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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2103306

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2103306

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2103306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMOUSSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 décembre 2021 et un mémoire enregistré le 20 juin 2022, M. A B, représenté par Me Rodier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel le préfet de la Vienne lui a ordonné de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie en sa possession dans un délai d'un mois, lui a fait interdiction d'acquérir ou de détenir des armes ou munitions quelle que soit leur catégorie, avec enregistrement de cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes et a invalidé son permis de chasser ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée.

- elle est disproportionnée au regard notamment de l'ancienneté des faits qui lui sont reprochés et entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2022, la préfète de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- elle était en situation de compétence liée pour prendre la décision en litige ;

- aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boutet,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- et les observations de Me Moussa, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel le préfet de la Vienne a ordonné le dessaisissement de ses armes au titre de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure : " Sont interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C : 1° Les personnes dont le bulletin n° 2 du casier judiciaire comporte une mention de condamnation pour l'une des infractions suivantes : () - violences volontaires prévues aux articles 222-7 et suivants dudit code ; () ". Aux termes de l'article L. 312-11 du même code : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme soumise au régime de l'autorisation ou de la déclaration de s'en dessaisir. / Le dessaisissement consiste soit à vendre l'arme les munitions et leurs éléments à une personne titulaire de l'autorisation, mentionnée à l'article L. 2332-1 du code de la défense, ou à un tiers remplissant les conditions légales d'acquisition et de détention, soit à la remettre à l'Etat. Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités du dessaisissement. Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'Etat dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments ". L'article R. 312-67 du même code précise les cas dans lesquels le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme : " () 2° Lorsque le demandeur ou le déclarant a été condamné pour l'une des infractions mentionnées au 1° de l'article L. 312-3 figurant au bulletin n° 2 de son casier judiciaire () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 222-13 du code pénal : " Les violences ayant entraîné une incapacité de travail inférieure ou égale à huit jours ou n'ayant entraîné aucune incapacité de travail sont punies de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende lorsqu'elles sont commises : () 6° Par le conjoint ou le concubin de la victime ou le partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 423-15 du code de l'environnement : " Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser : () 9° Ceux qui sont inscrits au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes visé à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure ".

3. Il résulte de ces dispositions que lorsque l'acquéreur ou le détenteur des matériels ou des armes des catégories A, B et C a fait l'objet d'une condamnation en vertu des dispositions du code pénal citées par les dispositions de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure et que le bulletin n°2 de l'acquéreur ou du détenteur de ces matériels et armes comporte la mention de condamnation pour cette infraction, l'autorité administrative se trouve en situation de compétence liée pour ordonner à l'acquéreur ou au détenteur d'une arme soumise au régime de l'autorisation ou de la déclaration de s'en dessaisir.

4. Il ressort des pièces du dossier que le bulletin n°2 du casier judiciaire de M. B fait état notamment d'une condamnation du tribunal correctionnel de Poitiers le 22 octobre 2008 pour des faits de violences suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours par conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis le 6 avril 2007, qui relèvent de la catégorie des violences volontaires prévues aux articles 222-7 et suivants du code pénal et sont donc visés par les dispositions précitées de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure. Dans ces conditions, et quand bien même les faits en question seraient anciens, le préfet de la Vienne était, comme il le fait valoir, en situation de compétence liée pour prendre la décision en litige. Dans ces conditions, les autres moyens invoqués par M. B ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Boutet, premier conseiller,

Mme Dumont, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La rapporteure,

Signé

M. BOUTET

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

N° 2101560

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