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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102851

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102851

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP CGCB & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 novembre 2021 et un mémoire enregistré le 12 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Mottet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis de sommes à payer qui lui a été notifié le 10 septembre 2021, d'un montant de 3 120 euros, correspondant aux travaux de mise en sécurité ordonnés sur son immeuble par le maire de Bassac ;

2°) de condamner la commune de Bassac à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice qu'il a subi résultant de la démolition de son immeuble ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bassac une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- le titre de recettes porte sur une créance qui n'est pas fondée dès lors que les travaux ordonnés par le maire de Bassac l'ont été en méconnaissance des articles L. 511-9 et L. 511-19 du code du construction et de l'habitation ;

- le moyen en défense opposé par la commune de Bassac fondé sur la mise en œuvre par le maire de ses pouvoirs de police générale doit être écarté dès lors que la commune ne justifie pas de la situation d'extrême urgence qu'elle invoque ;

- la démolition de son immeuble, qui n'était pas nécessaire, lui a occasionné un préjudice estimé à 10 000 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés les 20 septembre 2022 et 13 janvier 2023, la commune de Bassac, représentée par la SCP CGCB et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires présentées par le requérant sont irrecevables faute d'avoir été précédées d'une demande préalable ;

- les moyens soulevés par le requérant à l'encontre du titre de recettes sont inopérants dès lors que le maire, face à une situation d'extrême urgence, a mis en œuvre ses pouvoirs de police générale pour faire cesser un péril particulièrement grave et imminent.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- et les observations de Me Mottet, représentant M. A et de Me Navarro, représentant la commune de Bassac.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire d'un immeuble situé 1 rue porte Barrière et 36 rue de Condé, sur la parcelle cadastrée E 133, à Bassac (Charente). Le 16 mai 2021, le maire de cette commune a été informé par des administrés qu'une partie de la charpente de cet immeuble s'effondrait. Le carrefour a été fermé à la circulation afin de mettre la zone en sécurité. Le lendemain, alors que le requérant intervenait sur le pignon de l'immeuble, la partie supérieure de la structure de cet immeuble s'est effondrée sur la voie publique. M. A, blessé, a été hospitalisé. Le maire de Bassac a mandaté alors une entreprise de travaux publics pour réaliser des travaux de sécurisation urgents consistant en la démolition de l'immeuble jouxtant la voie publique. La commune a réglé ces travaux d'un montant de 3 120 euros. Le 26 juillet 2021, elle a émis un titre de recettes de ce montant à l'encontre de M. A et l'avis des sommes à payer lui a été notifié le 10 septembre 2021. L'intéressé demande l'annulation de cet avis des sommes à payer, ainsi que la condamnation de la commune à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi.

Sur les conclusions tendant à la condamnation de la commune de Bassac à indemniser le requérant du préjudice matériel subi à raison de la destruction de son immeuble :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas formé auprès de la commune de Bassac de demande indemnitaire tendant à la réparation du préjudice qu'il estime avoir subi à raison de la destruction de son immeuble. Dans ces conditions, en l'absence, au jour du présent jugement, de toute décision de la commune de Bassac rejetant une demande indemnitaire de M. A, les conclusions de ce dernier sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales dans sa version applicable au litige : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices et monuments funéraires menaçant ruine () " Aux termes de l'article L. 2212-4 du même code : " En cas de danger grave ou imminent, (), le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances () ".

