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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200477

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200477

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200477
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDENIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 février 2022, et des pièces complémentaires enregistrées le 7 avril 2023, M. B D, représenté par Me Denis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 septembre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a refusé de lui accorder la qualité d'apatride ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFPRA de réexaminer sa demande de se voir accorder la qualité d'apatride.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale, dès lors qu'elle est fondée sur les articles L. 812-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, qui n'étaient plus en vigueur à la date à laquelle elle a été prise ;

- elle procède d'erreurs d'appréciation quant à son état-civil, sa provenance géographique et l'attestation produite par la ville de Niksic, dont l'OFPRA remet en question la valeur probante sans fondement ;

- elle méconnaît les réglementations monténégrine et kosovare concernant ses possibilités d'obtenir la nationalité des deux Etats dont elles émanent.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2022, l'OFPRA, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative au statut des apatrides, signée à New York le 28 septembre 1954 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gibson-Théry,

- et les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, qui déclare être né le 21 novembre 1993 à Kosovska Mitronica, en ex-Yougoslavie, actuel Kosovo, d'un père monténégrin, serait entré en France le 21 juillet 2005. Dépourvu de document de voyage, le renouvellement de son titre de séjour lui a été refusé par le préfet de la Charente-Maritime. Le 24 avril 2020, il a demandé la reconnaissance de la qualité d'apatride. Par une décision du 12 août 2021, dont M. D demande l'annulation, le directeur général de l'OFPRA a rejeté sa demande.

2. En premier lieu, par une décision du 3 mai 2021, régulièrement publiée sur le site Internet de l'OFPRA le 4 mai 2021, Mme C A, attachée d'administration de l'Etat, cheffe de bureau, a reçu délégation de signature du directeur de l'OFPRA à l'effet de signer tous actes individuels pris en application, notamment, de l'article L. 582-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée a été prise sur le fondement des articles L. 812-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'étaient plus en vigueur à la date à laquelle elle a été prise, il ressort toutefois de la décision contestée qu'elle a été prise au visa des articles L. 582-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ont remplacé les articles L. 812-1 et suivants sans en modifier la rédaction. Dans ces conditions, la mention de ces articles à la fin de la décision relève d'une simple erreur de plume qui n'a pas d'incidence sur la légalité de la décision en litige. Le moyen tiré de son défaut de base légale doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York, du 28 septembre 1954, relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ". L'article 1er de la convention relative au statut des apatrides, signée à New York le 28 septembre 1954, stipule : " 1. Aux fins de la présente Convention, le terme " apatride " désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation ". Il incombe à toute personne se prévalant de la qualité d'apatride d'apporter la preuve qu'en dépit de démarches répétées et assidues, le ou les Etats de la nationalité desquels elle se prévaut ont refusé de donner suite à ses démarches.

5. Pour refuser, par la décision attaquée, de reconnaître à M. D le statut d'apatride, le directeur de l'OFPRA s'est tout d'abord fondé sur l'absence de preuve de son identité, de son état-civil et de sa provenance de Kosovska Mitrovica alors que celle de ses parents n'a pas été tenue pour établie dans le cadre de leur propre demande d'asile notamment en raison de la présence de son père en Italie en 1990, ainsi que sur la présence de traces de grattage sur l'original de l'acte de naissance de l'intéressé dont seule une copie est produite. L'OFPRA a également relevé que M. D, né de deux citoyens yougoslaves de la République socialiste du Monténégro, serait fondé à se prévaloir, soit de la nationalité monténégrine, en l'absence de valeur probante de l'attestation de la ville de Niksic selon laquelle il ne serait pas inscrit dans les registres de nationalité de cette ville, soit de la nationalité kosovare, dès lors qu'il déclare qu'il résidait au Kosovo à la date du 1er janvier 1998.

6. En premier lieu, afin de justifier de son identité et de son état-civil, le requérant se borne à produire la copie d'un acte de naissance et à alléguer l'absence de tenue rigoureuse des registres d'état-civil de l'ex-Yougoslavie qui n'appliquait pas le " droit du sang ". Ce faisant, M. D n'établit pas avoir tenté d'obtenir un nouvel acte de naissance ou un duplicata auprès des autorités compétentes sur son lieu de naissance présumé. Dans ces conditions, il ne démontre pas, à supposer même, ainsi qu'il le soutient, que le document original, dépourvu de traces de grattage, soit authentique, et que son père ait effectué des allers-retours entre l'Italie et l'ex-Yougoslavie dans les années 1990, être la personne concernée par cet acte. Le moyen tiré des erreurs d'appréciation que le directeur de l'OFPRA aurait commises en refusant d'accorder à M. D le statut d'apatride doit, dès lors, être écarté.

7. En deuxième lieu, si M. D soutient que l'OFPRA s'est référé, à tort, à la loi sur la citoyenneté de la République socialiste du Monténégro du 27 mai 1975 pour en conclure qu'il était éligible à la nationalité monténégrine, au lieu de se fonder sur la loi relative à la nationalité de mars 2008 de cet Etat, il ressort toutefois de la copie de l'acte de naissance dont le requérant entend se prévaloir que l'original de cet acte, daté du 18 avril 2005 soit avant l'adoption de la loi de 2008, comporte, comme le relève l'OFPRA sans que le requérant ne le conteste, dans la rubrique relative à la " nationalité ", la mention " SR.SRG ", correspondant à la nationalité monténégrine. A cet égard, à supposer même que l'attestation de la ville de Niksic, située au Monténégro, soit authentique et que M. D n'ait pas été inscrit sur les registres d'état-civil de cette commune, cette circonstance n'est pas de nature à remettre en question l'appréciation portée par l'OFPRA sur l'éligibilité du requérant à la nationalité de l'Etat monténégrin, dès lors que la validité de d'une telle attestation ne s'étend pas à l'ensemble du territoire de cet Etat. Par suite, et alors que M. D ne démontre pas que la mise en œuvre de la loi de mars 2008 invoquée aurait fait obstacle à son égard à l'octroi de la nationalité du Monténégro, le moyen tiré de la méconnaissance de la législation monténégrine par la décision en litige doit être écarté.

8. En troisième lieu, si M. D soutient ne pouvoir apporter la preuve d'une résidence permanente au Kosovo au 1er janvier 1998 lui permettant, en application de la législation kosovare, d'acquérir la nationalité kosovare, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait effectué une quelconque démarche auprès des autorités consulaires ou étatiques du Kosovo pour en obtenir la nationalité. Dans ces conditions, l'OFPRA n'a pas entaché sa décision de refus du statut d'apatride d'erreur de droit en opposant à M. D sa potentielle éligibilité à la citoyenneté de la République du Kosovo sur le fondement de l'article 32 de la loi du 31 juillet 2013 sur la citoyenneté kosovare.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 16 septembre 2021 par laquelle le directeur général de l'OFPRA a refusé d'accorder à M. D la qualité d'apatride doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'il a présentées à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

Le président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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