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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102628

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102628

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2021, M. D, représenté par l'AARPI Thémis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 juin 2021 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a ordonné la prolongation de son placement à l'isolement ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, d'ordonner la levée de son isolement dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision a été prise en méconnaissance des droits de la défense dès lors qu'il n'a pas reçu la copie de son dossier de mise à l'isolement préalablement à son renouvellement litigieux ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'inexactitude matérielle des faits.

Un mémoire en défense du garde des sceaux, ministre de la justice, a été enregistré le 12 janvier 2024, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bureau,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, alors détenu à la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré, a été placé à l'isolement le 20 septembre 2019. Par une décision du 24 juin 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice a ordonné la prolongation de cette mise à l'isolement. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette prolongation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-6-68 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Lorsque la personne détenue est à l'isolement depuis un an à compter de la décision initiale, le ministre de la justice peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois renouvelable. La décision est prise sur rapport motivé du directeur interrégional saisi par le chef d'établissement selon les modalités de l'article R. 57-7-64. L'isolement ne peut être prolongé au-delà de deux ans sauf, à titre exceptionnel, si le placement à l'isolement constitue l'unique moyen d'assurer la sécurité des personnes ou de l'établissement. Dans ce cas, la décision de prolongation doit être spécialement motivée. ".

3. En vertu des dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / 1° (), les directeurs d'administration centrale () ; // ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " Les personnes mentionnées aux 1° et 3° de l'article 1er peuvent donner délégation pour signer tous actes relatifs aux affaires pour lesquelles elles ont elles-mêmes reçu délégation :/ 1° Aux magistrats, aux fonctionnaires de catégorie A () ". Par un arrêté du 28 mai 2021 portant délégation de signature, régulièrement publiée au Journal officiel de la République Française du 30 mai 2021, M. A, directeur de l'administration pénitentiaire, a donné délégation à Mme B, directrice des services pénitentiaires, cheffe du pôle isolement, pour signer au nom du garde des sceaux, ministre de la justice, et dans la limite de ses attributions, tous actes, arrêtés ou décisions, à l'exception des décrets. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée manque en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initial ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. Le chef d'établissement peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue et à son avocat les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires. () Les observations de la personne détenue et, le cas échéant, celles de son avocat sont jointes au dossier de la procédure. Si la personne détenue présente des observations orales, elles font l'objet d'un compte rendu écrit signé par elle. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que la personne susceptible de faire l'objet d'une décision d'isolement doit être mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. M. C soutient qu'il n'a pas eu communication du dossier relatif à la procédure litigieuse préalablement au prononcé de la décision contestée du 24 juin 2021. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment du document intitulé " Mise en œuvre de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ", daté du 27 mai 2021, dont il a accusé réception le même jour, que M. C a été informé de ses droits à se faire assister, à présenter des observations écrites et orales et à consulter les pièces relatives à la procédure et qu'il a indiqué, dans ce cadre, souhaiter se faire assister d'un avocat désigné par le bâtonnier et présenter des observations orales. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une méconnaissance des droits de la défense.

En ce qui concerne la légalité interne :

6. Aux termes de l'article 726-1 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Toute personne détenue, sauf si elle est mineure, peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne concernée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites () ". Aux termes de l'article R. 57-7-68 du même code, alors en vigueur : " () L'isolement ne peut être prolongé au-delà de deux ans sauf, à titre exceptionnel, si le placement à l'isolement constitue l'unique moyen d'assurer la sécurité des personnes ou de l'établissement () ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-73 du même code, alors en vigueur : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé ".

7. Pour prendre la décision prolongeant la mise à l'isolement de M. C pour la période du 3 juillet 2021 au 3 octobre 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice, s'est fondé sur le profil pénitentiaire du requérant, en particulier les sanctions disciplinaires et les rapports d'incidents dont il a fait l'objet dans la maison centrale de Saint-Martin-en-Ré. Il s'est également fondé sur son caractère provocateur, menaçant et agressif envers les personnels de l'établissement et les autres détenus. Ainsi, au cours des années 2019 et 2020, M. C a fait l'objet de plusieurs sanctions disciplinaires et rapports d'incidents qui suffisent à eux seuls à démontrer l'incompatibilité du requérant avec un placement en détention ordinaire. Si l'intéressé fait valoir que son médecin a indiqué que son isolement était délétère pour sa santé, il n'établit pas pour autant qu'il serait incompatible avec son état de santé et il résulte de l'ensemble des pièces du dossier que son maintien à l'isolement constituait l'unique moyen de prévenir une atteinte à la sécurité des personnes et de l'établissement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ainsi que celui tiré de ce que la décision se fonderait sur des faits matériellement inexacts, doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que le conseil de M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D, au garde des sceaux, ministre de la justice, ainsi qu'à l'AARPI Thémis.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le rapporteur,

signé

V. BUREAU

Le président,

signé

A. LE MEHAUTE

La greffière,

signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

G. FAVARD

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