5. Aux termes de l'article L. 511-11 du code la construction et de l'habitation, dans sa version applicable au litige : " L'autorité compétente prescrit, par l'adoption d'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité, la réalisation, dans le délai qu'elle fixe, de celles des mesures suivantes nécessitées par les circonstances : / 1° La réparation ou toute autre mesure propre à remédier à la situation y compris, le cas échéant, pour préserver la solidité ou la salubrité des bâtiments contigus ; / 2° La démolition de tout ou partie de l'immeuble ou de l'installation () / L'arrêté mentionne d'une part que, à l'expiration du délai fixé, en cas de non-exécution des mesures et travaux prescrits, la personne tenue de les exécuter est redevable du paiement d'une astreinte par jour de retard dans les conditions prévues à l'article L. 511-15, et d'autre part que les travaux pourront être exécutés d'office à ses frais. ". Aux termes de l'article L. 511-16 du même code : " Lorsque les prescriptions de l'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité n'ont pas été mises en œuvre dans le délai fixé, l'autorité compétente peut, par décision motivée, faire procéder d'office à leur exécution, aux frais du propriétaire. Elle peut prendre toute mesure nécessaire à celle-ci. Elle peut également faire procéder à la démolition prescrite sur jugement du président du tribunal judiciaire statuant selon la procédure accélérée au fond, rendu à sa demande (). ". Aux termes de l'article L. 511-19 de ce code : " En cas de danger imminent, manifeste ou constaté par le rapport mentionné à l'article L. 511-8 ou par l'expert désigné en application de l'article L. 511-9, l'autorité compétente ordonne par arrêté et sans procédure contradictoire préalable les mesures indispensables pour faire cesser ce danger dans un délai qu'elle fixe. / Lorsqu'aucune autre mesure ne permet d'écarter le danger, l'autorité compétente peut faire procéder à la démolition complète après y avoir été autorisée par jugement du président du tribunal judiciaire statuant selon la procédure accélérée au fond. ". Enfin, aux termes de l'article L. 2213-24 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable au litige : " Le maire prescrit la réparation ou la démolition des murs, bâtiments, édifices ou monuments funéraires menaçant ruine dans les conditions prévues aux prévues au chapitre Ier du titre Ier du livre V du code de la construction et de l'habitation. ".

6. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, si le maire peut ordonner la démolition d'un immeuble en application des dispositions de l'article L. 511-16 du code de la construction et de l'habitation, après accomplissement des formalités qu'il prévoit, il doit, lorsqu'il agit sur le fondement de l'article L. 511-19 afin de faire cesser un péril imminent, se borner à prescrire les mesures provisoires nécessaires pour garantir la sécurité et ne peut prescrire une démolition complète sans autorisation préalable du juge judiciaire. Toutefois, en présence d'une situation d'extrême urgence créant un péril particulièrement grave et imminent qui exige la mise en œuvre immédiate d'une mesure de démolition, le maire peut l'ordonner sur les fondements des pouvoirs de police générale qu'il tient des dispositions des articles L. 2212-2 et L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, le 16 mai 2021, le maire de Bassac a été informé par des administrés qu'une partie de la charpente de l'immeuble appartenant au requérant, qui borde la voie publique et se situe à l'angle formé par deux voies ouvertes à la circulation, s'effondrait. Dans ce contexte, alors que cet immeuble avait déjà fait l'objet d'une procédure de péril, les voies publiques concernées ont été fermées à la circulation afin de mettre la zone en sécurité. Le lendemain, en tentant de mener des travaux de sécurisation de son immeuble, le requérant a chuté à la suite de l'effondrement de la partie supérieure du bâtiment. Il s'est blessé et a été hospitalisé plusieurs jours. Il ressort également des pièces du dossier, notamment des photographies produites par la commune, que d'autres éléments du bâtiment menaçaient encore de s'effondrer et pouvaient causer d'importants dommages aux riverains, aux bâtiments situés à proximité ou à des usagers des voies publiques, notamment des piétons, qui étaient susceptibles d'utiliser ces voies nonobstant leur fermeture à la circulation. Dans ces conditions, compte tenu de l'urgence de la situation et de la gravité particulière du danger que faisait peser l'état de péril de l'immeuble sur la sécurité publique, le maire de Bassac a pu légalement faire application des pouvoirs qui lui sont reconnus par les articles L. 2212-2 et L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales et prescrire la démolition de l'immeuble menaçant de s'effondrer.

8. En second lieu, dès lors que le maire de Bassac a légalement fait application des pouvoirs qui lui sont reconnus par les articles L. 2212-2 et L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales, M. A ne peut utilement se prévaloir, en l'espèce, de la méconnaissance des procédures prévues par les articles L. 511-9 et L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation. Les moyens qu'il invoque ainsi doivent, dès lors, être écartés comme inopérants.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les travaux en litige ayant été légalement ordonnés, M. A n'est pas fondé à contester le bien-fondé de la créance mise à sa charge alors, au demeurant, que ces travaux ont été rendus nécessaires par l'état particulièrement dégradé de l'immeuble lui appartenant et que les démolitions effectuées étaient justifiées par l'effondrement partiel d'autres parties de l'immeuble. Ses conclusions tendant à l'annulation du titre de recettes émis par la commune de Bassac doivent, en conséquence, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Bassac, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse au requérant une somme au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme de 1 200 euros à verser à la commune de Bassac au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera la somme de 1 200 euros à la commune de Bassac en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Bassac.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La rapporteure,

Signé

G. DUMONT

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTELa greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

G. FAVARD

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