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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102531

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102531

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102531
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET SYNERGIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 30 septembre 2021, le 25 janvier 2023, le 19 avril 2023 et le 6 juin 2023, Mme G B, M. A B et Mme H J, représentés par le cabinet Earth Avocats, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

A titre principal :

1°) d'annuler la décision implicite laquelle le maire de Loix a rejeté leur demande du 15 juin 2021 de dresser un procès-verbal d'infraction aux règles de l'urbanisme à l'encontre des consorts I ;

2°) de constater qu'en application de l'article L. 141-6 du code de la voirie routière, la parcelle AC 559 est devenue propriété de la commune de Loix et par voie de conséquence qu'elle a été incorporée à la voirie communale au plus tard au 7 avril 2009, date à laquelle la délibération du conseil municipal n° 012/09 du 30 mars 2009 est devenue exécutoire ;

3°) de dire qu'en application de l'article 2 de la décision du Conseil Constitutionnel n° 2010-33 QPC du 22 septembre 2010, la prescription de cession gratuite prévue aux articles 4 des permis de construire des 6 et 30 mars 2000 accordés à M. C et M. I n'a pas été invalidée ;

4°) de dire que le présent jugement sera publié au service de la publicité foncière pour satisfaire aux formalités inhérentes au transfert de propriété ;

5°) d'ordonner l'enlèvement immédiat du bloc parking installé par les consorts I ;

A titre subsidiaire :

6°) d'enjoindre au maire de la commune de Loix, dans le délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour à compter de la notification du jugement à intervenir, de dresser un procès-verbal d'infraction pour opposition réitérée au transfert de propriété de la parcelle n°559 prévu aux articles 4 des permis de construire des 6 et 30 mars 2000 accordés à M. C et M. I, et, par voie de conséquence, aux règles écrites du PLUi énoncées aux articles Ua-5-1 et Ua-9 et au document graphique de la zone n° 3.2 ;

7°) de faire injonction au maire de la commune de Loix dans le délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour à compter de la notification du jugement à intervenir, d'engager la procédure de régularisation de la parcelle n°559 en vue de l'élargissement du chemin des Bouquets prescrite par les permis de construire des 6 et 30 mars 2000 avec la mise en demeure prévue à l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme ;

8°) à défaut, si la régularisation ne pouvait être obtenue dans un délai de trois mois, d'engager au terme de ce délai, sous astreinte de 100 euros par jour, une procédure d'expropriation de la parcelle n°559 ;

9°) de condamner la commune de Loix à leur verser la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le maire était tenu de dresser un procès-verbal d'infraction sur le fondement des dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, dès lors que les consorts I ne respectent pas l'article 4 du permis de construire qui leur a été délivré le 30 mars 2000 qui prévoyait l'abandon gratuit par le pétitionnaire d'une partie de son terrain nécessaire à l'élargissement du chemin des Bouquets sur le fondement des dispositions de l'article L. 332-6 du code de l'urbanisme ;

- l'inaction du maire a été totale durant la période courant entre la délivrance du permis de construire et la décision du Conseil Constitutionnel n° 2010-33 QPC du 22 septembre 2010 déclarant les dispositions du e) du 2° de l'article L. 332-6-1 du code de l'urbanisme non conformes à la Constitution ;

- le maire était en tout état de cause tenu de dresser ce procès-verbal d'infraction dès lors que les dispositions en vigueur du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi), et notamment ses articles Ua 5 et Ua 9 ainsi que le document graphique de la zone n°3.2, prescrivaient également l'élargissement de la rue des Bouquets ; la circonstance que le permis de construire qui a été délivré le 30 mars 2000 aux consorts I soit devenu définitif est sans incidence sur l'obligation qui pesait sur le maire de dresser le procès-verbal d'infraction en litige ;

- si la cession gratuite de la parcelle de 31 m² ne peut plus intervenir sur la base juridique de l'article 4 du permis de construire depuis la décision du Conseil Constitutionnel n° 2010-33 QPC du 22 septembre 2010, son transfert à la commune s'impose soit par voie amiable ou à défaut, par voie d'expropriation pour cause d'utilité publique ;

- le maire aurait dû exercer ses pouvoirs de police générale face au constat du stationnement de véhicules sur la parcelle n° 559 mais aussi sur la rue des Bouquets qui empêche tout accès à la rue des Pêcheurs ;

- en application de l'article L. 141-6 du code de la voirie routière, la parcelle AC n°559 est devenue propriété de la commune de Loix et, par voie de conséquence, a été incorporée à la voirie communale au plus tard au 7 avril 2009 date à laquelle la délibération n° 012/09 du conseil municipal du 30 mars 2009 est devenue exécutoire ;

- les mémoires en défense des consorts I sont irrecevables dès lors qu'ils ne sont pas signés et ne comportent pas de moyens ni de conclusions tendant au rejet de la requête ;

- les conclusions à fin d'injonction formulées par les consorts I dans leur mémoire du 8 février 2023 sont irrecevables dès lors que le caractère accessoire de l'intervention ne permet pas d'accueillir des demandes non formulées par le défendeur au principal.

