jeudi 7 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2103336 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI PICHON - GIREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 décembre 2021 et un mémoire enregistré le 25 janvier 2024, M. B C, représenté par l'AARPI Pichon et Girel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux du 18 octobre 2021 confirmant la sanction de vingt jours de cellule disciplinaire prononcée le 16 septembre 2021 par le président de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la commission de discipline était régulièrement composée comme le prévoient les dispositions des articles R. 57-7-6 et R. 57-7-8 du code de procédure pénale ;
- la décision de sanction est insuffisamment motivée et le principe contradictoire n'a pas été respecté ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait en ce qui concerne la matérialité des griefs qui lui sont reprochés ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- la sanction est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 janvier 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boutet,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,
- et les observations de Me Pichon, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Le 16 septembre 2021, le président de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne a prononcé à l'encontre de M. C une sanction de vingt jours de cellule disciplinaire. M. C demande l'annulation de la décision de la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux du 18 octobre 2021 confirmant cette sanction.
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale alors applicable : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article R. 57-7-7 du même code alors applicable : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-8 de ce code alors applicable : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. / Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal de grande instance territorialement compétent. La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal de grande instance ".
3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du registre de composition de la commission de discipline, réunie le 16 septembre 2021, qu'elle était présidée par M. A, directeur, qui était assisté de deux assesseurs, dont l'un est membre de l'administration pénitentiaire, l'autre étant une personne extérieure à l'administration pénitentiaire. Dès lors, le moyen relatif à l'irrégularité de la composition de commission de discipline doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; () ". L'article L. 211-5 du même code précise : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Une décision de placement en cellule disciplinaire, qui constitue une sanction, entre dans le champ d'application des articles précités et doit par suite être motivée.
5. La décision de la commission de discipline du 16 septembre 2021 vise les dispositions des articles R. 57-7-1 (2°), R. 57-7-2 (1°et 10°) et R. 57-7-33 du code de procédure pénale sur lesquelles elle se fonde. Elle mentionne les griefs reprochés au requérant en indiquant que l'intéressé reconnait avoir jeté une bouteille contenant un mélange d'huile et d'urine sur un autre détenu le 6 septembre 2021, avoir monopolisé le 21 mai 2021 l'interphone d'urgence du quartier disciplinaire et avoir, le 29 août 2021, été trouvé en possession d'un téléphone portable lors d'une fouille de sa cellule. La décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix ".
7. La seule circonstance que la fiche pénale et la synthèse des comparutions en commission de discipline de M. C, qui ont été produites par l'administration dans le cadre de l'instance, n'auraient pas été versées au dossier disciplinaire soumis à la commission de discipline n'a pas eu pour effet de méconnaitre le principe du contradictoire, alors, d'une part, qu'il ne ressort pas de la décision de sanction en litige qu'elle trouve son fondement dans les informations contenues dans ces documents et, d'autre part, que l'intéressé avait en tout état de cause nécessairement connaissance de ces informations.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale alors applicable : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 2° D'exercer ou de tenter d'exercer des violences physiques à l'encontre d'une personne détenue ; () ". Aux termes de l'article R. 57-7-2 du même code alors applicable : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : 1° De formuler des insultes, des menaces ou des outrages à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires ; () 10° De détenir des objets ou substances interdits par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement ou par toute autre instruction de service ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service, hors les cas prévus aux 7°, 8° et 9° de l'article R. 57-7-1 ; () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 57-7-33 du même code alors applicable : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : 1° L'avertissement ; 2° L'interdiction de recevoir des subsides de l'extérieur pendant une période maximum de deux mois ; 3° La privation pendant une période maximum de deux mois de la faculté d'effectuer en cantine tout achat autre que celui de produits d'hygiène, du nécessaire de correspondance et de tabac ; 4° La privation pendant une durée maximum d'un mois de tout appareil acheté ou loué par l'intermédiaire de l'administration ; 5° La privation d'une activité culturelle, sportive ou de loisirs pour une période maximum d'un mois ; 6° Le confinement en cellule individuelle ordinaire assorti, le cas échéant, de la privation de tout appareil acheté ou loué par l'intermédiaire de l'administration pendant la durée de l'exécution de la sanction ; 7° La mise en cellule disciplinaire ". Aux termes de l'article R. 57-7-47 du même code alors applicable : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. Cette durée peut être portée à trente jours lorsque : 1° Les faits commis constituent une des fautes prévues aux 1°, 2° et 3° de l'article R. 57-7-1 ; 2° Les fautes prévues aux 4° et 7° de l'article R. 57-7-1 ont été commises avec violence physique contre les personnes ".
9. D'une part, le requérant n'apporte pas d'élément suffisant pour mettre en cause la matérialité des faits qui lui sont reprochés en se bornant à faire valoir qu'il n'est pas établi que le mélange d'huile et d'urine qu'il a lancé sur un autre codétenu aurait provoqué chez ce dernier un érythème ou encore que le téléphone portable retrouvé dans sa cellule aurait pu appartenir à un codétenu. Par ailleurs, s'il fait valoir qu'il a fait usage de l'interphone d'urgence dans le but de signaler une rage de dent, il ressort du rapport d'enquête qu'il a déclaré avoir utilisé ce moyen de communication pour se plaindre de manière plus générale de ses conditions de détention. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit, dès lors, être écarté.
10. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission de discipline aurait inexactement qualifié les faits reprochés au requérant en rattachant aux dispositions du 2° de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale le grief tiré du jet d'un mélange d'huile et d'urine sur un autre détenu, quand bien même ce dernier l'aurait provoqué par des insultes et des menaces, et aux dispositions du 10° de l'article L. 57-7-2 du même code le grief tiré de la détention d'un téléphone portable caché dans sa cellule. A supposer que le grief relatif à l'utilisation par le requérant de l'interphone d'urgence de manière inappropriée ne soit pas rattachable aux dispositions du 1° de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale, qui vise les insultes, menaces ou outrage, cette circonstance demeure sans incidence sur la légalité de la sanction qui reste en tout état de cause fondée sur les deux autres fautes retenues. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.
11. Enfin, et à supposer même qu'il faille écarter le grief tiré de la méconnaissance des dispositions du 1° de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale, compte tenu de la nature et de la gravité des deux autres fautes de premier et deuxième degré qui lui sont reprochées et de leur caractère répété sur une courte période, M. C, qui avait déjà fait l'objet de deux précédentes sanctions disciplinaires depuis son incarcération le 25 mars 2021, n'est pas fondé à soutenir que la sanction de vingt jours de cellule disciplinaire, qui correspond au demeurant au maximum prévu pour les fautes disciplinaires du premier degré, serait disproportionnée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à l'AAPI Pichon et Girel et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
Mme Boutet, première conseillère,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.
La rapporteure,
Signé
M. BOUTET
Le président,
Signé
A. LE MEHAUTE La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026