jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2102527 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BERNARD-CHATELOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 septembre 2021 et 16 mars 2022, et des pièces complémentaires enregistrées les 3 novembre 2022, ainsi que le 28 décembre 2022 qui n'ont pas été communiquées, l'association Comité de liaison du camping-car (CLC), représentée par la SELARL d'avocats DLBA, demande au tribunal : :
1°) d'annuler l'arrêté n° ASG 21-1979 du 5 août 2021 par lequel le maire de Royan a réglementé la pratique du " camping sauvage " ;
2°) d'enjoindre à la commune de Royan d'abroger l'arrêté litigieux, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;
3°) d'enjoindre au maire de Royan de procéder à l'enlèvement des panneaux de signalisation, barres de hauteur et portiques se rapportant aux camping-cars ou autocaravanes, mis en place en application de l'arrêté litigieux, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Royan la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- la requête est recevable ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;
- il impose une interdiction générale et absolue qui n'est justifiée par aucune atteinte à l'ordre public ;
- il est disproportionné ;
- il porte atteinte à la liberté de circulation et de stationnement ;
- il porte atteinte à la liberté de contracter avec la personne de son choix ;
- il repose sur des faits matériellement inexacts ;
- il est entaché d'une erreur de fait et de droit, dès lors que le maire pouvait interdire la pratique du camping sauvage, sans interdire le stationnement des camping-cars ;
- il porte atteinte au principe d'égalité entre les administrés ;
- il est discriminatoire.
Par des mémoires en défense enregistrés les 5 novembre 2021, 12 et 14 octobre 2022, ainsi qu'un mémoire enregistré le 9 janvier 2023 qui n'a pas été communiqué, la commune de Royan représentée par Me Capiaux, puis par Me Bernard-Chatelot, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du Comité de liaison du camping-car au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors qu'il n'est pas établi que le CLC dispose de la capacité pour agir ;
- les moyens de la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bureau,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,
- les observations de Me Schott, représentant l'association Comité de liaison du camping-car, et celles de Me Verger, substituant Me Bernard-Chatelot, représentant la commune de Royan.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 5 août 2021, le maire de Royan (Charente-Maritime) a réglementé la pratique du " camping sauvage " sur le territoire de la commune de Royan. Par la présente requête, l'association Comité de liaison du camping-car (CLC) demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, () ". Aux termes de l'article L. 2213-2 du même code, dans sa version applicable à la date de l'arrêté en litige : " Le maire peut, par arrêté motivé, eu égard aux nécessités de la circulation et de la protection de l'environnement : 1° Interdire à certaines heures l'accès de certaines voies de l'agglomération ou de certaines portions de voie ou réserver cet accès, à certaines heures ou de manière permanente, à diverses catégories d'usagers ou de véhicules ; 2° Réglementer l'arrêt et le stationnement des véhicules ou de certaines catégories d'entre eux, ainsi que la desserte des immeubles riverains () ". Aux termes de l'article L. 2213-4 du même code : " Le maire peut, par arrêté motivé, interdire l'accès de certaines voies ou de certaines portions de voies ou de certains secteurs de la commune aux véhicules dont la circulation sur ces voies ou dans ces secteurs est de nature à compromettre soit la tranquillité publique, soit la qualité de l'air soit la protection des espèces animales ou végétales, soit la protection des espaces naturels, des paysages ou des sites ou leur mise en valeur à des fins esthétiques, économiques agricoles, forestières ou touristiques () ".
3. En l'espèce, le maire de la commune de Royan a, d'une part, par l'article 2 de son arrêté du 5 août 2021, interdit le stationnement et l'arrêt des " véhicules servant à l'usage de camping ou d'habitation (caravanes, camping-cars, camions, camionnettes, voitures de forains) transformés à cet effet " toute l'année dans trente-deux rues ou zones précisément énumérées, correspondant aux voies bordant une partie du littoral, et d'autre part, par son article 3, interdit le stationnement et l'arrêt des mêmes véhicules dans sept zones ou rues désignées du 1er avril au 30 septembre, correspondant à des voies situées à proximité du littoral, afin d'assurer la sécurité publique, de prévenir les difficultés de circulation et de préserver le caractère touristique et esthétique du bord de mer.
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions utiles du code général des collectivités territoriales et mentionne les exigences de la sécurité publique, la gêne que constitue le stationnement de camping-cars et véhicules aménagés pour la fluidité du trafic et la mise en valeur du littoral. Il comporte ainsi les éléments de droit et de fait qui le fondent et se trouve, dès lors, suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, le CLC ne conteste pas que la commune est fréquentée par de nombreux camping-cars et véhicules aménagés. En outre, il ne peut pas sérieusement soutenir que la fréquentation de la voie publique par ces véhicules n'accroîtrait pas, du fait de leur volume et de l'encombrement qui en résulte, les difficultés pour le trafic et ne porterait pas atteinte à la visibilité du littoral, alors que la commune en défense produit des photographies justifiant de l'étroitesse de certaines voies visées par l'arrêté. Par suite, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait fondé sur des faits inexacts.
