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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200474

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200474

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200474
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL OCEANIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers (2ème chambre) a rejeté la requête de M. et Mme A, qui demandaient l'annulation de la décision du maire de Saint-Sornin s'opposant à leur déclaration préalable pour l'installation de huit panneaux photovoltaïques sur leur maison située dans un site classé. Le tribunal a jugé que le maire était en situation de compétence liée pour s'opposer au projet en l'absence d'accord du préfet, requis par les articles R. 425-17 du code de l'urbanisme et L. 341-10 du code de l'environnement. Il a estimé que le refus du préfet n'était pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation, car le remplacement des tuiles par des panneaux photovoltaïques portait atteinte à l'aspect homogène et cohérent du site classé. Les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de justice ont également été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 18 février, 6 mai et 29 août 2022, ainsi qu'un mémoire enregistré le 26 septembre 2023 qui n'a pas été communiqué, M. et Mme B A, représentés par la SELARL Océanis Avocats, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 septembre 2021 par laquelle le maire de Saint-Sornin s'est opposé à leur déclaration préalable de travaux pour l'installation de huit panneaux photovoltaïques, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux née le 3 janvier 2022 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Sornin de prendre une décision de non-opposition à leur déclaration préalable ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Sornin la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Sornin les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est illégale dès lors que l'arrêté préfectoral du 2 septembre 2021 s'opposant aux travaux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, leur projet, qui n'est pas en covisibilité, ne portant pas atteinte à l'aspect du site classé et le préfet n'ayant pas statué sur l'insertion de ce projet dans l'environnement ;

- leur projet respecte les dispositions du plan local d'urbanisme en vigueur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2022, la commune de Saint-Sornin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

La requête a été communiquée au préfet de la Charente-Maritime qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- et les observations de Me Viel, représentant M. et Mme B A.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B A sont propriétaires d'une parcelle cadastrée section A n° 799, située au lieu-dit " Broue ", sur le territoire de la commune de Saint-Sornin (Charente-Maritime). Cette parcelle fait partie du site classé de l'ancien golfe de Saintonge dit " C ". Le 3 août 2021, M. et Mme B A ont déposé un dossier de déclaration préalable pour l''installation de huit panneaux photovoltaïques sur la toiture de leur maison d'habitation. Le 2 septembre 2021, le préfet de la Charente-Maritime, saisi en application de l'article R. 425-17 du code de l'urbanisme, a refusé de donner son accord à ce projet. Par une décision du 9 septembre 2021, le maire de la commune de Saint-Sornin s'est opposé aux travaux objets de la déclaration préalable. Par la présente requête, M. et Mme B A demandent l'annulation de cette décision, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux née le 3 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R*425-17 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans un site classé ou en instance de classement, la décision prise sur la demande de permis ou sur la déclaration préalable ne peut intervenir qu'avec l'accord exprès prévu par les articles L. 341-7 et L. 341-10 du code de l'environnement : a) Cet accord est donné par le préfet () après avis de l'architecte des Bâtiments de France, lorsque le projet fait l'objet d'une déclaration préalable () ". Aux termes de l'article L. 341-10 du code de l'environnement : " Les monuments naturels ou les sites classés ne peuvent ni être détruits ni être modifiés dans leur état ou leur aspect sauf autorisation spéciale () ". Aux termes de l'article R. 341-10 du même code : " L'autorisation spéciale prévue aux articles L. 341-7 et L. 341-10 du présent code est délivrée par le préfet lorsqu'elle est demandée pour les modifications à l'état des lieux ou à leur aspect résultant : () 2° des constructions, travaux ou ouvrages soumis à déclaration préalable en application des articles R. 421-9 à R. 421-12 et R. 421-17 et R. 421-23 du code de l'urbanisme ".

3. Il résulte de ces dispositions que la décision de non-opposition à déclaration préalable est subordonnée, lorsque les travaux envisagés sont situés dans un site classé, à l'accord du préfet, après avis de l'Architecte des Bâtiments de France. En l'absence d'accord du préfet, le maire est, en principe, en situation de compétence liée pour s'opposer à la déclaration préalable.

4. Si, lorsque la délivrance d'une autorisation administrative est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.

5. En l'espèce, le maire de Saint-Sornin s'est opposé à la déclaration préalable au motif que le préfet de la Charente-Maritime n'avait pas donné son accord à la réalisation des travaux et a repris les éléments de l'analyse faite par celui-ci. Pour refuser cette autorisation, le préfet, reprenant l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France, a retenu que le remplacement des tuiles de terre cuite, lesquelles sont partie intégrante du site classé, par des panneaux plans, lisses, brillants et de couleur noire-bleutée remettrait en cause la qualité du paysage cohérent et homogène constituant le caractère du site classé.

6. Le classement d'un site sur le fondement des dispositions figurant au code de l'environnement n'a ni pour objet ni pour effet d'interdire toute réalisation d'équipement, construction ou activité économique dans le périmètre de classement, mais seulement de soumettre à autorisation tout aménagement susceptible de modifier l'état des lieux. Pour apprécier la légalité d'une décision refusant une telle autorisation, il appartient au juge administratif d'apprécier l'impact sur le site de l'opération, eu égard à sa nature, à son ampleur et à ses caractéristiques, en tenant compte de la superficie du terrain concerné par les travaux à l'intérieur du site ainsi que, le cas échéant, de la nature des compensations apportées à l'occasion de l'opération et contribuant, à l'endroit des travaux ou ailleurs dans le site, à l'embellissement ou l'agrandissement du site.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté en défense, que l'installation de huit panneaux photovoltaïques de couleur noire en surimposition à la toiture pour une surface totale de 14 mètres carrés projetée par les requérants ne sera visible ni de la route, ni des espaces naturels avoisinants et ne sera pas davantage visible depuis la Tour de Broue, classée à l'inventaire des monuments historiques. Compte tenu de cette absence de covisibilité avec les principaux éléments architecturaux ou paysages typiques du site classé, des caractéristiques du projet et de sa localisation, les requérants sont fondés à soutenir que la décision du 2 septembre 2021 du préfet de la Charente-Maritime est entachée d'une erreur d'appréciation et que la décision du 9 septembre 2021 du maire de Saint-Sornin s'opposant par voie de conséquence à la déclaration préalable de travaux est pour ce motif entachée d'illégalité.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4 du code de l'urbanisme, l'autre moyen de la requête n'apparaît pas de nature à entraîner l'annulation de la décision litigieuse.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B A sont fondés à solliciter l'annulation de la décision du 9 septembre 2021 s'opposant à leur déclaration préalable de travaux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".

11. Le présent jugement annule le refus que le maire de Saint-Sornin a opposé à la déclaration préalable de travaux en censurant son unique motif. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un autre motif aurait pu fonder cette opposition ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement fasse obstacle à la réalisation du projet des requérants. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire de Saint-Sornin de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable de travaux effectuée par les requérants dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Sornin la somme de 1 200 euros à verser à M. et Mme B A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

13. Aucun dépens n'ayant été exposé dans le cadre de la présente instance, les conclusions présentées à ce titre par les requérants ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 septembre 2021 par laquelle le maire de Saint-Sornin s'est opposé à la déclaration préalable de travaux de M. et Mme B A pour l'installation de huit panneaux photovoltaïques est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Saint-Sornin de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable de travaux effectuée M. et Mme B A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Saint-Sornin versera à M. et Mme B A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B A et à la commune de Saint-Sornin.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

Mme Boutet, première conseillère,

Mme Dumont, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

G. DUMONT

Le président,

Signé

A. JARRIGE

La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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