jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200041 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | KOKI K. |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 janvier 2022, M. C F, représenté par Me Koki, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 octobre 2021 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux a rejeté son recours hiérarchique formé à l'encontre de la décision du 8 septembre 2021 par laquelle le directeur de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré lui a retiré définitivement son ordinateur ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l'Etat aux dépens.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision du 26 octobre 2021 ait été prise par une autorité compétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas eu communication de l'ensemble des pièces de son dossier et qu'il n'est pas établi que la décision initiale du 8 septembre 2021 ait été prise par une autorité compétente ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale, dès lors qu'elle est fondée sur les dispositions de l'article R. 57-6-20 du code de procédure pénale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle n'est pas fondée sur des raisons d'ordre et de sécurité ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.
M. F a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bureau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. F est incarcéré au sein de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré. Par une décision du 8 septembre 2021, le directeur de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré a ordonné la saisie définitive de son ordinateur. Par la présente requête, M. F demande l'annulation de la décision de rejet du 26 octobre 2021 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux a rejeté son recours administratif formé à l'encontre de la décision du 8 septembre 2021.
2. En premier lieu, la décision attaquée du 26 octobre 2021 a été signée pour la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux par Mme D, cheffe de service du droit pénitentiaire. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, attachée d'administration, cheffe du service du droit pénitentiaire, bénéficiait, en vertu d'une décision du 10 mars 2021 prise par Mme E, directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux, et régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de région Nouvelle-Aquitaine du 17 mars 2021, d'une délégation de signature à l'effet de signer les " réponses aux recours hiérarchiques dans les matières autres que les sanctions disciplinaires ". Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, le VII de l'article 19 du règlement intérieur type des établissements pénitentiaires, annexé à l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale, et qui reprend les dispositions de l'ancien article D. 449-1 du code de procédure pénale, dispose que : " La personne détenue peut acquérir par l'intermédiaire de l'administration et selon les modalités qu'elle détermine des équipements informatiques. / () / Ces équipements ainsi que les données qu'ils contiennent sont soumis au contrôle de l'administration. Sans préjudice d'une éventuelle saisie par l'autorité judiciaire, tout équipement informatique appartenant à une personne détenue peut être retenu et ne lui être restitué qu'au moment de sa libération, dans les cas suivants : / 1° Pour des raisons d'ordre et de sécurité ; / 2° En cas d'impossibilité d'accéder aux données informatiques, du fait volontaire de la personne détenue ". Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que tout équipement informatique appartenant à une personne détenue peut être retenu pour des raisons d'ordre et de sécurité.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1°- restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police [] ". L'article L. 211-5 de ce même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. Une mesure de retenue du matériel informatique d'un détenu, prononcée pour des raisons d'ordre et de sécurité sur le fondement de l'article 19 de l'annexe précitée, constitue une mesure de police devant faire, en principe, l'objet d'une motivation écrite en vertu des articles précités du code des relations entre le public et l'administration.
6. La décision attaquée du 26 octobre 2021, qui confirme la mesure de police prise le 8 septembre 2021 ordonnant le retrait définitif du matériel informatique de M. F, vise, d'une part, le règlement intérieur type des établissements pénitentiaires et l'article 19 de l'annexe de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale ainsi que l'article R. 57-6-20 du code de procédure pénale. D'autre part, elle rappelle les faits reprochés à M. F à la suite de la fouille de son matériel informatique, à savoir la découverte d'une clé 4G, de deux cartes SD, d'un disque dur interne, de connexions à internet avec plus de 2 000 pages, notamment de pages sur des adolescents, ainsi que des films et images à caractère pédopornographiques. Ainsi, la décision attaquée mentionne les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. En outre, la circonstance que la décision contienne une erreur de plume en mentionnant l'article R. 57-6-20 du code de procédure pénale au lieu de l'article R. 57-6-18 est sans incidence sur la légalité de la décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, directeur du quartier " caserne " de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré, bénéficiait, en vertu d'une décision du 1er août 2021 prise par Mme B, directrice de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré, et régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Charente-Maritime, d'une délégation de signature à l'effet de signer toutes les décisions administratives individuelles visées dans un tableau joint comprenant la mention " Retenir un équipement informatique appartenant à une personne détenue ". Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision initiale du 8 septembre 2021 manque en fait et doit être écarté.
8. En quatrième lieu, en application des dispositions citées au point 4, une décision procédant à la retenue du matériel informatique doit, en principe, faire l'objet d'une procédure contradictoire. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du document intitulé " Mise en œuvre de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ", que M. F a été informé par écrit le 30 août 2021 de ce que la directrice de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré envisageait de procéder au retrait de son matériel informatique et lui indiquait qu'il pouvait présenter des observations écrites, ainsi que sur sa demande des observations orales, et se faire assister par un avocat de son choix. Il lui était aussi indiqué qu'il pouvait consulter les pièces relatives à cette procédure. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. F a consulté son dossier le 30 août 2021, tout comme son avocate le 8 septembre 2021. En outre, l'intéressé a pu présenter des observations qui ont été recueillies le 8 septembre 2021. La circonstance que l'intéressé et son conseil n'aient pas eu accès aux images qualifiées de pédopornographiques est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'ils ont eu communication du rapport du service informatique sur la nature de ces images. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.
9. En cinquième lieu, comme indiqué aux points 3 et 6 du présent jugement, la décision attaquée est fondée sur le VII de l'article 19 du règlement intérieur type des établissements pénitentiaires, annexé à l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale. La circonstance que la décision contienne une erreur de plume en mentionnant l'article R. 57-6-20 du code de procédure pénale est sans incidence sur la légalité de la décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.
10. En sixième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la découverte d'une clé 4G dans la cellule de M. F, le service informatique de la maison centrale a analysé son matériel informatique et que deux cartes-mini SD ainsi qu'un disque dur interne ont été découverts, dissimulés à l'aide d'une protection plastique et du scotch. Il ressort également des pièces du dossier que la clé 4G a permis d'ouvrir plus 20 000 pages internet, essentiellement sur des adolescents ou des sites gays à tendance jeune, et que les cartes mini-SD contenaient des milliers d'images d'adolescents en maillot de bain et des images à caractère pédopornographiques. Si le requérant conteste la propriété de ces cartes, il ressort de l'analyse des services informatiques que des photographies de la famille de M. F figuraient également parmi les fichiers présents sur les cartes. En outre, M. F a été sanctionné en 2016 pour avoir dissimulé une clé 3G. Dans ces conditions, il est constant que la détention d'une clé 4G et de cartes midi-SD portent atteinte à l'ordre et à la sécurité de l'établissement dès lors que leur dissimulation fait obstacle à tout contrôle de l'administration sur l'utilisation d'internet par le détenu. En confirmant, pour ce motif, le retrait de l'ordinateur de M. F, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux n'a entaché sa décision ni d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 26 octobre 2021 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux a explicitement rejeté son recours hiérarchique formé à l'encontre de la décision du 8 septembre 2021 de la directrice de la maison centrale de Saint-Martin-de-Ré de lui retirer son matériel informatique. Par suite, la requête de M. F doit être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et tendant à la condamnation de l'Etat aux dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Koki.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jarrige, président,
Mme Boutet, première conseillère,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
V. BUREAU
Le président,
Signé
A. JARRIGE
La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef
La greffière
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026