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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200427

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200427

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 14 février 2022 et le 22 février 2024, Mme C A, représentée par la SCP KPL Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2021 par lequel la maire de la commune de Vivonne a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de sa pathologie ;

2°) d'enjoindre à la commune de Vivonne de réexaminer sa demande d'imputabilité au service dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce après la réalisation d'une nouvelle expertise tendant à déterminer sa date de consolidation et son taux d'incapacité permanente partielle et après un nouvel avis de la commission de réforme ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Vivonne une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'arrêté est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés le 21 octobre 2022 et le 8 mars 2024, la commune de Vivonne, représentée par la SCP d'avocats Ten France conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thévenet-Bréchot,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Kolenc-Lebloch, représentant Mme A, et de Me Leeman, représentant la commune de Vivonne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, attachée territoriale, a été recrutée par la commune de Vivonne le 1er août 2019 en qualité de directrice générale des services (DGS). Elle a été placée en arrêt maladie du 5 mai au 30 juin 2020, puis de nouveau à partir du 11 mars 2021. Elle a demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie anxio-dépressive et de la rechute. Le 25 novembre 2021, la commission de réforme a émis un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A, mais a sollicité un complément d'expertise pour déterminer la date de consolidation et évaluer le taux d'incapacité permanente partielle de l'intéressée. Par un arrêté du 15 décembre 2021 dont Mme A demande l'annulation, la maire de Vivonne a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de sa maladie.

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.-Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. () / IV.-Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

4. D'une part, Mme A fait valoir que les élus de la commune de Vivonne avaient la volonté de contrôler totalement le fonctionnement de la mairie de sorte qu'elle était elle-même mise de côté, que cette situation s'est aggravée avec le confinement de mars 2020, et qu'elle a subi de la défiance de la part d'élus et des remarques désobligeantes du maire, ce qui l'a contrainte à se mettre en arrêt de travail le 5 mai 2020. Elle fait également valoir qu'à son retour d'arrêt maladie le 1er juillet 2020, elle a constaté qu'elle était écartée de certaines discussions et n'était plus conviée à des réunions de travail auxquelles elle participait auparavant en tant que DGS. Elle soutient enfin qu'elle a occupé pendant 22 ans des postes de direction générale des services sans aucune difficulté. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats établis les 18 mars et 5 mars 2021 par le Dr D, médecin traitant de Mme A, que la requérante présente un " état anxiodépressif réactionnel à sa situation professionnelle ". Dans son rapport du 7 septembre 2021, le Dr B, psychiatre expert, conclut que l'intéressée présente un " état anxiodépressif en rémission partielle () imputable au service " et relève l'absence d'antécédent.

5. Toutefois, tant les certificats médicaux que le rapport d'expertise reprennent les dires de Mme A sur la situation conflictuelle au sein de la commune, qui n'est corroborée par aucune pièce du dossier. En revanche, il ressort du compte-rendu d'entretien professionnel établi au titre de l'année 2020 et du courrier du 24 décembre 2020 par lequel la maire de la commune de Vivonne a expliqué les raisons pour lesquelles elle refusait de faire droit à la demande de révision de celui-ci, que Mme A a fait preuve d'un manque d'initiatives et d'implication dans ses missions et d'un manque de communication avec les élus et avec les agents placés sous son autorité. Dans ses conditions, les insuffisances professionnelles de l'agent doivent être regardées comme la cause déterminante de la dégradation de ses conditions de travail et sont constitutives d'un fait personnel de nature à détacher la maladie du service. Par suite, l'arrêté en litige n'est entaché d'aucune erreur de fait ni d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme sollicitée par la commune sur ce même fondement.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vivonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de Vivonne.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

A. THEVENET-BRECHOTLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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