mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2103115 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 novembre 2021 et le 19 janvier 2022, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Atlantis 17 demande au tribunal d'annuler la décision du 18 octobre 2021 par laquelle le directeur des finances publiques de la Charente-Maritime lui a demandé le remboursement de la somme de 16 000 euros correspondant au montant des aides qu'elle a perçues, pour les mois de mars à juin et novembre 2020, au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation.
Elle soutient que :
- c'est pour des raisons étrangères à sa volonté qu'elle n'a pas réalisé de chiffre d'affaires pendant l'année 2019, qui sert d'année de référence pour le bénéfice de cette aide, et qu'elle a transmis à l'administration son chiffre d'affaires de l'année 2018 ;
- l'administration s'est appuyée sur une conception erronée de la notion d'activité, qui n'implique pas nécessairement la réalisation d'un chiffre d'affaires ;
- en l'absence de chiffre d'affaires réalisé en 2019, il convient de se référer au dernier chiffre d'affaires connu.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 10 décembre 2021 et le 31 janvier 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par l'EURL Atlantis 17 ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;
- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique,
- et les observations de M. A, représentant l'EURL Atlantis 17.
Considérant ce qui suit :
1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Atlantis 17 a perçu la somme totale de 16 000 euros qui lui a été versée, pour les mois de mars, avril, mai, juin et novembre 2020, au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation. A la suite d'un contrôle relatif au chiffre d'affaires réalisé par l'entreprise sur la période de référence, c'est-à-dire pendant l'année 2019, le directeur départemental des finances publiques de la Charente-Maritime lui a demandé, le 18 novembre 2021, le remboursement de cette somme. La société requérante demande l'annulation de cette décision.
2. D'une part, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 : " Il est institué, jusqu'au 31 décembre 2021, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. " L'article 1er du décret du 30 mars 2020 visé ci-dessus précise : " I.- Le fonds mentionné par l'ordonnance du 25 mars 2020 susvisée bénéficie aux personnes physiques et personnes morales de droit privé résidentes fiscales françaises exerçant une activité économique, ci-après désignées par le mot : entreprises, remplissant les conditions suivantes : () 9° () la notion de chiffre d'affaires s'entend comme le chiffre d'affaires hors taxes ou, lorsque l'entreprise relève de la catégorie des bénéfices non commerciaux, comme les recettes nettes hors taxes. Pour la détermination du chiffre d'affaires ou des recettes nettes, il n'est pas tenu compte des dons et subventions perçus par les associations. Pour les propriétaires de monuments historiques visés au 5° bis du présent article, le chiffre d'affaires s'entend comme les recettes constituées par les droits d'accès perçus () ".
3. D'autre part, s'agissant des mois de mars à juin 2020, il résulte des dispositions combinées des articles 2 à 3-6 du décret du 30 mars 2020 que, pour ces périodes, les aides financières prévues au titre du fonds de solidarité institué par l'ordonnance du 25 mars 2020 prennent la forme de subventions aux entreprises mentionnées à l'article 1er du décret. Ces aides sont versées, notamment, aux entreprises qui ont subi, pendant un de ces mois en 2020, une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % par rapport au chiffre d'affaires réalisé pendant le même mois en 2019. La perte de chiffre d'affaires est la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires réalisé au cours du mois considéré en 2020 et, d'autre part, le chiffre d'affaires durant le même mois en 2019 ou bien, si l'entreprise le souhaite, pour le calcul de la perte subie pendant les mois d'avril à juin 2020, le chiffre d'affaire mensuel moyen de l'année 2019. Le montant forfaitaire de l'aide est de 1 500 euros pour les entreprises qui ont subi, pendant ce même mois, une perte de chiffre d'affaires supérieure ou égale à cette somme.
4. Enfin, s'agissant du mois de novembre 2020, il résulte des dispositions de l'article 3-14 du décret du 30 mars 2020 que, pour cette période, l'aide financière prévue au titre du fonds de solidarité institué par l'ordonnance du 25 mars 2020 est versée aux entreprises ayant subi, pendant ce mois, une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 %. La perte de chiffre d'affaires est la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires réalisé au cours du mois de novembre 2020 et, d'autre part, le chiffre d'affaires durant le mois de novembre 2019 ou bien, si l'entreprise le souhaite, le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019. Pour les entreprises qui ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public ou qui exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 au décret, l'aide est égale au montant de la perte de chiffre d'affaires dans la limite de 10 000 euros.
5. En premier lieu, il est constant que, pendant toute l'année 2019 qui, pour les motifs exposés ci-dessus, sert de période de référence pour déterminer la perte de chiffre d'affaires ouvrant droit au bénéfice de l'aide du fonds de solidarité, l'EURL Atlantis 17 n'a réalisé aucun chiffre d'affaires car elle avait cessé son activité. La circonstance que cette cessation d'activité n'était que temporaire et qu'elle résultait, comme l'indique la société requérante, de circonstances indépendantes de sa volonté, est sans incidence sur le fait qu'elle ne remplissait pas, en l'absence de chiffre d'affaires réalisé pendant l'année 2019, les conditions auxquelles est subordonné le bénéfice de l'aide.
6. En deuxième lieu, dès lors que les textes cités ci-dessus subordonnent l'attribution de l'aide à la réalisation d'un chiffre d'affaires pendant une période de référence, la société requérante ne peut utilement soutenir que, en l'absence de dispositions prévoyant le cas des entreprises qui, comme elles, ont été contraintes de cesser leur activité pendant l'année 2019, il y aurait lieu, pour déterminer la perte de chiffre d'affaires, de se reporter au résultat financier généré pendant la dernière période d'activité.
7. Il résulte de tout ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration a demandé à la société requérante de rembourser les sommes qui lui avaient été indument versées au titre du fonds de solidarité. La requête de l'EURL Atlantis 17 doit ainsi être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'EURL Atlantis 17 est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Atlantis 17 et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera transmise au directeur départemental des finances publiques de la Charente-Maritime
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Pinturault, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
M. PINTURAULT
Le président,
Signé
L. CAMPOY La greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef par intérim,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026