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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200011

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200011

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantNOEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 janvier 2022, 7 avril 2022, 10 février 2023 et 15 décembre 2023, Mme B Amirault, représentée par Me Noël, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2021 par lequel le président du CIAS de Parthenay-Gâtine a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de son accident, ensemble la décision du 10 novembre 2021 rejetant son premier recours gracieux et la décision implicite du 7 février 2022 rejetant son second recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au CIAS de Parthenay-Gâtine de reconnaitre l'imputabilité au service de son accident avec toutes les conséquences de droit, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de du CIAS de Parthenay-Gâtine une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-les décisions sont insuffisamment motivées ;

-elles méconnaissent les dispositions du II de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 et sont entachées d'une erreur de droit ;

- le président du CIAS a commis une erreur d'appréciation de sa situation dès lors qu'elle démontre avoir subi un choc psychologique à l'occasion de son travail, et en particulier une agression verbale le 8 décembre 2020.

Par des mémoires en défense enregistrés les 23 juin 2022 et 22 novembre 2023, le CIAS de Parthenay-Gâtine, représenté par la SCP d'avocats Ten France conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme Amirault au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-les moyens soulevés à l'encontre des décisions prises sur recours gracieux sont inopérants ;

-la demande de reconnaissance de l'accident de service est tardive et par suite irrégulière ;

-aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thévenet-Bréchot,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Leeman, représentant le CIAS de Parthenay-Gâtine.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B Amirault, titulaire du grade d'adjoint administratif territorial de 2ème classe, exerce des fonctions d'assistante de gestion de planning au CIAS de Parthenay-Gâtine depuis le 7 novembre 2018. Elle a été placée en congé maladie à compter du 13 janvier 2021. Le 30 mars 2021, elle a déposé une déclaration d'accident de service. Le 21 septembre 2021, la commission de réforme a émis un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident. Par un arrêté du 23 septembre 2021, le président du CIAS de Parthenay-Gâtine a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident et a placé Mme Amirault en congé maladie ordinaire du 13 janvier 2021 au 30 septembre 2021. Le 25 octobre 2021, celle-ci a déposé un recours gracieux contre cet arrêté, rejeté par courrier du 10 novembre 2021. Elle a déposé un second recours gracieux le 2 décembre 2021, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Mme Amirault demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2021 ainsi que les décisions rejetant ses recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Par suite, la requérante ne peut utilement se prévaloir des vices entachant la décision du 10 novembre 2021 rejetant son recours gracieux.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. L'arrêté du 23 septembre 2021 en litige vise notamment l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, et les articles 37-5 et 37-9 du décret du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux. Il fait référence à l'avis défavorable émis par la commission de réforme le 21 septembre 2021 quant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident. L'arrêté comporte ainsi les motifs de droit et de fait qui le fondent. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 58. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ". Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.-Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.-Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. () ".

6. D'une part, constitue un accident de service, pour l'application de ces dispositions, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. D'autre part, sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d'évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.

7. Il ressort des mentions du formulaire de déclaration d'accident de service du 30 mars 2021, que Mme Amirault a déclaré avoir été victime d'un accident le 22 décembre 2020 à 18 heures, jour où elle était en congé. L'intéressée indique que l'accident s'est déroulé à la fois sur son lieu de travail et sur son lieu de télétravail, c'est-à-dire à son domicile. Elle décrit l'accident comme " pression morale et altercation verbale ". En outre, il ressort des pièces du dossier et en particulier du rapport d'expertise établi le 20 juillet 2021 par le Dr A, psychiatre, que Mme Amirault a été confrontée à des difficultés professionnelles dès son arrivée au CIAS, qu'au fil des mois les difficultés ont cru, que la situation professionnelle s'est encore dégradée lors du premier confinement, que le point culminant a concerné une journée de congé qui lui a longtemps été refusée, et que la situation est maintenant dans une zone de blocage. Si Mme Amirault soutient dans le cadre de la présente requête que l'accident s'est en fait déroulé le 8 décembre 2020 lors d'un entretien téléphonique avec sa supérieure hiérarchique au cours duquel elle a été victime d'une agression verbale et de pressions, elle n'apporte aucun élément précis à l'appui de cette allégation, notamment relatif à l'existence de la part de sa supérieure d'un comportement ou de propos pouvant être regardés comme excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Enfin, dans sa déclaration d'accident de service, il n'est pas fait mention d'un quelconque évènement survenu le 8 décembre 2020.

8. Ainsi, si l'expert reconnait l'existence de " lésions " en lien avec " l'activité professionnelle " de Mme Amirault, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait été victime d'un événement survenu à une date certaine, qui serait à l'origine, de façon directe et certaine des lésions constatées par l'expert. Dans son avis rendu le 21 septembre 2021, la commission de réforme a d'ailleurs indiqué qu'il n'y avait pas de fait accidentel défini. Par suite, en refusant de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident dont se dit victime Mme Amirault, le président du CIAS n'a entaché sa décision ni d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme Amirault doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme sollicitée par le CIAS sur ce même fondement.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme Amirault est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le CIAS de Parthenay-Gâtine au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B Amirault et au CIAS de Partenay-Gâtine.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

A. THEVENET-BRECHOTLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet des Deux-Sèvres en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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