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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102895

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102895

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCPA BREILLAT-DIEUMEGARD-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2021, Mme B, représentée par la SCP d'avocats Breillat-Dieumegard-Masson, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 13 septembre 2021 par laquelle la préfète de la Vienne a fixé le pays à destination duquel elle doit être renvoyée ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser, à titre principal, à son conseil en application des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, à titre subsidiaire, à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations des articles 2, 3, 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Un mémoire présenté par le préfet de la Vienne a été enregistré le 4 septembre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gibson-Théry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante nigériane née le 11 août 1983, a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la Commission de recours des réfugiés du 30 janvier 2007. Par une décision du 11 décembre 2018, la cour d'appel de Bordeaux a prononcé à son encontre une mesure judiciaire d'interdiction définitive du territoire français. Par une décision du 15 octobre 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a mis fin à la protection subsidiaire accordée à Mme A. Par une décision du 13 septembre 2021, dont la requérante demande au tribunal l'annulation, la préfète de la Vienne a fixé le pays à destination duquel elle doit être renvoyée.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2022. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'elle soit admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 27 août 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de la Vienne a donné délégation à Mme Pascale Pin, secrétaire générale et signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer tous les actes entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autrice de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision en litige a été prise au visa des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme A, notamment de ses articles L. 721-3 et L. 721-5, des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'interdiction définitive du territoire français prononcée par la cour d'appel de Bordeaux le 11 décembre 2018 à l'encontre de Mme A. Il mentionne qu'elle n'allègue pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention précitée en cas de retour dans son pays d'origine, le Nigéria, ou dans tout autre pays dans lequel elle serait légalement admissible. La décision litigieuse est, dès lors, suffisamment motivée.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". L'article 8 de cette convention stipule que : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Enfin, aux termes de l'article 14 de la même convention : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation ".

7. D'une part, si Mme A soutient qu'elle présente des pathologies nécessitant des traitements médicaux et un suivi réguliers, dont le défaut de prise en charge entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle n'établit pas que son retour au Nigéria ferait obstacle à la poursuite des soins dont elle bénéficie, ni qu'elle risque de subir, en cas de retour, des peines ou traitements inhumains ou dégradants. A cet égard, la circonstance qu'elle a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire le 30 janvier 2007 n'est pas susceptible d'avoir une influence sur la légalité de la décision en litige, dès lors que cette protection lui a été retirée le 15 octobre 2019 par l'OFPRA. Par suite, le préfet de la Vienne, en fixant le pays à destination duquel Mme A doit être renvoyée, n'a pas méconnu les stipulations des articles 2, 3 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

8. D'autre part, si Mme A soutient qu'en fixant le pays de renvoi, la préfète de la Vienne a porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'atteinte à ce droit découle, en tout état de cause, non de la décision qui se borne à prévoir, comme mesure d'exécution de l'interdiction judiciaire prononcée, le renvoi de l'intéressée dans son pays d'origine, mais du prononcé par le juge pénal de la peine d'interdiction du territoire, qui fait obstacle à sa libre circulation sur le territoire de la République française et lui interdit d'y revenir. Par suite, ce moyen est inopérant et ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées à l'encontre de la décision du 13 septembre 2021 par laquelle la préfète de la Vienne a fixé le pays à destination duquel Mme A doit être renvoyée doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de Mme A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au préfet de la Vienne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

Le président,

Signé

P. CRISTILLELa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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