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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200237

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200237

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200237
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBOURDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Bourdier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 24 novembre 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours administratif contre la délibération du 21 juillet 2021 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest a refusé de renouveler sa carte professionnelle ;

2°) d'enjoindre au conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une carte professionnelle ou, à défaut, de réexaminer sa demande, le tout dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations sur le motif ayant conduit au rejet de sa demande ;

- la procédure est également viciée en ce qu'il n'a pas été informé que l'enquête administrative réalisée dans le cadre de l'examen de sa demande pouvait donner lieu à la consultation des fichiers de traitement de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales ;

- elle est également viciée dans la mesure où l'agent qui a procédé à la consultation de ces fichiers n'était pas régulièrement habilité pour ce faire ;

- la délibération contestée est insuffisamment motivée ;

- les faits sur lesquels elle se fonde sont inexacts ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juillet 2023, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henry,

- et les conclusions de M. Revel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a sollicité le renouvellement de la carte professionnelle prévue à l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure dont il était titulaire depuis le 18 juillet 2016. Par une délibération du 21 juillet 2021, la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest a rejeté sa demande. M. B a introduit un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, qui a été rejeté par une délibération de la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) du 24 novembre 2021. M. B demande au tribunal d'annuler cette délibération.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure, alors en vigueur : " Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission régionale d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. ". D'autre part, selon l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ". Il est satisfait à ces prescriptions, dans le cas d'une autorité administrative de caractère collégial, dès lors que la décision que prend cette autorité porte la signature de son président, accompagnée des mentions, en caractères lisibles, de son prénom, de son nom et de sa qualité.

3. La délibération attaquée a été prise par la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS, qui était compétente, en vertu de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure, pour statuer sur le recours introduit par M. B contre la délibération de la commission locale d'agrément et de contrôle lui refusant le renouvellement de sa carte professionnelle. Par ailleurs, cette décision a été signée par le président de cette commission, qui a été élu à ces fonctions le 25 mars 2021 ainsi qu'en atteste le procès-verbal produit en défense. Le premier moyen de la requête ne peut, dès lors, qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, la délibération attaquée, qui mentionne qu'elle est fondée sur les dispositions du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure et comporte les considérations de fait qui ont conduit la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS à rejeter le recours administratif de M. B, est suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'agent du CNAPS chargé de l'instruction de la demande de M. B lui a adressé un courrier, le 7 mai 2021, pour recueillir ses observations sur les faits aux vus desquels la commission locale, puis la commission nationale d'agrément et de contrôle ont rejeté sa demande de renouvellement de sa carte professionnelle. L'intéressé a d'ailleurs produit des observations en réponse à ce courrier par l'intermédiaire d'une lettre de son avocat du 21 mai 2021. Il a, en outre, de nouveau été mis à même de présenter des observations sur ces faits, qui étaient exposés dans la délibération de la commission locale, dans le cadre du recours administratif qu'il a exercé devant la commission nationale d'agrément et de contrôle. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire et du principe des droits de la défense ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 114-1 du code de la sécurité intérieure : " I. - Les décisions administratives () d'autorisation, d'agrément ou d'habilitation, prévues par des dispositions législatives ou réglementaires, concernant () les emplois publics ou privés relevant du domaine de la sécurité ou de la défense, () peuvent être précédées d'enquêtes administratives destinées à vérifier que le comportement des personnes physiques ou morales intéressées n'est pas incompatible avec l'exercice des fonctions ou des missions envisagées. Ces enquêtes peuvent donner lieu à la consultation de traitements automatisés de données à caractère personnel relevant de l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification. Les conditions dans lesquelles les personnes intéressées sont informées de cette consultation sont précisées par décret. () ". Selon l'article R. 114-6 du même code : " Les personnes qui font l'objet d'une enquête administrative en application de l'article L. 114-1 sont informées de ce que cette enquête donne lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles relevant de l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification. Lorsque l'enquête administrative qui donne lieu à la consultation fait suite à une demande de décision de l'intéressé, celui-ci en est informé dans l'accusé de réception de sa demande prévu aux articles L. 112-3 et L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration. Dans les autres cas, l'intéressé est informé lors de la notification de la décision administrative le concernant. () ".

7. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

8. Si le formulaire rempli par M. B pour solliciter le renouvellement de son titre de séjour mentionnait que " dans la cadre de l'examen de votre demande de renouvellement, le CNAPS procèdera à une enquête administrative ", il ne précisait pas que cette enquête pouvait donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles relevant de l'article 26 de la loi du 6 janvier 1978. Toutefois, dès lors que M. B ne pouvait pas s'opposer à cette consultation et qu'il a été mis à même de présenter des observations sur les éléments recueillis à cette occasion, ce vice de procédure ne l'a pas privé d'une garantie et n'a pas été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 114-1 et R. 114-6 du code de la sécurité intérieure doit donc être écarté.

9. En cinquième lieu, l'article R. 40-29 du code de procédure pénale dispose : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article () L. 114-1 () du code de la sécurité intérieure (), les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes () peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. () ".

10. Il résulte de l'instruction que l'agent de la délégation territoriale Sud-Ouest du CNAPS qui a procédé, dans le cadre de l'instruction de la demande de M. B, à la consultation des fichiers de traitement de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales a été spécialement habilité à cet effet par un arrêté du préfet de la Gironde du 3 juillet 2015. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale doit donc être écarté.

11. En sixième lieu, en vertu du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, la carte professionnelle prévue par cet article peut être refusée si le comportement ou les agissements du demandeur " sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions " d'agent de sécurité privée.

12. La délibération attaquée a été prise au motif que M. B s'est rendu coupable, le 18 avril 2019, alors qu'il exerçait des fonctions de portier à l'entrée d'une discothèque, de violences à l'égard de clients, dont l'un s'est vu prescrire un arrêt de travail de dix jours, faits pour lesquels il a été condamné à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis par un jugement du tribunal correctionnel de Poitiers du 27 août 2020. Si M. B soutient qu'il a agi en situation de légitime défense, il ressort de l'arrêt de la cour d'appel de Poitiers du 9 octobre 2023, qui a confirmé le jugement du tribunal correctionnel, que l'intéressé a participé, avec le gérant de la discothèque et d'autres portiers, après que l'un d'entre eux a été insulté par un client éconduit, à une expédition punitive ayant consisté à poursuivre, avec un véhicule de l'établissement, le groupe dont faisait partie ce client, avant de rouer de coups plusieurs de ses membres. Ces faits ont le caractère d'agissements de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité privée. Dans ces conditions, M. B n'est fondé à soutenir ni que la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS s'est fondée sur des faits matériellement inexacts, ni qu'elle s'est livrée à une appréciation erronée des faits aux vus desquels elle lui a refusé le renouvellement de sa carte professionnelle.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

B. HENRY

Le président,

Signé

L. CAMPOYLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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