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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200316

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200316

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre - JU
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2022, M. A B, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté référencé 3F du 28 décembre 2021 par lequel la préfète de la Vienne a suspendu son permis de conduire pour une période de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Vienne de lui restituer son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé au sens des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que le préfet ne l'a pas invité à présenter d'observations écrites ou orales avant de prendre la décision de suspendre son permis de conduire en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article R. 221-13 du code de la route, le préfet n'ayant pas précisé la nature des examens médicaux auxquels il devait se soumettre pour récupérer son permis de conduire ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 235-3 du code de la route et de l'arrêté du 5 septembre 2001 dès lors qu'il lui est impossible de s'assurer de l'identité des personnes ayant réalisé son prélèvement sanguin, ayant assisté à ce prélèvement puis ayant réalisé les analyses, ni de la méthode utilisée pour prélever les échantillons et du matériel utilisé pour effectuer les prélèvements et les conserver.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2022, la préfète de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- l'arrêté du 13 décembre 2016 fixant les modalités du dépistage des substances témoignant de l'usage de stupéfiants, et des analyses et examens prévus par le code de la route et abrogeant l'arrêté du 5 septembre 2001 modifié fixant les modalités du dépistage des substances témoignant de l'usage de stupéfiants, et des analyses et examens prévus par le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a fait l'objet d'un contrôle routier le 27 décembre 2021, alors qu'il circulait sur la commune de Chasseneuil de Poitou (86), à l'occasion duquel le prélèvement salivaire opéré par l'officier de police judiciaire a révélé la consommation de substances classées comme stupéfiants, et à la suite duquel son permis a été immédiatement retenu. Par l'arrêté référencé 3F du 28 décembre 2021, dont il demande l'annulation, la préfète de la Vienne a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois.

2. Aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I.- Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / () 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 ; () ".

Sur le moyen tiré du défaut de motivation :

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ;() ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte de ces dispositions que la suspension d'un permis de conduire est une mesure de police qui doit être motivée.

4. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de la route applicables à la situation de M. B, notamment les articles L. 224-2, L. 224-9, R. 221-13 et R. 224-4, et indique que M. B a fait l'objet des vérifications prévues à l'article R. 235-5 qui ont établi la présence dans son organisme de substances ou de plantes classées comme stupéfiants. Elle énonce que l'intéressé représente un danger grave et immédiat pour les autres usagers de la route, ses éventuels passagers et lui-même. L'arrêté litigieux, qui comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement est, dès lors, suffisamment motivé.

Sur le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire :

5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire ". L'article L. 121-2 de ce code dispose : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / () / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière. / () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. ".

6. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement du 2° du I de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 120 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur ayant conduit après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de la formalité instaurant le respect de la procédure contradictoire préalable prévue à l'article L. 121-1 du même code.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été verbalisé pour avoir circulé alors que le dépistage salivaire effectué s'est révélé positif aux substances ou plantes classées comme stupéfiants. Cette circonstance est, à elle seule, de nature à faire regarder le conducteur comme représentant un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route et pour lui-même, comme l'a retenu à bon droit la préfète dans son arrêté. Il en résulte que pour faire usage de la possibilité qu'elle tenait du 2° de l'article L. 224-2 du code de la route de suspendre le permis de conduire de l'intéressé pour une durée de six mois, la préfète de la Vienne, compte tenu du délai de 120 heures dans lequel s'exerçait son action, n'était donc pas tenue de suivre la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

Sur le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 221-13 du code de la route :

8. Aux termes de l'article R. 221-13 du code de la route : " I. - Le préfet soumet à des analyses ou à des examens médicaux, cliniques et biologiques, notamment salivaires et capillaires : 1° Tout conducteur () auquel est imputable l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8, L. 235-1 et L. 235-3 ; 2° Tout conducteur qui a fait l'objet d'une mesure portant restriction ou suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles visées au 1° ci-dessus. II. - Lorsque le titulaire du permis de conduire néglige ou refuse de se soumettre, dans les délais qui lui sont prescrits, à l'une des analyses ou des examens médicaux prévus au présent article, le préfet peut prononcer ou maintenir la suspension du permis de conduire jusqu'à ce qu'un avis médical d'aptitude soit émis, à la demande de l'intéressé, par le médecin agréé consultant hors commission médicale, ou par la commission médicale ".

9. Si pour l'application des dispositions précitées de l'article R. 221-13 du code de la route, il appartient à l'autorité préfectorale d'indiquer au conducteur le délai dans lequel une visite médicale doit être effectuée et la nature des examens auxquels il doit se soumettre, l'absence de ces précisions, qui aurait seulement pour conséquence de faire obstacle à ce que soit refusée la restitution du permis de conduire à l'expiration de la période de sa suspension, est sans influence sur la légalité de la mesure de suspension elle-même. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance l'article R. 221-13 du code de la route ne peut qu'être écarté.

Sur le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 235-5 du code de la route et des dispositions de l'arrêté du 5 septembre 2001 fixant les modalités du dépistage des substances témoignant de l'usage de stupéfiants, et des analyses et examens prévus par le code de la route :

10. Aux termes de l'article R. 235-3 du code de la route : " Les épreuves de dépistage prévues par l'article L. 235-2 sont effectuées par un médecin, un biologiste, ou un étudiant en médecine autorisé à exercer à titre de remplaçant, dans les conditions fixées à l'article L. 4131-2 du code de la santé publique, requis à cet effet soit par un officier ou agent de police judiciaire soit par un agent de police judiciaire adjoint ou par un garde champêtre, sur l'ordre et sous la responsabilité d'un officier de police judiciaire, qui leur fournit les matériels nécessaires au dépistage lorsqu'il s'agit d'un recueil urinaire./ Ces épreuves sont effectuées par un officier ou agent de police judiciaire, par un agent de police judiciaire adjoint ou par un garde champêtre dans les conditions prévues à l'alinéa précédent, lorsqu'il s'agit d'un recueil salivaire ".

11. Si M. B soutient qu'il ne lui est pas possible de s'assurer que le prélèvement sanguin a été réalisé de façon régulière, il ressort des pièces du dossier que seul un prélèvement salivaire a été effectué. En outre, ni les dispositions précitées, ni celles de l'arrêté du 13 décembre 2016 susvisé ayant abrogé l'arrêté du 5 septembre 2001, n'imposent que la décision de suspension du permis de conduire mentionne l'identité des personnes intervenues à l'occasion du prélèvement, le matériel et la méthode utilisés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces formalités, inopérant, ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 décembre 2021 portant suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'il a présentées à fin d'injonction.

DECIDE :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie en sera adressée, pour information, à la préfète de la Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

S. GIBSON-THERYLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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