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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200345

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200345

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantFALACHO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 février 2022 et 14 juin 2023, et un mémoire enregistré le 14 octobre 2024 qui n'a pas été communiqué, M. C et Mme D B, représentés par Me B, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision tacite de non-opposition du maire de Bressuire à la déclaration préalable de travaux n° DP 079 049 21 E0298 déposée le 22 septembre 2021 par Mme E pour la construction d'un portail avec murs de clôture ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bressuire la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles A.1 et A.2 du règlement de l'ancien plan local d'urbanisme ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article A.6 du règlement de l'ancien plan local d'urbanisme ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article A.11 du règlement de l'ancien plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2022, Mme A E, représentée par Me Falacho, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2023, la commune de Bressuire, représentée par Me Drouineau, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, au sursis à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;

3°) à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés et en tout état de cause, les vices tirés de la méconnaissance de l'article A.11 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) sont régularisables sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boutet,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- les observations de Me Finkelsetein, représentant la commune de Bressuire, et celles de Me Falacho, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E a déposé le 22 septembre 2021, à la mairie de Bressuire (Deux-Sèvres), une déclaration préalable de travaux pour la construction d'un portail avec murs de clôture, sur une parcelle cadastrée section AI n° 96. Par une décision tacite, le maire de Bressuire n'a pas fait opposition à cette déclaration de travaux. Par la présente requête, M. C B et Mme D B, respectivement nu-propriétaire et usufruitière de la parcelle voisine, cadastrée AI n° 66, demandent l'annulation de cette décision qui aurait pour effet de remettre en cause la servitude de passage dont ils disposent sur la parcelle cadastrée AI n°96.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article A.11 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Bressuire, alors applicable : " 1. Tout projet de construction devra présenter un volume, une implantation et un aspect cohérent avec les constructions riveraines, permettant une bonne intégration dans l'environnement. () Les clôtures seront d'un style simple et constituées de matériaux de bonne qualité, en harmonie avec le paysage environnant. () D'une manière générale, sauf cas particulier de projets d'une grande richesse architecturale, les bâtiments et les clôtures devront être d'une conception simple, conformes à l'architecture traditionnelle de la région. () / 3. La hauteur des clôtures n'excédera pas 2.00 mètres. L'utilisation de plaques de béton ou plaques d'agglomérés non enduits est interdite. Dans tous les cas l'utilisation de béton ou plaques d'aggloméré est interdite au-delà d'une hauteur de 0,50 mètre ".

3. Sont applicables aux clôtures, dont celles qui prennent la forme d'un mur, les seules dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme édictées spécifiquement pour régir leur situation, sur le fondement des articles R. 151-41 et R. 151-43 du code de l'urbanisme. En revanche, un mur qui est incorporé à une construction, alors même qu'il a la fonction de clore ou limiter l'accès à son terrain d'assiette, est soumis à l'ensemble des règles du règlement du plan local d'urbanisme applicables aux constructions.

4. Il ressort des pièces du dossier que le portail projeté aura une hauteur maximale de 2,52 mètres et que les murs de clôture en béton cellulaire sur lesquels il s'appuie s'élèveront au-delà de 50 centimètres. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que, sur ces deux points, la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article A.11 du règlement de l'ancien plan local d'urbanisme applicable à la date de la décision en litige.

5. En application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués dans la requête n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de de la décision contestée.

Sur les conséquences de l'illégalité mentionnée au point 4 :

6. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

7. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Il invite au préalable les parties à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme. Le juge n'est toutefois pas tenu de surseoir à statuer, d'une part, si les conditions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme sont réunies et qu'il fait le choix d'y recourir, d'autre part, si le bénéficiaire de l'autorisation lui a indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

8. Les deux vices mentionnés au point 4 du présent jugement, tiré de la méconnaissance de l'article A.11 du PLU alors applicable, sont susceptibles d'être régularisés par l'obtention d'une déclaration préalable modificative. Par suite, il y a lieu de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête jusqu'à l'expiration d'un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, pour permettre à Mme E ou à la commune de Bressuire de notifier au tribunal administratif une déclaration préalable modificative régularisant ces vices.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la légalité de la décision du maire de Bressuire de non opposition à la déclaration préalable à la réalisation de travaux déposée par Mme E le 22 septembre 2021, jusqu'à l'expiration du délai fixé à l'article 2 du présent jugement

Article 2 : Le délai dans lequel la régularisation de la déclaration préalable doit être notifiée au tribunal est fixé à quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Tous droits et moyens sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C et Mme D B, à Mme A E et à la commune de Bressuire.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Bris, présidente,

Mme Boutet, première conseillère,

Mme Balsan Jossa, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. BOUTET

La présidente,

Signé

I. LE BRISLe greffier,

Signé

S. GAGNAIRE

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier en chef

Signé

S. GAGNAIRE

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