6. 6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de situation fourni en défense, que, les zones interdites au stationnement des camping-cars et véhicules aménagés concernent une partie limitée du territoire communal, correspondant principalement au front de mer du centre-ville et représentant 5 % de la superficie totale de la voirie communale, selon un calcul qui n'est pas utilement contredit. En outre, il existe une aire de stationnement et de repos, aménagée pour les véhicules de type camping-cars, dans un secteur peu éloigné du centre-ville et du bord de mer. Dans ces conditions, eu égard à l'étroitesse de certaines voies du centre-ville, à la fréquentation touristique importante et à la situation environnementale particulièrement favorable de la commune qui possède plusieurs sites protégés et classés, la limitation ainsi apportée au stationnement des camping-cars et véhicules aménagés ne revêt pas le caractère d'une interdiction d'une généralité excessive au regard de l'objectif recherché de préservation de la sécurité publique et des activités touristiques et de protection de l'environnement, au sens des dispositions susmentionnées des articles L. 2212-2, L. 2213-2 et L. 2213-4 du code général des collectivités territoriales, même si l'interdiction ne comporte pas de limitation temporelle s'agissant des voies bordant le littoral et même si l'aire de stationnement prévue pour les camping-cars est payante et d'une capacité limitée.
7. En quatrième lieu, eu égard à la nécessité de protéger les abords des espaces présentant un intérêt écologique et touristique significatifs des atteintes à la sécurité publique et de permettre la circulation et le stationnement des nombreux touristes qui fréquentent la commune, l'association requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que l'arrêté attaqué présenterait un caractère disproportionné avec les buts recherchés.
8. En cinquième lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.
9. En l'espèce, eu égard à leur volume ainsi qu'à l'encombrement qui en résulte et à l'usage auxquels ils sont destinés, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que les camping-cars et véhicules aménagés en tant que mode d'hébergement seraient, en matière de stationnement, dans la même situation que d'autres usagers de la voie publique, aux simples motifs qu'ils sont administrativement, regroupés dans une même catégorie par les dispositions de l'article R. 311-1 du code de la route et qu'ils peuvent également être utilisés comme moyen de transport sans hébergement. Par suite, le Comité de liaison du camping-car n'est pas davantage fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait méconnu le principe d'égalité.
10. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, alors que, contrairement à ce que soutient le CLC, l'arrêté en cause ne comporte pas d'interdiction générale et absolue, les restrictions qu'il apporte à la liberté de circulation et de stationnement ne présentent pas un caractère de généralité excessif par rapport aux fins recherchées. Par suite, le moyen ainsi exposé doit être écarté.
11. En septième lieu, le CLC ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué porte atteinte à la liberté de contracter avec la personne de son choix, dès lors que l'arrêté en cause ne comporte pas d'interdiction générale et absolue de stationner sur l'ensemble du territoire de la commune de Royan.
12. En huitième lieu, il résulte des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales, qui prévoient expressément la prise en compte par le maire de la préservation de la sécurité publique dans le cadre de ses pouvoirs en matière de police de la circulation et du stationnement, que l'arrêté attaqué ne saurait être regardé comme entaché d'erreur de fait et de droit en tant qu'il réglemente le " camping sauvage " et qu'il vise " tous véhicules servant à l'usage de camping ou d'habitation (caravanes, camping-cars, camions, camionnettes, voitures de forains) transformés à cet effet ". En outre, l'intitulé de l'arrêté attaqué est sans incidence sur sa légalité.
13. En neuvième et dernier lieu, eu égard aux caractéristiques particulières des véhicules pouvant servir à l'usage d'habitation, le CLC n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué présente un caractère discriminatoire.
14. Il résulte de tout ce qui précède que le CLC n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Royan du 5 août 2021. Ses conclusions à fin d'annulation doivent, dès lors, être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
15. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du Comité de liaison du camping-car la somme de 1 200 euros à verser à la commune de Royan au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de la commune de Royan, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du Comité de liaison du camping-car est rejetée.
Article 2 : Le Comité de liaison du camping-car versera à la commune de Royan la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Comité de liaison du camping-car et à la commune de Royan.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
Mme Dumont, première conseillère,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.
Le rapporteur,
Signé
V. BUREAU
Le président,
Signé
A. LE MEHAUTE
La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef
La greffière
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026