Par des mémoires en défense enregistrés le 10 mars 2023 et le 27 avril 2023, la commune de Loix, représentée par la SCP Brossier, Carré, Joly, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir des consorts B ;

- l'intervention de M. et Mme F est irrecevable compte tenu du défaut d'intérêt à agir des requérants ; en outre, les conclusions présentées par M. et Mme F dans leurs mémoires communs avec les consorts B sont irrecevables faut d'avoir été présentées dans un mémoire distinct ;

- les conclusions nouvelles invoquées par les requérants dans leurs mémoires des 25 janvier et 19 avril 2023, après expiration du délai de recours contentieux et sans rapport avec la décision attaquée, sont irrecevables ; en outre, il n'appartient pas à la juridiction administrative d'ordonner la publication de jugements, ni d'accueillir les conclusions en déclaration de droit ou encore de prononcer une injonction à l'encontre d'une personne privée ;

- les conclusions présentées par M. et Mme F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en tant qu'intervenants sont irrecevables dès lors qu'ils ne sont pas partie à l'instance ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en intervention enregistré le 4 janvier 2023 et des mémoires enregistrés le 25 janvier 2023 et le 19 avril 2023, M. et Mme F, représentés par le cabinet Earth Avocats concluent aux mêmes fins que les requérants par les mêmes moyens.

Par des mémoires enregistrés le 20 décembre 2022 et le 8 février 2023, M. D et Mme E I, concluent :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce qu'il soit enjoint aux consorts F de mettre fin à l'ouverture qu'ils ont créée et qui est non conforme aux dispositions du permis de construire PC 01720715E0013 qui leur a été délivré le 4 novembre 2015 ;

3°) à ce que soit mise à la charge des consorts B et F la somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boutet,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- et les observations de Me Spitz, représentant les requérants, de Me Brossier, représentant la commune de Loix et de M. I.

Considérant ce qui suit :

1. Un permis de construire n° PC 1720799H7058 a été délivré le 30 mars 2000 à M. D I en vue d'édifier une habitation rue des Bouquets sur la commune de Loix (Charente-Maritime). L'article 4 de cet arrêté disposait que, dans le cadre des articles L.332-6 et R. 332-15 du code de l'urbanisme, il devait être fait abandon gratuit par le pétitionnaire, dans la limite de 10% du terrain d'origine, d'une surface de 31 m² du terrain cadastré section AC n°111-112-505 lot 4, devenue la parcelle cadastrée section AC n°559, nécessaire à l'élargissement de la voie publique bordant le terrain, dénommée rue des Bouquets, qui disposait à ce niveau d'une largeur d'1,20 mètres. Par courrier du 15 juin 2021, Mme G B, M. A B et Mme H J, propriétaires de la parcelle cadastrée AC n°708 desservie par la rue des Bouquets, ont demandé au maire de dresser, sur le fondement de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, un procès-verbal d'infraction à l'encontre des consorts I au motif du non-respect de l'obligation de cession à la commune d'une partie de la parcelle actuellement cadastrée n° AC 559 pour l'élargissement de la voie publique. Les consorts B demandent l'annulation de la décision implicite par laquelle le maire de Loix a rejeté leur demande.

Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir des consorts B :

2. M. et Mme B sont propriétaires de la parcelle cadastrée section AC n° 708 qui dispose aujourd'hui d'un accès direct pour les véhicules à la rue des Bouquets grâce à l'acquisition par la commune, le 16 décembre 2010, d'une bande de terrain sur les parcelles AC n° 628, 629 et 633, qui a permis d'élargir la voie publique côté Ouest. Les requérants font toutefois valoir qu'en raison de l'étroitesse du chemin au droit de la parcelle n°559, d'une largeur de seulement 1,20 mètres, ils ont dû consentir une servitude de passage sur leur parcelle n° 708 afin d'offrir un accès à la voie publique pour les véhicules de M. et Mme F, qui sont propriétaires des parcelles n°709 et 710. Dans ces conditions, M. et Mme B disposent d'un intérêt à agir pour contester la décision par laquelle le maire de la commune de Loix a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction visant à permettre l'élargissement de la rue des Bouquets par l'acquisition d'une partie de la parcelle 559, quand bien même M. et Mme B, d'une part, auraient créé eux même la situation d'enclavement des parcelles n° 709 et 710 en procédant à la division puis à la cession de ces parcelles et, d'autre part, auraient refusé la proposition de la commune, actée par délibération du 18 mai 2021, de céder 29 m² de surface sur les parcelles n° 708 et 709 afin d'élargir le chemin des Bouquet et de mettre fin à la servitude de passage grevant leur propriété.

