vendredi 18 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2102676 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ONDONGO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés le 18 octobre 2021, le 25 février 2022 et le 21 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Ondongo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 septembre 2021 par lequel la préfète de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de huit jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision :
- est entachée d'incompétence ;
- est irrégulière faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;
- est entachée d'une erreur de droit en ce que, à supposer qu'il ne remplit pas les conditions fixées par l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 pour obtenir un titre de séjour en tant que parent d'enfant français, la préfète de la Vienne aurait dû examiner sa demande au regard des conditions posées par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux dispositions duquel il satisfait ;
- méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il est père d'un enfant français à l'éducation et à l'entretien duquel il contribue ;
- la préfète de la Vienne n'était pas fondée à lui opposer, pour refuser de lui délivrer un titre de séjour en tant que parent d'enfant français, la circonstance que son comportement constitue une menace pour l'ordre public ;
- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3, paragraphe 1er, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 29 juin 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Campoy a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 5 janvier 1998, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement en France en 2017. Après avoir été interpellé et placé en garde à vue, le 15 février 2021, à la suite d'une infraction à la législation des stupéfiants, il a fait l'objet, le 16 février 2021, d'une mesure d'éloignement sans délai de départ volontaire assortie d'une interdiction de retour de deux ans sur le territoire français. Le 17 février 2021, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Poitiers à une peine d'emprisonnement de 1 an et 6 mois, dont 6 mois avec sursis, pour des faits d'acquisition, transport, détention et offre ou cession non autorisée de stupéfiant. L'intéressé, qui prétend vivre maritalement avec une ressortissante française depuis le 20 septembre 2018, avec laquelle il est constant qu'il a eu une fille, née le 14 septembre 2020, a demandé, le 28 juin 2021, durant sa détention, un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par une décision du 15 septembre 2021, la préfète de la Vienne a rejeté sa demande. M. B conteste cette décision.
2. En premier lieu, par un arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, la secrétaire générale de la préfecture de la Vienne a reçu délégation du préfet de ce département à l'effet de signer les décisions prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la commission du titre de séjour a, dans sa séance du 9 septembre 2021, émis un avis sur la demande M. B. Par suite, le moyen tiré de l'absence de saisine de cette commission par la préfète manque en fait.
4. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 visé ci-dessus : " Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : () c) au ressortissant tunisien qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins () ".
5. Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'un titre de séjour d'une durée de dix ans à un ressortissant tunisien sur le fondement des stipulations précitées de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 est subordonnée à la justification par l'intéressé d'une entrée régulière sur le territoire français. Par suite, la préfète de la Vienne n'a commis aucune erreur de droit en rejetant la demande de l'intéressé sur le fondement de ces stipulations dès lors que l'intéressé ne justifie pas être entré régulièrement en France.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ". L'article 11 du même accord précise : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers et sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation. ". Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable en l'espèce : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " L'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () "
7. Si les dispositions de l'article 11 du même accord rendent applicables à l'intéressé les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article L. 412-5 du même code indique que c'est sous réserve que celui-ci ne représente pas une menace pour l'ordre public. En l'espèce, s'il est constant que M. B est le père d'une enfant française née le 14 septembre 2020, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné le 17 février 2021 à dix-huit mois d'emprisonnement, dont six mois avec sursis, pour des faits de détention et de trafic de stupéfiants. Il ressort, en particulier, de son procès-verbal d'audition par les services de police du 15 février 2021 que, lors de son interpellation, il était en possession de deux sachets d'un poids total de 14 grammes de cocaïne, de près d'un kilo de résine de cannabis et de 100 grammes d'herbe de cannabis et qu'il effectuait son trafic en compagnie de sa compagne française, laquelle a confirmé qu'elle savait qu'il allait " livrer " ces produits stupéfiants et qu'il pratiquait ce trafic depuis bientôt 6 mois. De surcroit, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a également été interpellé et placé en garde à vue, le 9 décembre 2018, pour des faits de violence avec l'usage ou la menace d'une arme en état d'ébriété et port d'arme prohibée de catégorie D. Dans ces conditions, et à supposer même que M. B contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant français, il constitue une menace pour l'ordre public, laquelle justifiait que la préfète de la Vienne lui refuse, sans commettre d'erreur d'appréciation, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. B est entré et s'est maintenu irrégulièrement en France depuis 2017. Il est sans emploi licite et n'apporte aucun élément permettant d'apprécier ses conditions d'intégration personnelle et professionnelle dans la société française. Comme il a été dit au point 7, il a été condamné pour des faits de détention et d'usage de stupéfiants à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement dont six mois avec sursis et avait déjà été interpellé, auparavant, pour des faits de violence avec l'usage ou la menace d'une arme en état d'ébriété et port d'arme prohibée de catégorie D. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait noué sur le territoire national des liens particulièrement intenses, stables et anciens avec d'autres personnes que sa compagne et son enfant. Il ne démontre pas ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, la Tunisie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans. En toute hypothèse, la décision attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet, de procéder à son éloignement. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de la Vienne n'a pas porté au respect dû à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a pris sa décision.
10. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant dans le cadre de la contestation du présent refus de titre de séjour.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
12. Le refus de délivrer un titre de séjour à M. B n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner de sa fille. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour porte atteinte à l'intérêt supérieur de cette dernière.
13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.
Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 11 août 2023, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Dumont, première conseillère,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2023.
Le président rapporteur,
Signé
L. CAMPOY
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
G. DUMONT
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026