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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200416

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200416

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS DGD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a été saisi par la société Hivory d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté du maire de Puyrolland du 14 décembre 2021 s’opposant à une déclaration préalable pour l’installation d’un pylône de téléphonie mobile. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que le maire était en situation de compétence liée par l’avis conforme défavorable du préfet, fondé sur l’article L. 422-5 du code de l’urbanisme. Les moyens soulevés par la société, notamment ceux tirés d’une méconnaissance de l’article R. 111-27 du même code, ont été écartés comme inopérants. La demande de la société Hivory a donc été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 février et 12 septembre 2022, la société Hivory, représentée par Me Cloëz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2021 du maire de Puyrolland s'opposant à sa déclaration préalable de travaux n° DP 17294 21 V0009 pour la construction d'un support d'antennes de téléphonie mobile et la pose d'une clôture sur la parcelle cadastrée section C n°359 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Puyrolland, à titre principal, de lui délivrer une décision de non-opposition à déclaration préalable dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de se prononcer à nouveau dans un délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Puyrolland la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il a été pris sur le fondement de l'avis du 14 décembre 2021 du préfet de la Charente-Maritime qui est irrégulier dès lors qu'il est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le projet en question ne porte pas atteinte aux lieux avoisinants, eu égard à sa situation en bordure d'une route, elle-même bordée de poteaux électriques, dans un paysage boisé et composé de champs plats, qui ne présentent alors pas de caractéristique particulière.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 mars 2022, la commune de Puyrolland, représentée par Me Chambord, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Hivory au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le maire était en situation de compétence liée pour s'opposer au projet dès lors que le préfet de la Charente-Maritime avait émis un avis conforme défavorable en application de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme ;

- les moyens invoqués dans la requête sont infondés ;

- la décision de refus attaquée pouvait être également fondée, d'une part, sur les dispositions de l'article L. 111-6 du code de l'urbanisme en ce que le projet se situe à une distance inférieure à 75 mètres d'une voie de grande circulation, d'autre part, sur celles des articles R. 111-16 et R. 111-17 du même code en ce que le projet se situe à une distance de la route départementale inférieure à la hauteur du pylône.

La requête a été communiquée au préfet de la Charente-Maritime qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- les observations de Me Kpondjo, représentant la commune de Puyrolland.

Considérant ce qui suit :

1. La société Hivory a déposé le 16 octobre 2021, à la mairie de Puyrolland, une déclaration préalable de travaux en vue de l'installation, sur une parcelle cadastrée section C n 359, d'une station relais de téléphonie mobile composée d'un pylône d'une hauteur de 41,55 mètres, ainsi que d'une clôture de 2 mètres de hauteur. Par un arrêté du 14 décembre 2021, le maire de Puyrolland s'est opposé à cette déclaration de travaux. Par la présente requête, la société Hivory demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; () ".

3. Si, lorsque la délivrance d'une autorisation administrative est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.

4. Il est constant que, à la date de l'arrêté attaqué, la commune de Puyrolland n'était pas couverte par un document d'urbanisme, de sorte que le maire était tenu de suivre l'avis conforme défavorable du préfet de la Charente-Maritime du 14 décembre 2021. Ainsi les moyens dirigés contre l'arrêté du 14 décembre 2021 du maire de Puyrolland sont en principe inopérants. Toutefois, la société requérante est recevable à contester le bien-fondé de l'avis conforme du préfet sur lequel l'arrêté attaqué se fonde.

5. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

6. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux paysages naturels avoisinants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou s'opposer à une déclaration de travaux ou les assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder un refus de permis de construire ou une opposition à une déclaration de travaux ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis ou la non-opposition, il appartient à l'autorité compétente d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

7. Pour considérer que le projet en cause porterait atteinte aux paysages naturels, le préfet de la Charente-Maritime a relevé que le site d'implantation se situe dans la zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) " Marais des Landes et Coteaux de la Trézence " et qu'elle sera visible depuis l'église de la commune, inscrite en tant que monument historique.

8. D'une part, si les ZNIEFF constituent des outils d'inventaire scientifique du patrimoine naturel qui signalent la présence d'habitats naturels et d'espèces remarquables ou protégées par la loi, elles n'emportent, par elles-mêmes, aucun effet juridique ni sur le territoire ainsi délimité, ni sur les activités humaines qui s'y exercent. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les paysages naturels avoisinants, composés de champs et de paysages boisés, ne présentent pas un intérêt particulier.

