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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102935

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102935

vendredi 18 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDESROCHES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n° 2102935 enregistrée le 12 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Desroches, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 septembre 2021 par laquelle la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder, dans le même délai, à un nouvel examen de sa situation personnelle et de lui délivrer dans l'attente, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, une autorisation provisoire de séjour comportant une autorisation de travail, le tout sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, à lui-même sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, notamment en ce qui concerne sa contribution à l'entretien et à l'éducation de sa fille ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3, paragraphe 1er, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

II. Par une requête n° 2300517, enregistrée le 22 février 2023, M. B A, représenté par Me Desroches, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder, dans le même délai, à un nouvel examen de sa situation personnelle et de lui délivrer dans l'attente, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, une autorisation provisoire de séjour comportant une autorisation de travail, le tout sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, à lui-même sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente, dès lors que cette autorité était porteuse d'une délégation de signature formulée en des termes trop généraux, en l'absence de mention de la nature et des types d'actes sur lesquels porte cette délégation, pour lui donner le pouvoir de prendre les décisions contestées ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, notamment en ce qui concerne sa contribution à l'entretien et à l'éducation de sa fille ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3, paragraphe 1er, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale pour la requête n° 2102935 par une décision du 10 décembre 2021 et pour la requête n° 2300517 par une décision du 21 février 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Campoy a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°s 2102935 et 2300517 concernent le même ressortissant étranger, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. M. B A, ressortissant comorien né le 11 décembre 1992, est, selon ses déclarations, entré sur le territoire français le 18 juillet 2015. Le 15 septembre 2020, il a demandé une carte de séjour temporaire au titre de ses liens privés et familiaux. Par une décision du 10 septembre 2021, le préfet de la Vienne a rejeté sa demande. Le 31 mars 2022, l'intéressé a réitéré sa demande. Par une décision du 12 décembre 2022, le préfet de la Vienne a, de nouveau, rejeté cette dernière. Par les deux requêtes mentionnées au point 1, M. A demande l'annulation de ces deux décisions.

3. En premier lieu, les décisions contestées ont été signées par la secrétaire générale de la préfecture de la Vienne à qui, par des arrêtés du 27 août 2021 et du 12 juillet 2022, régulièrement publiés au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de ce département a donné délégation à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des décisions prises dans certaines matières parmi lesquelles ne figurent les décisions prises en matière de police des étrangers. Compte tenu de la qualité de la signataire de cette délégation, cette délégation n'est ni trop large, ni trop imprécise, contrairement à ce que soutient M. A. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que les décisions attaquées visent les textes sur lesquels l'autorité préfectorale s'est fondée et, notamment, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elles exposent la situation administrative, personnelle et familiale de M. A et détaillent les motifs de fait et de droit pour lesquels celui-ci ne peut obtenir de titre de séjour. Par suite, ces deux décisions sont suffisamment motivées.

5. En troisième lieu, il ne résulte pas des motifs des décisions attaquées que l'autorité préfectorale, qui n'était pas tenue d'énumérer de manière exhaustive toutes les pièces dont elle a tenu compte, notamment celles relatives à la prise en charge de la fille mineure de l'intéressé et aux relations que celui-ci entretient avec cette dernière, aurait omis de procéder à l'examen de la situation personnelle et familiale de M. A sur le territoire français.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Selon l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. M. A est célibataire et n'exerce pas d'activité professionnelle. Bien qu'il déclare résider en France depuis 2015, il ne démontre pas avoir noué sur le territoire national des liens particulièrement stables et anciens avec d'autres personnes que son ancienne concubine, de nationalité comorienne, dont il est séparé depuis avril 2021, et l'enfant née le 16 janvier 2020 de son union avec cette dernière. A supposer même qu'il exerce un droit d'accueil sur sa fille et qu'il garde des liens soutenus avec elle en dépit de la séparation du couple, il ne démontre pas que sa vie familiale ne pourrait se reconstituer dans son pays d'origine, dont son ancienne compagne et sa fille ont la nationalité, ce qui ne peut être déduit du seul fait que son ancienne compagne est en situation régulière sur le territoire français, ni du fait que celle-ci est mère d'autres enfants, issus d'une précédente union et dont la nationalité n'est pas autrement précisée. Si la mère de M. A, qui a la nationalité comorienne, et sa sœur, qui a la nationalité française, résident en France, l'intéressé ne démontre pas entretenir avec elles des liens particulièrement intenses et anciens, alors que, d'une part, selon les mentions non contestées de la décision du 12 décembre 2022, sa mère est arrivée en 1996 en France, où sa sœur est née le 3 février 1998, et alors que, d'autre part, toutes les deux vivent dans le département de l'Essonne. M. A ne démontre pas, ni d'ailleurs n'allègue, qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-deux ans. Au surplus, les refus de titre de séjour contestés n'ont, de toute manière, ni pour objet, ni pour effet de l'éloigner de sa famille résidant en France. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Vienne n'a pas porté au respect dû à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris sa décision et n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième et dernier lieu, M. A ne démontre pas que sa fille, encore en bas âge, ne pourrait pas bénéficier dans le pays d'origine de ses parents, dont elle a la nationalité, d'une prise en charge et d'une scolarité adaptées, ni, comme il a été dit plus haut, que la cellule familiale ne pourrait pas être reconstituée dans ce pays. Comme il a été dit au point précédent, les refus de titre de séjour contestés n'ont, de toute manière, ni pour objet, ni pour effet d'éloigner le requérant de sa famille. Par suite, en refusant de délivrer une carte de séjour temporaire au requérant, le préfet de la Vienne n'a pas méconnu l'article 3, paragraphe 1er, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. A doivent être rejetées, y compris leurs conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2102935 et 2300517 de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Vienne.

Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 août 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2023.

Le président rapporteur,

Signé

L. CAMPOY

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

G. DUMONTLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

2, 2300517

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