mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2102882 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MENARD |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 5 mai 2021 sous le n°2101207, M. B C, représenté par Me A, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2021 par lequel la préfète de la Vienne l'a assigné à résidence pour une durée de cent quatre-vingts jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 731-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement vers le Nigéria, et que la durée de l'assignation excède quarante-cinq jours ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle, dont il n'a pas été tenu compte ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
La requête a été communiquée au préfet de la Vienne, qui n'a pas produit de mémoire.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 août 2021.
II. Par une requête enregistrée le 12 novembre 2021 sous le n°2102882, M. B C, représenté par Mme A, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel la préfète de la Vienne a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de cent quatre-vingts jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 731-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement vers le Nigéria, et que la durée de l'assignation excède quarante-cinq jours ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle, dont il n'a pas été tenu compte ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
La requête a été communiquée au préfet de la Vienne, qui n'a pas produit de mémoire.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2101207 et n° 2102882 présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. B C, ressortissant nigérian né le 26 juin 1982, a fait l'objet d'un arrêté du 12 janvier 2021 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ, et fixant le pays de renvoi avec interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du 4 mai 2021, dont M. C demande l'annulation, la préfète de la Vienne l'a assigné à résidence pour une durée de cent quatre-vingts jours. Par un autre arrêté du 2 novembre 2021, dont M. C demande également l'annulation, la préfète de la Vienne l'a, à nouveau, assigné à résidence pour la même durée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, d'une part, par un arrêté du 26 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de la Vienne a donné délégation à M. Emile Soumbo, secrétaire général et signataire de l'arrêté attaqué du 4 mai 2021, à l'effet de signer tous arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, par un arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de la Vienne a donné délégation à Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture et signataire de l'arrêté du 2 novembre 2021, à l'effet de signer tous arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des signataires des arrêtés contestés doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, les arrêtés contestés du 4 mai et du 2 novembre 2021 rappellent les dispositions du premier alinéa de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permet à l'administration d'autoriser un étranger qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement de se maintenir provisoirement sur le territoire national en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'il existe une perspective raisonnable d'éloignement. Ils visent, en outre, l'article L. 732-4, qui prévoit que la durée de l'assignation à résidence édictée en application du 2° de l'article L. 731-3 ne peut excéder une durée de six mois. Il s'agit du fondement juridique des décisions attaquées, dont les motifs exposent également que même si l'intéressé justifie être dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine, il existe néanmoins une perspective raisonnable d'exécution de l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ, et fixant le pays de renvoi avec interdiction de retour d'une durée de deux ans sur le territoire français, dont il a fait l'objet par un arrêté du 12 janvier 2021. En outre, les arrêtés contestés précisent la situation familiale de l'intéressé, et mentionnent que M. C justifie de l'impossibilité de retourner dans son pays d'origine par la circonstance que les autorités consulaires nigérianes n'ont pas repris leur audition. Les motifs de droit et de fait qui fondent ces décisions sont ainsi suffisamment exposés, de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; () ". L'article L. 732-3 du même code dispose que : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours () ". Aux termes de L. 731-3 de ce code : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : () 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 () " Aux termes de l'article L. 732-4 du même code : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. / Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée () ".
6. Il ressort des deux arrêtés en litige que la préfète de la Vienne s'est fondée sur les articles L. 731-3 et L. 732-4 pour prendre ses décisions d'assigner le requérant à résidence, pour une durée de cent quatre-vingts jours. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées, applicables aux assignations à résidence d'une durée de quarante-cinq jours, sont inopérants.
7. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure () nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre () ".
8. Si le requérant soutient que l'autorité préfectorale a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle, et porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, aux motifs qu'il partage sa vie avec une compagne vivant en France ainsi que leurs deux enfants nés en France, il ne justifie d'aucune impossibilité de respecter les contraintes de son assignation, et ne produit aucun élément probant de sa situation personnelle et familiale qui n'aurait pas été pris en compte par la préfète de la Vienne dans le cadre des modalités qu'elle a fixées au titre de son assignation à résidence. Par suite, en prenant les mesures d'assignation à résidence contestées, la préfète de la Vienne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris ces décisions et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 4 mai 2021 et du 2 novembre 2021, par lesquels la Préfète de la Vienne a assigné à résidence M. C pour une durée de cent quatre-vingts jours, et a renouvelé cette assignation à résidence, pour une durée identique, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'il a présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°2101207 et n°2102882 de M. C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Vienne.
Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bruston, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERY
La présidente,
Signé
S. BRUSTON La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière
N. COLLET
N°s 2101207 et 210288
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026