9. D'autre part, et en tout état de cause, il ressort du dossier de demande préalable que la requérante a fait le choix d'un pylône de type treillis qui est de nature à atténuer l'impact de la construction sur l'environnement. Enfin, il n'est pas établi par les pièces du dossier que l'installation sera visible depuis l'église de la commune.

10. Il en résulte que la société Hivory est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'illégalité dès lors que le préfet, dans son avis du 14 décembre 2021, a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et a commis une erreur d'appréciation.

11. En second lieu, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

12. La commune de Puyrolland fait valoir que la décision litigieuse est également justifiée par les motifs tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-7 du code de l'urbanisme, en ce que le projet se situe à une distance inférieure à 75 mètres d'une voie de grande circulation, et des articles R. 111-16 et R. 111-17 du même code, en ce que le projet se situe à une distance de la route départementale inférieure à la hauteur du pylône.

13. Aux termes de l'article L. 111-6 du code de l'urbanisme, alors applicable : " En dehors des espaces urbanisés des communes, les constructions ou installations sont interdites dans une bande de cent mètres de part et d'autre de l'axe des autoroutes, des routes express et des déviations au sens du code de la voirie routière et de soixante-quinze mètres de part et d'autre de l'axe des autres routes classées à grande circulation. ". Aux termes de l'article L. 111-7 du même code, alors applicable : " L'interdiction mentionnée à l'article L. 111-6 ne s'applique pas : / () 4° Aux réseaux d'intérêt public ; () ". Aux termes de l'article R. 111-16 de ce code : " Lorsque le bâtiment est édifié en bordure d'une voie publique, la distance comptée horizontalement de tout point de l'immeuble au point le plus proche de l'alignement opposé doit être au moins égale à la différence d'altitude entre ces deux points. Lorsqu'il existe une obligation de construire au retrait de l'alignement, la limite de ce retrait se substitue à l'alignement. Il en sera de même pour les constructions élevées en bordure des voies privées, la largeur effective de la voie privée étant assimilée à la largeur réglementaire des voies publiques. Toutefois une implantation de la construction à l'alignement ou dans le prolongement des constructions existantes peut être imposée. ". Aux termes de l'article R. 111-17 du même code : " A moins que le bâtiment à construire ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à trois mètres. ".

14. Il ressort des pièces du dossier que la station relais projetée, qui participe à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile, constitue un réseau d'intérêt public au sens des dispositions précitées de l'article L. 111-7 du code de l'urbanisme. Par ailleurs, un pylône de télécommunication ne constitue pas un bâtiment au sens des dispositions des articles R. 111-16 et R. 111-17 du code de l'urbanisme. Par suite, la commune de Puyrolland n'est pas fondée à demander que l'un ou l'autre des motifs qu'elle invoque soit substitué à celui qui a fondé l'arrêté attaqué.

15. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté du 14 décembre 2021 n'est pas, en l'état du dossier, de nature à fonder l'annulation de l'arrêté litigieux.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la société Hivory est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2021 par lequel le maire de Puyrolland s'est opposé à sa déclaration préalable de travaux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

17. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision () s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision () d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. () ".

18. Il se déduit de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme que, lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision, réputée exhaustive, et écarté, le cas échéant, les substitutions de motifs qu'elle a pu solliciter en cours d'instance, il peut, même d'office, ordonner à cette autorité de délivrer l'autorisation demandée, sans préjudice du droit de contestation des tiers, lesquels ne pourront alors se voir opposer les termes du jugement contenant cette injonction. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, soit que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

19. Le présent jugement censure les motifs de refus opposés par le maire de Puyrolland à la demande de déclaration préalable de travaux déposée par la société requérante. Il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction que d'autres motifs justifieraient un tel refus ni qu'un changement de circonstances fasse obstacle à la délivrance de l'autorisation sollicitée. Il y a donc lieu d'ordonner au maire de la commune de Puyrolland de délivrer à la société Hivory un arrêté de non-opposition dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Puyrolland la somme de 1 200 euros à verser à la société Hivory au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de la société Hivory, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté n° DP 17294 21 V0009 du 14 décembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Puyrolland de délivrer l'arrêté de non-opposition sollicité par la société Hivory dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Puyrolland versera à la société Hivory la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Puyrolland au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Hivory et à la commune de Puyrolland.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

Mme Dumont, première conseillère,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

G. DUMONT

Le président,

Signé

A. JARRIGE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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