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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200089

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200089

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP KPL AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 janvier 2022, M. B A, représenté par la SCP KPL Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Vienne a refusé de lui octroyer l'agrément d'assistant familial ;

2°) de mettre à la charge du département de la Vienne la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il présente les garanties nécessaires pour accueillir des mineurs à son foyer.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 avril 2022, le département de la Vienne, représenté par la SCP Lonqueue, Sagalovitsch, Eglie-Richters Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gibson-Théry,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Kolenc-Lebloch, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a demandé au département de la Vienne, par un formulaire daté du 29 mars 2021, à bénéficier d'un agrément d'assistant familial pour accueillir un mineur ou jeune majeur de moins de vingt-et-un ans à son domicile. Par une décision du 27 juillet 2021 dont il demande l'annulation, le président du conseil départemental de la Vienne a refusé de lui accorder cet agrément.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision contestée a été signé par Mme D C, adjointe à la responsable du pôle modes d'accueil, qui a reçu délégation par un arrêté du 1er juillet 2021 à l'effet de signer, notamment, les actes et documents en matière d'agrément des assistants familiaux, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département de la Vienne. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise le référentiel de l'annexe 4-9 du code de l'action sociale et des familles en précisant que M. A ne remplit pas les critères d'agrément des assistants familiaux prévus par ce référentiel, et indique de manière circonstanciée les motifs factuels de rejet de la demande d'agrément formulée par M. A, qui relèvent d'une insuffisance de ses connaissances sur le métier d'assistant familial, de son incapacité à prendre conscience des impacts de l'accueil d'un enfant sur sa famille, à travailler en équipe et à s'adapter à un cadre de travail qui lui est imposé, et de l'absence de chambre disponible au sein de son habitation pour l'accueil d'un enfant. Il s'ensuit que la décision contestée, qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () / L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. () ".

5. Il ressort du compte-rendu d'évaluation médico-sociale rédigé le 27 juillet 2021 par les services de la protection maternelle et infantile (PMI) en vue de l'agrément d'assistant familial que M. A, qui a reçu la visite de deux agents du service à trois reprises, les 6 mai, 26 mai et 25 juin 2021, n'a, tout d'abord, pas su exprimer clairement ses motivations pour devenir assistant familial, en restant évasif sur les valeurs familiales qu'il entendait transmettre à ses enfants et en indiquant que la mise en œuvre de son projet était indissociable de sa femme, qui en est " l'instigatrice ", puis, lors du dernier entretien, a fait part de sa " vocation " à aider les enfants, sans plus faire référence à son épouse. M. A n'a pas, non plus, émis de souhait clair sur l'âge de l'enfant qu'il souhaitait accueillir, en évoquant en première intention un âge de quatre à cinq ans, puis finalement un âge de zéro à vingt-et-un ans, sa famille préférant toutefois éviter l'accueil d'un adolescent. Les agents de la PMI ont également constaté qu'il ne s'est pas approprié le contenu des documents qui lui ont été remis concernant le métier d'assistant familial, qu'il connaît mal les modalités de placement envisageables selon les situations particulières de chaque enfant accueilli ainsi que les employeurs potentiels des assistants familiaux, et qu'il a omis, dans le formulaire de demande d'agrément, de mentionner sa fille aînée née en 2002 alors qu'elle vit au foyer et que son départ projeté au Canada demeure hypothétique, tout comme son retour. Enfin, lors des mises en situation organisées par les agents évaluateurs, M. A n'a évoqué à aucun moment le rôle de l'équipe éducative et n'a pas su correctement se positionner tant vis-à-vis de l'enfant, que de ses parents et du référent éducatif. D'après le rapport, l'intéressé " n'a pas compris les enjeux du placement familial ". Par ailleurs, la psychologue du service PMI, qui a rencontré M. A les 17 et 27 mai 2021, ainsi que son épouse et deux de ses enfants le 16 juin suivant, confirme le rapport d'évaluation médico-sociale en concluant son rapport d'évaluation psychologique du 12 juillet 2021 par un avis défavorable à l'octroi de l'agrément demandé, en relevant notamment la connaissance incomplète par M. A du placement familial et de ses enjeux, l'absence de réflexion de l'intéressé avant de répondre lors des nombreuses mises en situation proposées et le caractère insuffisant de la réflexion du couple sur la posture et la place de chacun dans le cadre du projet d'agrément. Dans ces conditions, le président du conseil départemental n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant d'octroyer à M. A l'agrément d'assistant familial qu'il sollicitait.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 22 juillet 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Vienne, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par le département de la Vienne au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du département de la Vienne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERYLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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