lundi 25 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200429 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DESROCHES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 février 2022, M. A B, représenté par Me Desroches, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 par lequel le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence pour une durée de 180 jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B soutient que :
- sa requête n'est pas tardive ;
- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;
- la décision d'assignation est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen approfondi de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de la nécessaire prise en compte de la durée de la précédente assignation dont il a fait l'objet ;
- l'assignation à résidence est entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa situation dès lors qu'il dispose de garanties de représentation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de justification de la notification de l'obligation de quitter le territoire ;
- l'assignation d'une durée de 180 jours est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que l'impossibilité de regagner son pays d'origine n'est pas avérée et que la mesure est contraignante et qu'elle a des conséquences sur sa liberté d'aller et de venir alors que la précédente assignation à résidence avait été prise pour une durée de 45 jours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Cristille a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 30 juin 1999, est entré régulièrement en France le 6 juillet 2018 muni d'un visa de court séjour. L'intéressé qui s'est maintenu irrégulièrement en France à l'expiration de son visa a fait l'objet le 23 avril 2021 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination, assorti d'une interdiction de retour de deux ans. M. B a été assigné à résidence pour une durée de 180 jours par un arrêté en date du 26 octobre 2021, suivi d'un autre arrêté du 6 janvier 2022 l'assignant à résidence pour une durée de 45 jours. Le 26 janvier 2022, le requérant a sollicité un changement d'adresse de son lieu d'assignation à résidence. Par un arrêté du 11 février 2022 dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Vienne l'a assigné à résidence dans le département de la Vienne sur le territoire de la commune de Poitiers pour une durée de 180 jours.
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture de la Vienne. Celle-ci a par un arrêté préfectoral n°2021-SG-DCPPAT-021 en date du 27 août 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département de la Vienne, reçu délégation de signature à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté.
3. L'arrêté prononçant l'assignation à résidence de M. B vise notamment l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il reprend la teneur ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise les éléments de faits et de droit sur lesquels il se fonde en indiquant que l'intéressé a fait l'objet le 23 avril 2021 d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire avec interdiction de retour sur le territoire français de deux ans, qu'il est en possession d'un passeport algérien en cours de validité, qu'il est nécessaire de prévoir l'organisation matérielle du départ, que la crise sanitaire a ralenti les délais d'obtention d'un " routing " vers l'Algérie et que M. B dispose de garanties de représentation dès lors qu'il réside chez Mme C à Poitiers. Cette motivation a permis au requérant de connaître, à la seule lecture de l'arrêté, les raisons pour lesquelles il fait l'objet d'une telle mesure. L'arrêté attaqué est ainsi suffisamment motivé en fait et en droit alors même qu'il n'y est pas fait état des précédentes mesures d'assignation à résidence imposées au requérant ni de l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle. Cette motivation qui contrairement à ce qui est soutenu n'est pas identique à celle de l'arrêté d'assignation à résidence du 6 janvier 2022 révèle un examen particulier de la situation de M. B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision d'assignation à résidence et du défaut d'examen de la situation du requérant doivent être écartés.
4. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ;/
2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; / 3° L'étranger doit être éloigné pour la mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, en application de l'article L. 615-1 ; / 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 ; / 5° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de circulation sur le territoire français en application de l'article L. 622-1 ; () ". Aux termes de l'article L. 732-4 du même code : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. / Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige a été pris sur le fondement des dispositions précitées des 1° et 2° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non, ainsi que l'indique à tort le requérant, sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-1 de ce code. Si le requérant a entendu soutenir qu'ayant fait l'objet d'une précédente assignation à résidence d'une durée de 45 jours par arrêté du 6 janvier 2022, il ne pouvait être assigné à résidence pour une durée de 180 jours sans que ne soit méconnue la durée maximale prévue pour l'assignation à résidence par l'article L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier que les deux mesures d'assignation en cause reposent sur des fondements juridiques distincts et des finalités différentes et que l'arrêté attaqué du 11 février 2022 ne correspond pas au renouvellement d'une assignation de 45 jours. Par suite, le moyen tiré de ce que la mesure d'assignation en litige serait entachée d'une erreur de droit doit être écarté.
6. M. B soutient qu'il n'est pas justifié ni démontré qu'il existerait une perspective raisonnable de mise en œuvre de la mesure d'éloignement prise à son encontre alors qu'il justifie de garanties de représentation suffisantes. Toutefois, les dispositions précitées de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent justement d'assigner un ressortissant étranger faisant notamment l'objet d'une obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire n'a pas été accordé dans l'attente de l'existence d'une perspective raisonnable d'exécution de son obligation. Par suite, le préfet de la Vienne n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. La circonstance que M. B dispose de garanties de représentation effectives est sans incidence sur la légalité de la mesure d'assignation contestée dans la mesure où l'absence de ces garanties ne constitue pas une des conditions propres à justifier une telle mesure en vertu des dispositions de l'article L. 731-3 précitées. Ainsi, le préfet de la Vienne a pu prendre une telle mesure sans commettre d'erreur dans l'appréciation de la situation de M. B.
8. Il ressort des mentions figurant sur l'arrêté du 23 avril 2021 du préfet de la Marne faisant obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai que le requérant a reçu notification de cet acte le 23 avril 2021 à 15h45 en présence d'un interprète. Le moyen tiré de l'absence de fondement légal à la mesure d'assignation en l'absence de preuve de la notification régulière de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
9. Il ressort des pièces du dossier, notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que le préfet a justifié la durée de six mois retenue pour l'assignation à résidence par les difficultés des liaisons aériennes entre le France et l'Algérie liées à la situation sanitaire et par la circonstance que le requérant était dans l'impossibilité de quitter le territoire français et qu'ainsi il convenait de l'autoriser à y rester. En se bornant à alléguer qu'" un ralentissement des routings n'est pas suffisant pour justifier d'une mesure aussi restrictive ", et que dans la même situation, il avait fait l'objet précédemment d'une assignation à résidence d'une durée de 45 jours, M. B n'établit pas que la durée de l'assignation à résidence serait excessive, ni que l'obligation de résider dans le département de la Vienne pendant cette durée constituerait une mesure disproportionnée au regard des buts pour lesquels elle a été prise.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Vienne.
Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Thévenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Mis à disposition, le 25 septembre 2023
Le président-rapporteur,
Signé
P. CRISTILLEL'assesseure la plus ancienne,
Signé
THEVENET-BRECHOT
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026