Sur la recevabilité de l'intervention de M. et Mme F :

3. Aux termes de l'article R. 632-1 du code de justice administrative : " L'intervention est formée par mémoire distinct. / () / Le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction ordonne, s'il y a lieu, que ce mémoire en intervention soit communiqué aux parties et fixe le délai imparti à celles-ci pour y répondre. / Néanmoins, le jugement de l'affaire principale qui est instruite ne peut être retardé par une intervention ". Est recevable à former une intervention toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige.

4. D'une part, pour les motifs exposés au point 2, la commune de Loix n'est pas fondée à soutenir que l'intervention de M. et Mme F est irrecevable en raison du défaut d'intérêt à agir des requérants.

5. D'autre part, comme cela a été exposé au point 2, M. et Mme F sont propriétaires des parcelles cadastrées AC n° 709 et 710 qui sont desservies par la rue des Bouquets qui dispose à ce niveau d'une largeur de seulement 1,20 mètres. Ils ne peuvent ainsi accéder à la voie publique avec un véhicule que par la servitude de passage dont ils disposent sur la parcelle AC n° 708 appartenant à M. et Mme B. M. et Mme F justifient ainsi d'un intérêt suffisant pour contester la décision par laquelle le maire de Loix a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction visant à permettre l'élargissement de la rue des Bouquets par l'acquisition d'une partie de la parcelle n°559. Toutefois, la commune est fondée à soutenir que les écritures produites par M. et Mme F les 25 janvier et 19 avril 2023 en commun avec les consorts B sont irrecevables, faute d'avoir été présentées par mémoires distincts comme le prévoient les dispositions précitées de l'article R. 632-1 du code de justice administrative.

Sur l'étendue du litige :

6. Par leur requête enregistrée le 30 septembre 2021, les consorts B demandaient seulement l'annulation de la décision implicite par laquelle le maire a rejeté leur demande en date du 15 juin 2021 tendant, d'une part, à ce qu'il soit dressé un procès-verbal d'infraction, sur le fondement de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, relatif au non-respect de l'article 4 de l'arrêté valant permis de construire délivré à M. I le 30 mars 2000 et, d'autre part, à ce que le maire mette en œuvre les pouvoirs qu'il détient, notamment de l'article L. 481-1 du même code, pour faire procéder au transfert de propriété à la commune d'une partie de la parcelle AC n° 559 afin d'élargir la rue des Bouquets soit par voie amiable, soit par expropriation.

7. Les requérants doivent être regardés comme ayant eu connaissance acquise de la décision implicite de rejet de leur demande du 15 juin 2021 au plus tard à la date d'introduction de leur requête, le 30 septembre 2021. Cette décision ne comportant pas les voies et délais de recours, ils disposaient d'un délai raisonnable, qui ne saurait excéder un an, pour la contester. Par suite, les conclusions, présentés pour la première fois par les requérants dans leurs mémoires des 29 janvier et 19 avril 2023, soit plus d'un an après l'introduction de leur requête, et qui ne sont pas rattachables à la décision attaquée, sont des conclusions nouvelles, introduites après le délai de recours contentieux et par suite irrecevables. En tout état de cause, ces conclusions ne présentent pas avec la décision contestée et avec les conclusions initiales, qui portaient seulement sur l'application des article L. 480-1 et suivants du code de l'urbanisme, un lien suffisant permettant de les regarder comme recevables.

