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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200034

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200034

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200034
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDESROCHES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 janvier 2022, M. C D, représenté par Me Desroches, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Poitiers a refusé de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil, à la suite de la décision de suspension prise à son encontre ;

2°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil, rétroactivement à compter du 3 novembre 2021, date de sa demande de rétablissement, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou à lui verser directement, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'erreurs d'appréciation de sa situation dès lors que, d'une part, il a respecté les obligations auxquelles il avait consenti, et que, d'autre part, la circonstance qu'il soit hébergé et que sa compagne bénéficie de l'allocation pour demandeur d'asile pour elle et leur enfant, ne justifie pas le refus contesté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2023, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations du public avec l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Gibson-Théry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant guinéen né le 10 janvier 1998, a présenté une demande d'asile le 3 mai 2019, enregistrée en procédure Dublin, dans le cadre de laquelle il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII. Par un courrier du 4 décembre 2019, cet organisme a informé M. D de la suspension des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. A l'expiration de son délai de transfert, prolongé en raison de son placement en fuite, le 16 octobre 2019, sa demande d'asile a été requalifiée en procédure normale le 24 septembre 2021. Par un courrier du 3 novembre 2021, M. D a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 3 novembre 2021, dont il demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII de Poitiers a refusé de rétablir à son profit les conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par une décision du 4 janvier 2021 publiée et aisément accessible sur le site internet de l'OFII, le directeur général de l'OFII a donné délégation à M. A B, directeur territorial de Poitiers, signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer tous actes et toutes décisions relevant des missions dévolues à la direction territoriale de Poitiers de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige manque en fait, et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions du point 1 de l'article 20 de la directive n°2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale dite directive " accueil ", et celles de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que le refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil opposé à M. D se fonde sur la circonstance, d'une part, que l'intéressé ne justifie pas des raisons pour lesquelles il ne s'est pas conformé aux obligations qu'il s'était engagé à respecter lors de son acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII, et, d'autre part, que l'examen de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de besoins particuliers en matière d'accueil. La décision litigieuse est, dès lors, suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes de la décision litigieuse, que le directeur territorial de l'OFII, qui n'avait pas à y détailler de manière exhaustive l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, n'aurait pas procédé à un examen particulier de celle-ci.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile (). / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°,2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'OFII le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi, que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil ". Et aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée () ".

6. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

7. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de M. D tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII de Poitiers s'est fondé sur la circonstance que ces conditions matérielles avaient été suspendues le 4 décembre 2019, au motif que M. D n'avait pas satisfait aux obligations de se présenter aux autorités chargées de l'asile, en s'abstenant de se présenter au pôle régional Dublin, sans en justifier la raison. A cet égard, si M. D indique dans ses écritures que le rendez-vous qui lui avait été fixé le 28 mai 2019, auquel il ne conteste pas sa défection, a été reporté au 1er juillet 2019, il ne l'établit pas, alors, au demeurant, que l'OFII conteste un tel report. En outre, comme le fait valoir l'OFII, la circonstance que l'intéressé a fait l'objet d'une hospitalisation le 23 août 2019 en soins externes, au service des urgences, ne permet pas de justifier son absence au rendez-vous qui lui avait été fixé le 4 septembre suivant. Par ailleurs, si, comme le soutient le requérant, la perception, par sa compagne et mère de son enfant, de l'allocation pour demandeur d'asile ne fait pas obstacle, par principe, à l'éventuel rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se trouve dans un état de précarité matérielle et sanitaire caractérisant une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il n'a pas contesté la décision de suspension de ces conditions, prise à son encontre le 4 décembre 2019, qu'il a demandé leur rétablissement le 3 novembre 2021, soit seulement près de deux ans après, et qu'il déclare être hébergé à titre gratuit. Par suite, en refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, l'OFII n'a pas commis d'erreur dans l'appréciation de sa situation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

Le président,

Signé

P. CRISTILLELa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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