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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2103276

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2103276

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2103276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 décembre 2021, le 12 juillet 2023, le 22 septembre 2023 et le 27 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Lelong, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 octobre 2021 par laquelle le maire de la commune de Scorbé-Clairvaux lui a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre à la commune de Scorbé-Clairvaux de lui accorder la protection fonctionnelle dans un délai de 15 jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande sous le même délai et la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Scorbé-Clairvaux une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 mai 2022, le 13 septembre 2023 et le 11 octobre 2023, la commune de Scorbé-Clairvaux, représentée par Me Leeman, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duval-Tadeusz,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Duclos, représentant M. B, et de Me Leeman, représentant la commune de Scorbé-Clairvaux.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est adjoint technique titulaire au sein de la commune de Scorbé-Clairvaux depuis le 11 janvier 2017 et exerce les fonctions de conducteur d'engins de voirie. Il a fait l'objet d'un avertissement, le 18 novembre 2019, puis d'une exclusion temporaire de ses fonctions d'une durée de trois jours. Une enquête administrative a été diligentée pour déterminer la réalité, la nature et l'étendue des difficultés rencontrées au sein des services techniques de la commune. A l'issue de cette enquête, une nouvelle procédure disciplinaire a été ouverte contre M. B. Par courrier du 8 octobre 2021, le requérant a demandé à la commune de Scorbé-Clairvaux de lui accorder la protection fonctionnelle. Par courrier du 12 octobre 2021, notifié le 14 octobre 2021, la commune a rejeté cette demande. M. B demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; ". Et aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, M. B a demandé que lui soit accordé le bénéfice de la protection fonctionnelle en invoquant la détérioration de ses conditions morales de travail, à la suite de convocations à un entretien en vue d'une sanction disciplinaire, d'une mise à pied pour faute disciplinaire, d'une convocation devant le conseil de discipline et la consultation de son dossier administratif. Pour refuser d'accorder à son agent le bénéfice de la protection fonctionnelle, la commune a retenu que les dispositions relatives à la protection fonctionnelle n'avaient pas vocation à s'appliquer à l'agent qui est concerné par la procédure disciplinaire dans la mesure où il est directement à l'origine des faits concernés. La décision est donc bien motivée en fait et le moyen sera écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () IV.-La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. "

5. Les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 n'ont ni pour objet, ni pour effet d'ouvrir droit à la prise en charge par l'Etat des frais qu'un fonctionnaire peut engager pour sa défense dans le cadre d'une procédure disciplinaire diligentée à son encontre par l'autorité hiérarchique dont il relève.

6. En l'espèce, si M. B soutient que la commune s'est sentie tenue de lui refuser le bénéfice de la protection fonctionnelle, cela ne ressort pas des termes de la décision attaquée qui mentionne le raisonnement de l'autorité territoriale, laquelle pouvait se fonder sur les sanctions envisagées pour prendre la décision attaquée. Le moyen sera donc écarté.

7. En dernier lieu, il ressort des termes mêmes de la demande de M. B que celui-ci demande la protection fonctionnelle en raison de la détérioration de ses conditions morales de travail, qu'il explicite par l'existence de plusieurs procédures disciplinaires engagées à son encontre. Les circonstances tenant notamment aux mauvaises relations avec son supérieur hiérarchique ou à sa placardisation, alléguées dans ses écritures ne sont en revanche aucunement mentionnées dans cette demande. Dans ces conditions, ces circonstances, à les supposer établies, qui ne correspondent pas aux situations ou aux motifs visées par l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 précité sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée et la commune était fondée à refuser le bénéfice de la protection fonctionnelle dans le cadre des procédures disciplinaires diligentées à l'encontre du requérant. Le moyen sera écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de la décision portant refus de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ainsi que du rejet de son recours gracieux doivent être rejetées ainsi que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte qui les assortissent.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Scorbé-Clairvaux la somme demandée par M. B au titre des frais d'instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par la commune au titre de ces mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Scorbé-Clairvaux en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Scorbé-Clairvaux.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thévenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

J. DUVAL-TADEUSZ

Le président,

Signé

P. CRISTILLE La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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