8. Sont en conséquence irrecevables, ainsi que le fait valoir la commune de Loix, les conclusions tendant à ce qu'il soit constaté qu'en application de l'article L. 141-6 du code de la voirie routière, la parcelle AC 559 est devenue propriété de la commune de Loix au plus tard au 7 avril 2009, que le présent jugement soit publié au service de la publicité foncière, que soit ordonné l'enlèvement immédiat du bloc parking installé par les consorts I, que le transfert de propriété prévu par l'article 4 de l'arrêté valant permis de construire délivré le 6 mars 2000 à M. C soit réalisé et que l'arrêté d'alignement prévue par l'article 2 de l'arrêté valant permis de construire délivré le 30 mars 2000 à M. I soit édicté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande formée le 15 juin 2021 et les conclusions à fin d'injonction y afférentes :

9. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal ". Aux termes de l'article L. 480-4 du même code : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé ". Enfin aux termes de l'article L. 610-1 de ce code : " En cas d'infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme, les articles L. 480-1 à L. 480-9 sont applicables, les obligations mentionnées à l'article L. 480-4 s'entendant également de celles résultant des plans locaux d'urbanisme. () Sauf en cas de fraude, le présent article n'est pas applicable lorsque le bénéficiaire d'une autorisation définitive relative à l'occupation ou l'utilisation du sol, délivrée selon les règles du présent code, exécute des travaux conformément à cette autorisation ".

10. Alors même que le procès-verbal d'infraction dressé en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme a le caractère d'un acte de procédure pénale dont la régularité ne peut être appréciée que par les juridictions judiciaires, il appartient à la juridiction administrative de connaître des litiges qui peuvent naître du refus du maire de faire usage des pouvoirs qui lui sont conférés en sa qualité d'autorité administrative par les dispositions précitées et, le cas échéant, l'enjoindre à dresser un procès-verbal d'infraction.

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 332-6-1 du code de l'urbanisme applicable à la date à laquelle le permis de construire a été accordé à M. I : " Les contributions aux dépenses d'équipements publics prévus au 2° de l'article L. 332-6 sont les suivantes : / () 2° / () e) Les cessions gratuites de terrains destinés à être affectés à certains usages publics qui, dans la limite de 10 p. 100 de la superficie du terrain auquel s'applique la demande, peuvent être exigées des bénéficiaires d'autorisations portant sur la création de nouveaux bâtiments ou de nouvelles surfaces construites ; / () ". Aux termes de l'article R. 332-15 de ce code applicable à la même date : " L'autorité qui délivre le permis de construire ou l'autorisation de lotissement ne peut exiger la cession gratuite de terrains qu'en vue de l'élargissement, du redressement ou de la création des voies publiques, et à la condition que les surfaces cédées ne représentent pas plus de 10 p. 100 de la surface du terrain sur lequel doit être édifiée la construction projetée ou faisant l'objet de l'autorisation de lotissement. / () ".

12. Par une décision n° 2010-33 QPC du 22 septembre 2010, le Conseil Constitutionnel a déclaré les dispositions du 2° de l'article L. 332-6-1 du code de l'urbanisme inconstitutionnelles. Il a précisé que cette déclaration d'inconstitutionnalité prenait effet à compter de la publication de sa décision, soit le 23 septembre 2010 et qu'elle pouvait être invoquée dans les instances en cours à cette date lorsque leur issue dépendait de l'application des dispositions déclarées inconstitutionnelles. Il en résulte que le maire était fondé, à la date à laquelle sa décision implicite de rejet est née, soit le 21 août 2021, à refuser de dresser un procès-verbal d'infraction sur le fondement du non-respect des dispositions de l'article 4 de son arrêté du 30 mars 2000 accordant un permis de construire à M. D I, qui était dépourvu de base légale.

13. Par ailleurs, si les requérants doivent être regardés comme invoquant une faute tirée de la carence du maire à dresser un procès-verbal d'infraction pendant la période ayant couru entre le 30 mars 2000, date de délivrance du permis de construire à M. I et le 23 septembre 2010, la date à laquelle les dispositions sur lesquelles était fondé l'article 4 de ce permis ont été déclarées inconstitutionnelles, ce moyen est inopérant pour contester la légalité de la décision en litige née le 21 août 2021.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques () ". S'il résulte des termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme que l'autorité administrative est tenue, lorsqu'elle a connaissance d'une infraction à la législation de l'urbanisme, d'en faire dresser procès-verbal, ces dispositions ne trouvent pas application lorsque l'infraction alléguée résulterait de la méconnaissance d'un plan local d'urbanisme par une autorisation devenue définitive.

15. D'une part, si le souhait d'élargir le chemin des Bouquets ressort de la délibération du conseil municipal de la commune de Loix du 25 juin 2019 approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté de communes de l'Ile-de-Ré, le règlement graphique approuvé du PLUi, qui seul est opposable et prend en compte la volonté du conseil municipal de revoir la limite du secteur classé Ua au niveau du chemin des Bouquets en classant notamment la parcelle 559 en zone Ub, ne prescrit pas l'élargissement de la voie publique à ce niveau. Le moyen tiré de l'infraction aux dispositions du règlement graphique du PLUi de la zone n°3.2 manque donc en fait.

