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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102963

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102963

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantROUCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 16 novembre 2021 et le 13 février 2023, Mme B D épouse H, Mme E D, épouse C, Mme J D, épouse F, Mme I D, M. G D et Mme K A, représentés par Me Rouché, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 19 mai 2021 de la communauté de communes Aunis Atlantique approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) en tant notamment qu'il classe les parcelles cadastrées section AC n° 347, 458, 460, 641, 645 et 759 en zone naturelle, ainsi que la décision du 16 septembre 2021 par laquelle le président de la communauté de communes a rejeté leurs recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Aunis Atlantique une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le rapport de présentation est insuffisant notamment en matière d'environnement et de biodiversité pour justifier le classement de certaines parcelles en zone naturelle ;

- la délibération approuvant le PLUi est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait s'agissant du classement des parcelles AC n° 347, 641 et 759 en zone naturelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 février 2022 et le 15 mars 2023, la communauté de communes Aunis Atlantique, représentée par la SELARL Cabinet Coudray, conclut au rejet et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable pour défaut de production de l'acte de propriété de l'indivision D ;

- aucun des moyens n'est fondé.

La clôture d'instruction a été fixée au 27 avril 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boutet,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- et les observations de Me Rouché, représentant les requérants, et de Me Lapprand, représentant la communauté de communes Aunis Atlantique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B H, Mme E C, Mme J F, Mme I D et M. G D sont propriétaires en indivision des parcelles cadastrées section AC n° 347, 458, 460 et 759 situées au lieu-dit Le Bourg Nord sur le territoire de la commune de Courcon relevant de la communauté de communes Aunis Atlantique. Mme A est propriétaire d'un terrain cadastré section AC n° n° 641 et 645 au n°2-4 rue du Marais Poitevin sur le territoire de la même commune de Courcon relevant de la communauté de communes Aunis Atlantique. Par la présente requête, ils demandent l'annulation de la délibération du 19 mai 2021 de la communauté de communes Aunis Atlantique approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) en tant notamment qu'il classe les parcelles cadastrées section AC n° 347, 458, 460, 641, 645 et 759 en zone naturelle et de la décision du 16 septembre 2021 par laquelle le président de la communauté de communes a rejeté leurs recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme dans sa version applicable : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services () ". Aux termes de l'article R. 151-3 du même code : " Au titre de l'évaluation environnementale lorsqu'elle est requise, le rapport de présentation : / () / 2° Analyse les perspectives d'évolution de l'état initial de l'environnement en exposant, notamment, les caractéristiques des zones susceptibles d'être touchées de manière notable par la mise en œuvre du plan ; / 3° Expose les conséquences éventuelles de l'adoption du plan sur la protection des zones revêtant une importance particulière pour l'environnement, en particulier l'évaluation des incidences Natura 2000 mentionnée à l'article L. 414-4 du code de l'environnement ; / () / 5° Présente les mesures envisagées pour éviter, réduire et, si possible, compenser, s'il y a lieu, les conséquences dommageables de la mise en œuvre du plan sur l'environnement ; / () / Le rapport de présentation au titre de l'évaluation environnementale est proportionné à l'importance du plan local d'urbanisme, aux effets de sa mise en œuvre ainsi qu'aux enjeux environnementaux de la zone considérée () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le rapport de présentation du PLUi comprend un diagnostic de l'état initial de l'environnement qui présente, notamment dans son chapitre dédié à la " Trame verte et bleue ", un état de la biodiversité sur le territoire de la communauté de communes. S'agissant plus précisément de la commune de Courcon, l'état de biodiversité est décrit à travers l'analyse d'une part des " boisements de Benon " et, d'autre part, des " plaines du centre d'Aunis ". L'analyse des plaines du centre d'Aunis indique à ce titre la présence d'oiseaux de plaine dont le Busard cendré, le Busard des roseaux, le Busard Saint-Martin, la Caille des Blés, l'Oedicnème criard, l'Outarde canepetière et rappelle les enjeux liés à leur préservation. Le rapport de présentation comprend également une évaluation environnementale qui analyse notamment les incidences du projet de PLUi sur le réseau Natura 2000 et notamment sur la zone de protection spéciale du " Marais Poitevin " dont une partie se situe à la limite Nord-Est de la commune de Courcon. Le rapport de présentation indique notamment la présence dans ce secteur d'un cortège d'invertébrés très riche, en faisant référence à la présence de populations de Rosalie des Alpes invoquée par les requérants. Enfin le rapport de présentation justifie les choix de zonage portant sur la trame verte et bleue. Il précise que de nombreux outils réglementaires sont mobilisés pour protéger les éléments les plus remarquables de la trame verte et bleue, notamment l'inscription graphique au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme des réservoirs bocagers, des corridors écologiques terrestres, des corridors aquatiques, des zones humides ainsi que des éléments plus localisés tels que des espaces verts, des haies ou des arbres remarquables jouant un rôle paysager et/ou écologique. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le rapport de présentation, qui n'avait pas à justifier le classement de chaque parcelle, est insuffisant s'agissant de l'évaluation environnementale et de la délimitation des zones naturelles. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 151-2 du code de l'urbanisme doit, par suite, être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".

5. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

6. Le premier axe du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) intitulé " Aunis Atlantique, un territoire d'accueil, un territoire de vie ", prévoit une orientation n° 2 qui vise à promouvoir une urbanisation de qualité avec comme objectif de " mettre en œuvre un traitement paysager garantissant des franges urbaines de qualité et maintenir les éléments paysagers et végétalisés présents dans les tissus urbains'". Le troisième axe du PADD intitulé " un territoire de terre et d'eau, un territoire à énergie positive " comprend une orientation n° 3 qui prévoit de " préserver et valoriser la palette paysagère de l'Aunis Atlantique, véritable " poumon vert " du territoire " avec comme objectif notamment de " traiter qualitativement les transitions entre franges bâties et espaces agro-naturels grâce à différents outils (végétation, chemins) afin de faciliter la coexistence des usages et de valoriser les centres-bourgs ".

7. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que le Sud des parcelles 641 et 347 ainsi que la totalité des parcelles 458, 460 et 465 sont classées en zone urbaine par le PLUi approuvé. Il n'y a donc pas de litige sur ce point. S'agissant du classement en zone naturelle du Nord des parcelles 641 et 347 et de la totalité de la parcelle 759 qui reste en litige, il ressort des pièces du dossier que ces terrains sont constitués de fonds de jardin, qui sont entourées au Sud par une zone urbaine construite de maisons individuelles, à l'Ouest de parcelles constituées de fonds de jardin également classés en zone N sur une distance de près de 180 mètres et au Nord, de l'autre côté de la rue du cimetière, d'une vaste zone naturelle. Les parcelles cadastrées section AC n° 347 et 759 comportent également la présence d'une haie remarquable protégée au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme. Quand bien même les fonds de jardins en litige seraient en partie séparés de la zone naturelle située au Nord par la présence d'un cimetière et d'une zone à urbaniser, ces parcelles forment néanmoins un ensemble cohérent avec cette zone naturelle. Dans ces conditions, quand bien même l'intérêt écologique de chacune de ces parcelles ne serait pas établi, compte tenu des objectifs du PADD de préserver la qualité paysagère des franges urbaines, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les auteurs du PLUi ont commis une erreur manifeste d'appréciation en classant les parties des parcelles en litige en zone N. Par ailleurs, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le classement en litige ait été pris en raison de l'intérêt écologique des parcelles, mais au regard de son intérêt paysager, quand bien même le rapport du commissaire enquêteur y fait référence, le moyen tiré de l'erreur de fait, s'agissant notamment de la présence effective de la Rosalie des Alpes, doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B H, Mme E C, Mme J F, Mme I D, M. G D et Mme K A doit être rejetée, sans qu'il soit nécessaire de statuer sur sa recevabilité.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes Aunis Atlantique la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

10. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge des requérants une somme globale de 1 200 euros à verser à la communauté de communes Aunis Atlantique au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B H, Mme E C, Mme J F, Mme I D, M. G D et Mme K A est rejetée.

Article 2 : Mme B H, Mme E C, Mme J F, Mme I D, M. G D et Mme K A verseront à la communauté de communes Aunis Atlantique une somme globale de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B H, première dénommée, et à la communauté de communes Aunis Atlantique.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Boutet, première conseillère,

Mme Dumont, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

La rapporteure,

Signé

M. BOUTET

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE

La greffière

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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