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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2103369

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2103369

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2103369
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL LELONG DUCLOS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 décembre 2021 et le 21 août 2023, M. C B, représenté par Me Lelong, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2021 par laquelle la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de 10 jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa demande et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la décision a été prise par une autorité incompétente ;

-elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;

-elle méconnait les articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; les conditions de ces deux articles ne sont pas cumulatives ;

-la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2022, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thévenet-Bréchot,

- et les observations de Me Lelong, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né en août 1983, déclare être entré en France le 7 février 2015 en provenance d'Italie. Le 2 septembre 2020, il a déposé auprès de la préfecture de la Vienne une demande de titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par l'arrêté contesté du 5 juillet 2021, la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. En premier lieu, par un arrêté du 26 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne, la préfète de la Vienne a donné délégation à M. Emile Soumbo, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige cite les articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard desquels a été examinée la demande de titre de séjour et qui constitue le fondement en droit de la décision contestée. Elle précise notamment que M. B est entré irrégulièrement en France et qu'il est marié avec une ressortissante française depuis le 18 mai 2019. La décision en litige contient ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée. Elle ne révèle pas non plus un défaut d'examen approfondi de la situation personnelle du requérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de l'arrêté litigieux : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-2 de ce code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint d'un ressortissant français est subordonnée à certaines conditions, parmi lesquelles celle d'être en possession d'un visa de long séjour. L'autorité préfectorale n'est tenue d'accorder sur place le visa à un conjoint d'une ressortissante française, vivant en France avec cette dernière depuis plus de six mois, qu'à l'étranger entré régulièrement en France.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est marié le 18 mai 2019 à Châtellerault (Vienne) avec Mme A, ressortissante française. Il n'est pas contesté que le requérant n'est en possession d'aucun visa de long séjour. Le préfet de la Vienne était donc fondé à lui refuser la délivrance du titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 431-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, si l'intéressé soutient être entré en France, via l'Italie, sous couvert d'un visa de court séjour valable pour les Etats Schengen du 2 janvier 2015 au 2 juillet 2015, il n'apporte aucun élément au soutien de son allégation, alors que son passeport ne comporte aucun cachet attestant d'une date de passage de la frontière entre la France et l'Italie. Le préfet de la Vienne était donc également fondé à considérer que M. B ne justifiait pas être entré régulièrement en France et par suite, à lui refuser, pour ce seul motif, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. Le requérant fait valoir qu'il est marié à une ressortissante française depuis le 18 mai 2019, que la communauté de vie n'a pas cessé entre eux, qu'il travaille dès qu'il le peut, et qu'il a apporté son aide aux personnes en difficultés pendant l'épidémie de Covid-19. Toutefois, par ces seuls éléments, et alors même qu'il produit plusieurs attestations de voisins et amis, il n'établit pas qu'il serait particulièrement inséré dans la société française, ni qu'il y aurait tissé des liens personnels et familiaux intenses, anciens, stables. En outre, il ressort des pièces du dossier que ses parents et plusieurs de ses frères et sœurs demeurent au Maroc, pays où il a vécu 31 ans avant son entrée en France. Ainsi, il n'existe aucun obstacle à ce que M. B regagne temporairement son pays d'origine en vue de solliciter la délivrance d'un visa long séjour en qualité de conjoint de français. Par suite, en refusant la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de la Vienne n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Enfin, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait déposé une demande de titre de séjour sur ce fondement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Vienne.

Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

A. THEVENET-BRECHOTLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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