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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2103172

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2103172

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2103172
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET RABESANDRATANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2021, Mme B, représentée par la SELARL Rabesandratana, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 août 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a refusé de lui accorder la qualité d'apatride ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFPRA, à titre principal, de reconnaître son statut d'apatride, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFPRA la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle remplit les conditions pour se voir reconnaître la qualité d'apatride, posées par l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 ;

- l'acte de naissance qu'elle a présenté est authentique ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle apporte la preuve qu'elle ne possède aucune des nationalités kosovare ou monténégrine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, l'OFPRA conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative au statut des apatrides, signée à New York le 28 septembre 1954 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gibson-Théry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B déclare être née le 3 juillet 1986 dans la commune de Kosovska Mitrovica, alors située dans la province socialiste autonome du Kosovo, en République socialiste de Serbie, République fédérative socialiste de Yougoslavie, de parents yougoslaves. Après s'être installée au Monténégro à partir de 1999, la famille serait entrée irrégulièrement en France en 2005. Leur demande d'asile en France a été rejetée par des décisions du 25 novembre 2005, confirmées par la Commission des recours des réfugiés le 12 juillet 2006. Le 13 mars 2020, Mme A a demandé la reconnaissance de la qualité d'apatride. Par une décision du 31 août 2021, dont elle demande l'annulation, le directeur général de l'OFPRA a rejeté sa demande.

2. Aux termes de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ". L'article 1er de la convention relative au statut des apatrides, signée à New York le 28 septembre 1954, stipule : " 1. Aux fins de la présente Convention, le terme " apatride " désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation ". Il incombe à toute personne se prévalant de la qualité d'apatride d'apporter la preuve qu'en dépit de démarches répétées et assidues, le ou les Etats de la nationalité desquels elle se prévaut ont refusé de donner suite à ses démarches.

3. Pour refuser, par la décision attaquée, de reconnaître à Mme A le statut d'apatride, le directeur de l'OFPRA s'est tout d'abord fondé sur l'absence de valeur probante du certificat de naissance présenté par Mme A pour établir son identité et son état-civil, et sur la circonstance qu'elle n'a pas été en mesure de produire un nouvel acte de naissance dans le délai d'un mois à compter de son entretien à l'Office, le 9 juin 2021. L'OFPRA a également relevé que l'intéressée ne démontre pas avoir entrepris des démarches répétées et assidues auprès des autorités monténégrines, serbes et kosovares afin de se prévaloir des nationalités de ces Etats, alors qu'elle est née dans la province du Kosovo en Serbie, et qu'elle a vécu au Monténégro, alors intégré à la République de Yougoslavie.

4. D'une part, si Mme A soutient que certains pays, sans plus de précisions, ne délivrent d'actes de naissance qu'une seule fois, en dépit des démarches effectuées pour en obtenir d'autres, elle ne verse au dossier aucune preuve du caractère infructueux de telles démarches, qu'elle aurait entreprises auprès des autorités compétentes sur son lieu de naissance présumé. En outre, comme le fait valoir l'Office sans être contredit, le cachet du certificat de naissance que Mme A a fourni ne résulte pas de l'apposition d'un tampon humide mais d'une impression par jet d'encre, et l'entité de délivrance de cet acte, présentée comme étant la Serbie-et-Monténégro, n'a été créée qu'en février 2003, soit postérieurement à la date à laquelle il a été émis, le 14 mai 2001, alors que la commune de délivrance de l'acte relevait encore de la République fédérale de Yougoslavie. Dans ces conditions, à supposer même que les traces d'altération de cet acte, relevées par l'Office, soient dues à sa vétusté, comme l'allègue la requérante, et non au grattage des données qu'il comporte, l'intéressée n'établit pas être la personne concernée par le document présenté comme son acte de naissance.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme A a obtenu, auprès de l'ambassade de la République du Kosovo à Paris, une attestation, le 25 janvier 2021, mentionnant qu'elle n'apparaît dans le registre d'état-civil de cet Etat, ainsi qu'une attestation du 22 juin 2021, émanant de l'ambassade du Monténégro à Paris, certifiant qu'elle n'est pas reconnue comme ressortissante monténégrine. Toutefois, l'intéressée ne produit pas le contenu des sollicitations qu'elles a effectuées auprès des autorités kosovares et monténégrines, et n'établit pas, en tout état de cause, avoir entrepris des démarches sérieuses et suivies pour se voir reconnaître la nationalité de l'un de ces deux Etats. Ainsi, Mme A ne peut être regardée, par les seuls documents qu'elle produit, comme apportant la preuve de l'accomplissement de démarches répétées et assidues auprès de la République du Kosovo et du Monténégro. Dans ces conditions, la requérante n'entre pas dans le champ d'application de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 et de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ouvrant droit à la qualité d'apatride. Dès lors, en rejetant la demande qu'elle a présentée pour se voir reconnaître la qualité d'apatride, le directeur de l'OFPRA n'a ni méconnu les stipulations et dispositions citées au point 2, ni entaché sa décision de rejet d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 31 août 2021 par laquelle le directeur général de l'OFPRA a refusé d'accorder à Mme A la qualité d'apatride doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

Le président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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