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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200387

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200387

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDONZEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 février 2022, M. C A, représenté par Me Donzel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2021 par lequel le préfet des Deux-Sèvres a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet des Deux-Sèvres de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte 100 euros par jour de retard ;

3°) mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence à défaut de justification que l'auteur de la décision est titulaire d'une délégation de compétence ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en refusant le titre sollicité dès lors qu'il démontre résider en France sans discontinuité depuis 2008 ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2022, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 mai 2022.

Des pièces complémentaires ont été produites le 14 juin 2022 par M. A.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant algérien né le 16 février 1984 à Annaba (Algérie), est entré irrégulièrement en France en 2008. Par courrier reçu par la préfecture des Deux-Sèvres le 14 février 2019, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle. Il a été entendu par la commission du titre de séjour lors de sa séance du 18 juin 2021, qui a émis un avis réservé à sa demande. Par un arrêté du 14 octobre 2021, le préfet des Deux-Sèvres a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par M. Xavier Marotel, secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres, qui a reçu délégation du préfet, par un arrêté du 26 juillet 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer tous les arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département des Deux-Sèvres. La police des étrangers ne figurant pas au nombre des attributions exceptées de cette délégation de signature, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord modifié du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles : " Les dispositions du présent article, ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / 1. Au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () ".

4. M. A soutient que le préfet des Deux-Sèvres a commis une erreur d'appréciation dès lors qu'il démontre résider en France sans discontinuité depuis 2008. Mais il n'a produit aucune pièce prouvant cette résidence avant l'ordonnance de clôture. Dans ces conditions, il ne peut se prévaloir de son séjour en France pour demander la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième et dernier lieu, dès lors que les moyens dirigés contre le refus de délivrance d'un titre de séjour ont été écartés, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2021 ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Donzel et à la préfète des Deux-Sèvres.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Lemoine, président,

M. Lacaïle, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le président- rapporteur,

Signé

D.B

Le premier assesseur,

SIGNE

P. LACAÏLELe greffier d'audience,

Signé

JP. CHANTECAILLE

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

La greffière

signé

G. FAVARD

N°2200387

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