mardi 19 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2102863 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | FALACHO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Falacho, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet des Deux-Sèvres a rejeté implicitement sa demande de carte de résident ;
2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui délivrer une carte de résident dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision de refus de titre de séjour est entachée de défaut de motivation, dès lors que le préfet des Deux-Sèvres n'a pas répondu à sa demande de titre de séjour ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il vit depuis 1992 en France, qu'il est père de quatre enfants français nés de l'union avec deux mères françaises, qu'il dispose de revenus et d'une assurance maladie ; elle est entachée d'erreur de droit dès lors que, en réponse à l'intervention d'un député, le préfet des Deux-Sèvres a indiqué que le refus de lui délivrer un titre de séjour tient au fait qu'il n'a pas produit un passeport en cours de validité, alors même que cette pièce n'est pas expressément citée par les textes applicables, notamment l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que cette exigence n'est pas conforme à la jurisprudence administrative, à la doctrine administrative et à la décision n°2019-224 du défenseur des droits.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2023, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêté du 30 avril 2021 fixant la liste des pièces justificatives exigées pour la délivrance, hors Nouvelle-Calédonie, des titres de séjour prévus par le livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pipart,
- et les observations de Me Falacho, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant des Etats-Unis né le 2 avril 1964, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français en janvier 1992. Il déclare être le père de quatre enfants français nés de deux unions. Il s'est vu délivrer une carte de résident en qualité de " conjoint de français " valable du 9 juillet 1992 au 9 juillet 2002, renouvelé une fois jusqu'au 8 juillet 2012. N'ayant pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour avant l'expiration de celui-ci, il a, suite à une demande de régularisation de sa part, bénéficié d'un titre de séjour " vie privée et familiale " valable du 30 juillet 2014 jusqu'au 29 juillet 2015, renouvelé trois fois jusqu'au 31 août 2019. Le 31 juillet 2019, il a, de nouveau, sollicité la délivrance d'une carte de résident sur le fondement de l'article L. 314-8 du code des relations entre le public et l'administration alors applicable. Dans le cadre de l'examen de sa demande, l'autorité préfectorale lui a délivré des récépissés de demande de carte de séjour dont le dernier expirait, après prorogation lié à la crise sanitaire, le 24 octobre 2020. Du silence de l'administration sur la demande de carte de résident de M. A est née une décision implicite de rejet dont M. A demande l'annulation.
Sur les fins de non-recevoir opposées par le préfet :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité. ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Selon la rubrique 58 de l'annexe à l'arrêté du 30 avril 2021 visé ci-dessus, le demandeur doit présenter un justificatif d'état civil c'est-à-dire, une copie intégrale d'acte de naissance, sauf s'il est déjà titulaire d'une carte de séjour, ainsi qu'un justificatif de nationalité à savoir un " passeport (pages relatives à l'état civil, aux dates de validité, aux cachets d'entrée et aux visas) ou, à défaut, autres justificatifs (attestation consulaire, carte d'identité, carte consulaire, etc.). ".
3. Si le préfet fait valoir que, depuis son placement sous récépissé à compter du 1er août 2019 et jusqu'au 20 octobre 2020, M. A n'a pas fourni le passeport en cours de validité qui lui avait été demandé et que son dossier était ainsi incomplet, il ressort des pièces du dossier que le requérant, dont il est constant qu'il disposait bien, lors de son entrée en France et lors de la délivrance de ses premiers titres de séjour, d'un passeport américain, a, en tout hypothèse, fourni à l'administration des documents supplémentaires permettant d'attester de sa nationalité, notamment un certificat de naissance, le titre de séjour délivré par les services préfectoraux qui faisait état de son état-civil et de sa nationalité américaine ainsi qu'un permis de conduire américain comportant sa photographie. Par suite, et à supposer même que le préfet ait entendu opposer à M. A l'irrecevabilité de sa requête en invoquant le moyen tiré de l'incomplétude de son dossier, cette fin de non-recevoir ne peut qu'être écartée.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. / Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".
5. Si l'administration soutient que la requête de M. A est tardive dès lors que ce dernier s'est vu notifier les motifs du rejet de sa demande de titre de séjour par un courrier du 17 mai 2021, il ressort des pièces du dossier que ce courrier n'a pas été adressé à l'intéressé lui-même mais au député de la 3ème circonscription des Deux-Sèvres et aucune des pièces du dossier ne permet, en tout état de cause, de déterminer la date exacte à laquelle cette réponse préfectorale a été communiquée à M. A. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
6. Aux termes de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date à laquelle s'est formée la décision implicite de rejet de la demande de l'intéressé : " Une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " est délivrée de plein droit à l'étranger qui justifie : 1° D'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre de l'une des cartes de séjour temporaires ou pluriannuelles ou de l'une des cartes de résident prévues au présent code, à l'exception de celles délivrées sur le fondement des articles L. 313-7, L. 313-7-1, L. 313-7-2 ou L. 313-13, du 3° de l'article L. 313-20, de l'article L. 313-21 lorsqu'il s'agit du conjoint ou des enfants du couple de l'étranger titulaire de la carte de séjour délivrée en application du 3° de l'article L. 313-20, des articles L. 313-23, L 313-24, L. 317-1 ou du 8° de l'article L. 314-11. () 2° De ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins. Ces ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. () 3° D'une assurance maladie. "
7. D'une part, comme l'indiquent les dispositions citées au point 2, M. A n'avait pas nécessairement à produire un passeport en cours de validité à l'appui de sa demande de titre de séjour. De plus, il avait déjà fourni à l'administration d'autres documents justifiant sa nationalité. Au surplus, l'autorité administrative, qui avait déjà délivré à l'intéressé plusieurs titres de séjour sur la base de son ancien passeport, ne pouvait raisonnablement, en l'absence d'éléments nouveaux permettant de remettre en cause sa nationalité, prétendre ne pas être en mesure de déterminer cette dernière. Par suite, le préfet des Deux-Sèvres, qui n'était pas, en toute hypothèse, tenu de rejeter la demande de M. A pour ce motif, a commis une erreur de droit en refusant un titre de séjour au requérant au seul motif que ce dernier ne produisait pas un passeport en cours de validité.
8. D'autre part, il n'est aucunement contesté par le préfet que M. A remplissait l'ensemble des conditions posées par l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir une carte de résident.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet du 8 novembre 2021 portant refus de titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance, au profit de M. A, de la carte de résident prévue par l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'est substitué, à compter du 1er mai 2021, à l'article L. 314-8 du même code. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Vienne de délivrer un tel titre de séjour à l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. A de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le préfet des Deux-Sèvres a implicitement rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète des Deux-Sèvres de délivrer à M. A la carte de résident de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète des Deux-Sèvres.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Henry, premier conseiller,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.
Le rapporteur,
signé
R. PIPART
Le président,
signé
L. CAMPOYLa greffière,
signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026