mardi 24 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2102747 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LEVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 octobre 2021 et le 18 juillet 2022, Mme A, représenté par Me Levy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2021 par lequel le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le tout dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3, paragraphe 1er, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les dispositions du 6° de l'ancien article L. 313-11 du même code ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2023, la préfète de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Breillat, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D A, ressortissante congolaise née le 17 juin 1987, est entrée sur le territoire français, selon ses déclarations, le 25 novembre 2018. Le 5 juin 2020, elle a demandé la délivrance d'un titre de séjour en tant que parent d'un enfant français. Par un arrêté du 26 avril 2021, la préfète de la Vienne a rejeté sa demande. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par le secrétaire général de la préfecture de la Vienne à qui, par un arrêté du 26 mars 2021, publié au recueil des actes administratifs du département, la préfète de ce département a donné délégation pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions contestées. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable jusqu'au 1er mai 2021, qui constitue le fondement de la décision contestée. Il mentionne que l'intéressée ne justifie pas de la contribution effective du père à l'entretien et à l'éducation de l'enfant français de Mme A, que celle-ci n'a pas de ressources propres et qu'elle ne démontre pas avoir noué en France des liens personnels et familiaux particulièrement anciens, stables et intenses. Dans ces conditions, cet arrêté, qui expose les circonstances de droit et de fait qui en sont le fondement, est suffisamment motivé.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur jusqu'au 1er mai 2021 et dont les dispositions ont été reprises dans les nouveaux articles L. 421-7 et L. 421-8 de ce code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; / Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant () ".
5. D'une part, il est constant que l'enfant mineur, de nationalité française, né le 11 juillet 2017, au titre duquel Mme A a demandé un titre de séjour en tant que parent d'un enfant français, réside seul avec sa mère dans la Vienne, tandis que le père, qui a reconnu l'enfant lors de la déclaration de sa naissance, réside dans le département de l'Essonne. D'autre part, en ce qui concerne la contribution du père à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, la requérante ne justifie que de quatre mandats de 50 euros, 60 euros et, pour les deux derniers, de 100 euros, émis par le père respectivement le 26 février 2020, le 27 mai 2020, le 16 février 2021 et le 4 mai 2021. Ces seuls versements, effectués de manière irrégulière, ne sont pas suffisants pour démontrer une contribution effective du père à l'entretien et à l'éduction de l'enfant depuis sa naissance ou pendant une période de deux ans écoulée jusqu'à la date de la décision contestée. En outre, si deux autres mandats de 150 euros ont été versés en juin et juillet 2022, il s'agit de sommes versées postérieurement à la décision attaquée, dont la légalité ne s'apprécie qu'au regard des circonstances de fait qui existaient à la date à laquelle elle a été prise. Enfin, l'attestation établie par le père, dans laquelle celui-ci affirme rendre visite à son fils et pourvoir aux besoins matériels et financiers de celui-ci, est purement déclarative et n'apporte aucune preuve tangible d'une contribution suffisamment régulière et substantielle pour être considérée comme effective aux besoins de cet enfant. Dans ces conditions, en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme A, la préfète de la Vienne n'a pas méconnu les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux faits de l'espèce.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Mme A n'établit pas être entrée régulièrement sur le territoire français. Elle n'exerce pas d'activité professionnelle et n'a pas de ressources propres, autres que celles qu'elle perçoit au titre de l'action sociale et des mandats payés par son concubin entre janvier et août 2020, qui ont porté sur la somme totale d'environ 4 000 euros et qui ne suffisent pas à établir que l'intéressée disposait de ressources suffisantes quand la décision contestée a été prise. La circonstance qu'à la date de la décision attaquée, elle était en concubinage avec un autre ressortissant congolais titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, et qu'elle a noué des liens amicaux avec plusieurs personnes qui témoignent de la qualité des relations qu'elles entretiennent avec elle, ne suffit pas à démontrer qu'elle aurait noué en France des liens particulièrement intenses, stables et anciens, avec d'autres personnes que son fils mineur et son compagnon, avec qui elle s'est mariée postérieurement à la décision contestée. Si son fils a la nationalité française, il est cependant né à Brazzaville, où il a résidé jusqu'à l'arrivée de sa mère en France, et il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas être recomposée au Congo, où le père de l'enfant résidait lui-même lors de la naissance, comme cela ressort de l'acte de naissance, et dont le compagnon de la requérante, entretemps devenu son mari, a lui-même la nationalité. Enfin, la requérante ne démontre pas, ni même n'allègue, être dépourvue de liens dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Dans ces conditions, en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme A, la préfète de la Vienne n'a pas porté au respect dû à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a pris sa décision. Par suite, la préfète de la Vienne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En cinquième lieu, conformément à ce qui est exposé ci-dessus au point 5, il n'est pas établi que le père de l'enfant mineur de la requérante contribue de manière effective à l'entretien et à l'éducation de son fils. En outre, la circonstance que Mme A s'est rendue en train à plusieurs reprises en région parisienne ne démontre pas en soi l'exercice par le père d'un droit de visite régulier sur l'enfant. Enfin, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le nouveau compagnon de Mme A, devenu entretemps son mari, entretiendrait avec le fils de celle-ci des liens affectifs d'une particulière intensité. Dans ces conditions, la préfète de la Vienne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3, paragraphe 1er, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en rejetant la demande de titre de séjour de l'intéressée.
9. En sixième lieu, pour les mêmes motifs exposés ci-dessus aux points 5 et 8, la préfète de la Vienne n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A ne peut qu'être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D A et au préfet de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Pinturault, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.
Le rapporteur,
Signé
M. PINTURAULT
Le président,
Signé
L. CAMPOYLa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026