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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2103244

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2103244

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2103244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBAZIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 décembre 2021 et le 16 novembre 2023, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 octobre 2021 par laquelle le centre hospitalier universitaire de Poitiers a rejeté sa demande d'allocation chômage ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Poitiers de lui verser rétroactivement l'allocation d'aide au retour à l'emploi à laquelle elle a droit.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'erreurs d'appréciation, dès lors qu'elle remplissait les conditions pour percevoir l'allocation d'aide au retour à l'emploi à la suite de son licenciement ;

- elle procède d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense enregistrés le 10 juin 2022, le 31 octobre 2023 et le 1er décembre 2023, non communiqué, le centre hospitalier universitaire de Poitiers, représenté par la SELARL Bazin et Associés Avocats, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- Le code du travail ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le décret n° 2020-741 du 16 juin 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gibson-Théry,

- et les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été recrutée en contrat à durée indéterminée par le centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers, à compter du 7 avril 2014, en qualité de technicienne supérieure hospitalière 2ème classe, pour occuper les fonctions de webmaster au sein de la direction de la communication. Après un congé maternité et à l'issue d'un congé parental débuté le 7 mars 2019, Mme A a demandé, par un courrier reçu le 8 février 2021 par le CHU, à reprendre ses fonctions à temps partiel, à hauteur de 80 % d'un temps plein, à compter du mois de mars 2021, exclusivement en télétravail. Par deux courriers successifs des 19 février 2021 et 4 mars2021, le CHU de Poitiers l'a informée qu'elle était réintégrée dans l'établissement à la direction de la communication, à " 80 % de droit ", à compter du 7 mars 2021, en présentiel total pendant un mois, puis à raison de deux journées de télétravail par la suite. Par un message électronique du 9 mars 2021, le médecin du travail a sollicité du centre hospitalier la mise en place d'un télétravail total pour Mme A, dans un premier temps du fait de la situation sanitaire, et, dans un second temps, à raison de trois jours par semaine. Elle a été placée en congé de maladie du 9 mars 2021 au 4 mai 2021, puis a été licenciée le 28 mai 2021. Elle a sollicité du CHU la perception de l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Cette demande a fait l'objet d'un rejet par un courrier du CHU du 21 octobre 2021, dont elle demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 5424-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire ou en cas de cessation d'un commun accord de leur relation de travail avec leur employeur, et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : / 1° Les agents fonctionnaires et non fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics administratifs, les agents titulaires des collectivités territoriales ainsi que les agents statutaires des autres établissements publics administratifs ainsi que les militaires ; / 2° Les agents non titulaires des collectivités territoriales et les agents non statutaires des établissements publics administratifs autres que ceux de l'Etat et ceux mentionnés au 4° ainsi que les agents non statutaires des groupements d'intérêt public ; () ". L'article L. 5421-3 du même code dispose que : " La condition de recherche d'emploi requise pour bénéficier d'un revenu de remplacement est satisfaite dès lors que les intéressés sont inscrits comme demandeurs d'emploi et accomplissent, à leur initiative ou sur proposition de l'un des organismes mentionnés à l'article L. 5311-2, des actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi, de créer, reprendre ou développer une entreprise ".

3. Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé et l'informant du risque qu'il encourt d'une radiation des cadres, sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est pas présenté et n'a fait connaître à l'administration aucune intention de reprendre son service avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester une telle intention, l'administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.

4. D'une part, il ressort de la décision attaquée que le centre hospitalier a fondé le refus d'octroi de l'allocation de retour à l'emploi au premier motif que Mme A n'aurait pas été involontairement privée d'emploi, en raison de son abandon de poste, ce que l'intéressée conteste. Toutefois, il ressort du courrier du 17 mai 2021 que le centre hospitalier a mis en demeure la requérante de reprendre ses fonctions dans un délai de deux jours francs à compter de sa notification, sauf à fournir un justificatif d'absence au-delà du 4 mai 2021, date à laquelle s'achevait son congé de maladie, à défaut de quoi elle ferait l'objet d'un licenciement pour abandon de poste. Si Mme A verse aux débats le message électronique du 9 mars 2021, envoyé par le médecin du travail au service ressources humaines du CHU, sollicitant à son profit, dans un premier temps, une reprise en télétravail à 100 %, et demandant que tout refus quant à ces modalités de reprise soit justifié par écrit auprès de lui, auquel le centre hospitalier ne démontre pas avoir répondu, elle n'établit pas, en l'absence de réaction de sa part au courrier de mise en demeure du 17 mai 2021, avoir eu l'intention de reprendre son activité professionnelle avant l'expiration du délai de reprise imparti par la mise en demeure. Dans ces conditions, la requérante ne peut être regardée comme ayant été, par son licenciement, privée involontairement d'emploi.

5. D'autre part, le licenciement dont elle a fait l'objet ne correspondant à aucune hypothèse de privation involontaire d'emploi, Mme A ne peut utilement soutenir être éligible à l'allocation de retour à l'emploi, quand bien même elle aurait travaillé depuis son départ de l'établissement et qu'elle aurait justifié auprès de l'établissement de ses recherches actives d'emploi. Par suite, la décision attaquée n'est pas entachée des erreurs d'appréciation alléguées par la requérante, laquelle n'établit pas davantage le détournement de pouvoir qu'elle allègue.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 octobre 2021 par laquelle le CHU de Poitiers a rejeté la demande d'allocation chômage de Mme A, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'elle a présentées à fin d'injonction, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du CHU de Poitiers présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du CHU de Poitiers présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier universitaire de Poitiers.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERYLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

S. GAGNAIRE

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