant la commune d'Availles-en-Châtellerault.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est propriétaire sur la commune d'Availles-en-Châtellerault de la parcelle cadastrée section AP n° 388 située rue des Varennes. Le 12 avril 2021, il a sollicité la délivrance d'un permis de construire un local de stockage sur cette parcelle. Par un arrêté du 18 mai 2021, le maire de la commune d'Availles-en-Châtellerault a refusé de lui délivrer ce permis de construire. M. A demande l'annulation de cet arrêté, ensemble la décision du 23 juillet 2021 rejetant son recours gracieux.
Sur la recevabilité de la requête :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
3. D'autre part, l'article R. 424-10 du code de l'urbanisme prescrit que la décision refusant le permis de construire est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception.
4. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
5. En l'espèce, si la décision du 18 mai 2021 portant refus de permis de construire comporte la mention des voies et délais de recours, la commune ne justifie pas de la date à laquelle elle a été notifiée au requérant. Par ailleurs, si ce dernier a écrit au maire d'Availles-en-Châtellerault le 17 juillet 2021 pour lui demander de réviser le plan local d'urbanisme de la commune afin que soit corrigée l'erreur commise dans le classement de sa parcelle en zone agricole, ce courrier, qui ne mentionne pas la décision du 18 mai 2021, ne permet pas d'établir de manière certaine que M. A avait, à cette date, nécessairement reçu notification de la décision du 18 mai 2021.
6. Ainsi, en l'absence de preuve d'une telle notification et de ce que l'information relative aux voies et délais de recours a bien été donnée, le délai de recours contentieux de deux mois prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'était pas opposable au demandeur. Dans ces conditions, la requête de M. A enregistrée au greffe du tribunal administratif de Poitiers le 30 septembre 2021 dans un délai raisonnable n'est pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. En vertu de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques " et " fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ". En vertu de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du même code : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".
8. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.
9. En l'espèce, le projet d'aménagement et de développement durables prévoit des orientations en matière de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers qui tendent à veiller à l'aspect pratique de l'activité agricole, notamment en limitant l'enclavement des terres agricoles dans les zones urbaines et à préserver l'outil principal de l'agriculture que constitue la terre en tenant compte le plus possible des potentialités agronomiques des terrains et en protégeant les exploitations agricoles de la commune. Il comporte également des orientations en matière de protection des continuités écologiques et prévoit de " lutter contre la consommation d'espace en développant l'urbanisation au sein de l'enveloppe existante et en limitant le mitage ". En outre, la parcelle du requérant est incluse dans une zone identifiée par le projet d'aménagement et de développement durables comme un hameau à préserver tel qu'il est, en interdisant sa densification et son extension.
10. Toutefois, si le classement de ce secteur en zone agricole par le règlement du plan local d'urbanisme répond à la volonté des auteurs du projet d'aménagement et de développement durables de lutter contre l'étalement urbain, la commune n'établit pas qu'il est justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles alors, en outre, qu'il ressort des pièces du dossier que les parcelles composant ce secteur, situées à la limite d'une zone d'activités, présentent un caractère urbanisé. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que le classement de sa parcelle en zone agricole est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 mai 2021 par lequel le maire d'Availles-en-Châtellerault a refusé de lui délivrer un permis de construire en tant qu'elle est fondée sur le classement de sa parcelle en zone agricole.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".
13. Aux termes de l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme : " Sous réserve de l'application des articles L. 600-12-1 et L. 442-14, l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale a pour effet de remettre en vigueur le schéma de cohérence territoriale, le plan local d'urbanisme, le document d'urbanisme en tenant lieu ou la carte communale immédiatement antérieur. ".
14. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le juge peut prescrire d'office le réexamen de la demande et, d'autre part, que lorsque, par application des règles exposées ci-dessus, l'autorité chargée de délivrer des autorisations d'utilisation ou d'occupation des sols ne peut appliquer le document d'urbanisme en vigueur ou certaines de ses dispositions, il lui appartient de se fonder, pour statuer sur les demandes dont elle est saisie, sur les dispositions pertinentes du document immédiatement antérieur. Dans le cas où celles-ci seraient elles-mêmes affectées d'une illégalité dont la nature fait obstacle à ce qu'il en soit fait application, elle est tenue de se fonder sur le document encore antérieur ou, à défaut, sur les règles générales fixées par les articles L. 111-1 et suivants et R. 111-1 et suivants du code de l'urbanisme.
15. En application de ces dispositions, il y a lieu d'enjoindre au maire d'Availles-en-Châtellerault de réexaminer la demande du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. A, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à la commune d'Availles-en-Châtellerault une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune d'Availles-en-Châtellerault une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 18 mai 2021 par lequel le maire d'Availles-en-Châtellerault a refusé de délivrer un permis de construire un local de stockage à M. A est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire d'Availles-en-Châtellerault de réexaminer la demande de M. A dans un délai de deux mois.
Article 3 : La commune d'Availles-en-Châtellerault versera à M. A la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la commune d'Availles-en-Châtellerault présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune d'Availles-en-Châtellerault.
Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
Mme Boutet, première conseillère,
Mme Dumont, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.
La rapporteure,
G. DUMONT
Le président,
A. LE MEHAUTE La greffière,
G. FAVARD
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026