16. D'autre part, les requérants invoquent la méconnaissance, par la construction réalisée par M. I en vertu du permis qui lui a été accordé le 30 mars 2000, des dispositions des articles UA6 et UA3 du plan d'occupation des sols (POS) dans sa version en vigueur en 2015 et des articles Ua5-1 et Ua-9 du PLUi approuvé en 2019, qui sont relatifs aux règles d'alignement des constructions sur la voie publique et aux règles d'accès aux constructions. Toutefois, ces dispositions n'étaient pas encore applicables à la date à laquelle le permis de construire en litige a été accordé à M. I le 30 mars 2000. Par suite, le maire ne pouvait dresser de procès-verbal d'infraction en application des dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme en se fondant sur la méconnaissance de ces dispositions.

17. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme : " I. Lorsque des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 ont été entrepris ou exécutés en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ainsi que des obligations mentionnées à l'article L. 610-1 ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable et qu'un procès-verbal a été dressé en application de l'article L. 480-1, indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées pour réprimer l'infraction constatée, l'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3-1 peut, après avoir invité l'intéressé à présenter ses observations, le mettre en demeure, dans un délai qu'elle détermine, soit de procéder aux opérations nécessaires à la mise en conformité de la construction, de l'aménagement, de l'installation ou des travaux en cause aux dispositions dont la méconnaissance a été constatée, soit de déposer, selon le cas, une demande d'autorisation ou une déclaration préalable visant à leur régularisation ".

18. Dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit ci-dessus, qu'en l'espèce, le maire n'avait pas à dresser de procès-verbal d'infraction en application des dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire aurait dû mettre en demeure les consorts I de procéder à la cession de leur parcelle AC n° 559 sur le fondement des dispositions de l'article L. 481-1 du code de l'urbanisme, qui ne sont applicables que lorsqu'un procès-verbal d'infraction a été dressé en application de l'article L. 480-1 du même code.

19. En quatrième lieu, si les requérants soutiennent que le maire aurait dû procéder par expropriation compte tenu de l'utilité publique du projet et s'ils se prévalent également de sa carence dans l'exercice de ses pouvoirs de police générale définis à l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, ces moyens sont inopérants pour contester la décision en litige portant refus de dresser procès-verbal sur le fondement des articles L. 480-1 et suivants du code de l'urbanisme.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les consorts B ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision implicite du maire de Loix portant rejet de leur demande du 15 juin 2021. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction qu'ils présentent ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées par M. et Mme I :

21. M. et Mme I demandent à ce qu'il soit enjoint aux consorts F de mettre fin à l'ouverture qu'ils ont créée, qui ne serait pas conforme aux dispositions du permis de construire n° 017207 15 E0013 qui leur a été délivré le 4 novembre 2015. Toutefois, ces conclusions reconventionnelles, présentées contre un intervenant à l'instance dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir et soulevant un litige distinct de celui dont est saisi le juge, sont en tout état de cause irrecevables, ainsi que le font valoir les requérants. Les conclusions présentées par M. et Mme I doivent par suite être rejetées, sans qu'il soit nécessaire de statuer sur la recevabilité de leurs mémoires.

Sur les frais liés à l'instance :

22. Les dispositions de l'article L. 761-du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de la commune de Loix, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme G B, M. A B et Mme H J demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

23. Les conclusions présentées au même titre par M. et Mme I doivent également être rejetées dès lors, en tout état de cause, qu'ils n'ont pas eu recours au ministère d'un avocat et n'établissent pas avoir exposé des frais dans la présente instance.

24. Les conclusions présentées au même titre par M. et Mme F doivent, en tout état de cause, être également rejetées, dès lors qu'en tant qu'intervenants volontaires ils ne sont pas partie à l'instance au sens des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

25. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme G B, M. A B et Mme H J ensemble une somme de 1 200 euros à verser à la commune de Loix au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G B, M. A B et Mme H J est rejetée.

Article 2 : Mme G B, M. A B et Mme H J verseront ensemble à la commune de Loix la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. et Mme I au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Les conclusions présentées par M. et Mme F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme G B, première dénommée, à M. et Mme F, à la commune de Loix et à M. D et Mme E I.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Boutet, première conseillère,

Mme Dumont, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La rapporteure

Signé

M. BOUTET

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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