jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200521 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | COTTET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 février 2022, M. C B, représenté par Me Cottet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 décembre 2021 par laquelle la préfète de la Vienne a refusé la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de sa fille, A B ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Vienne de réexaminer la situation de l'intéressée et de lui délivrer, dans l'attente, un document temporaire de circulation pour étranger mineur, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît, d'une part, les dispositions de l'article L. 321-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 414-4 de ce code, applicables à la situation de sa fille dès lors qu'elles lui sont plus favorables que celles de l'article 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et, d'autre part, l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en instituant une discrimination entre les mineurs algériens et les autres mineurs étrangers ;
- elle entrave le droit de sa fille à quitter le territoire français tel qu'il est garanti par l'article 2-2 du protocole n° 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 11 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gibson-Théry a été entendu au cours de l'audience publique :
Considérant ce qui suit :
1. M. B a demandé le 4 octobre 2021 la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de sa fille, A B, sur le fondement des stipulations de l'article 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par une décision du 22 décembre 2021, dont M. B demande au tribunal l'annulation, la préfète de la Vienne a refusé de lui délivrer le document sollicité.
2. En premier lieu, par un arrêté du 27 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne, Mme Pascale Pin, secrétaire générale de la préfecture, a reçu délégation de signature par la préfète de la Vienne à l'effet de signer tous actes relevant de la mise en œuvre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, la décision en litige cite les dispositions de l'article 10 de l'accord franco-algérien précité, applicable aux demandes de document de circulation pour étrangers mineurs algériens, et précise en quoi la fille du requérant ne remplit pas les conditions énoncées par cet article pour se voir délivrer le document sollicité. Par suite, et alors que l'absence de mention de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, relevée par le requérant, n'a pas d'incidence sur la légalité de la décision en litige, celle-ci comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde et est, dès lors, suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les mineurs algériens de dix-huit ans résidant en France, qui ne sont pas titulaires d'un certificat de résidence reçoivent sur leur demande un document de circulation pour étrangers mineurs qui tient lieu de visa lorsqu'ils relèvent de l'une des catégories mentionnées ci-après : a) Le mineur algérien dont l'un au moins des parents est titulaire du certificat de résidence de dix ans ou du certificat d'un an et qui a été autorisé à séjourner en France au titre de regroupement familial ; b) Le mineur qui justifie, par tous moyens, avoir sa résidence habituelle en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de dix ans et pendant une durée d'au moins six ans ; c) Le mineur algérien entré en France pour y suivre des études sous couvert d'un visa d'une durée supérieure à trois mois ; d) Le mineur algérien né en France dont l'un au moins des parents réside régulièrement en France ".
5. D'une part, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié régit de manière complète les conditions d'entrée et de séjour des ressortissants algériens sur le territoire français. Les conditions de circulation des Algériens mineurs sont ainsi exclusivement régies par les stipulations précitées de l'article 10 de cet accord. Dès lors, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 321-4, devenu L. 414-4, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. D'autre part, le b) de l'article 10 de cet accord prévoit la délivrance d'un document de circulation pour mineur étranger au profit des mineurs qui justifient d'une résidence habituelle en France depuis qu'ils ont atteint au plus l'âge de dix ans et pendant une durée d'au moins six ans tandis que les dispositions du 8° de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient la délivrance d'un tel document pour les mineurs entrés en France avant l'âge de treize ans sous couvert d'un visa d'une durée supérieure à trois mois et justifiant avoir résidé habituellement en France depuis. Si M. B soutient que les dispositions de l'accord de franco-algérien sont ainsi moins favorables que celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'instaurent pas de condition de durée minimum de résidence en France, il ne démontre pas que la différence de traitement ainsi opérée par cet accord, ne soit pas assortie de justifications objectives et raisonnables. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 14 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de 1 'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de délivrance d'un document de circulation au bénéfice d'un étranger mineur qui n'appartient à aucune des catégories prévues par les textes, de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que le refus de délivrer ce document ne méconnaît pas lesdites stipulations.
8. L'intérêt supérieur d'un étranger mineur qui ne remplit pas les conditions légales pour bénéficier du document de circulation, lequel ne constitue pas un titre de séjour mais est destiné à faciliter le retour sur le territoire national, après un déplacement hors de France, des mineurs étrangers y résidant, s'apprécie au regard de son intérêt à se rendre hors de France et à pouvoir y revenir sans être soumis à l'obligation de présenter un visa.
9. En l'espèce, la décision en litige, qui n'empêche pas la jeune A de poursuivre sa scolarité en France, n'a pas non plus pour effet de la séparer de ses parents, qui résident régulièrement en France. Si M. B soutient que l'absence de document de circulation pour étrangers mineurs pourrait empêcher sa fille de se rendre en Algérie compte tenu du caractère lourd et aléatoire de la procédure de demande de visa, il n'établit ni la réalité d'un ou plusieurs voyages projetés vers l'Algérie auxquels la famille aurait dû renoncer, ni des difficultés que sa fille A aurait pu rencontrer pour obtenir un visa. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision du 22 décembre 2021 méconnaîtrait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
10. Pour les mêmes raisons, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 2 de l'article 2 du protocole n° 4 à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatives à la liberté de circulation et de celle de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatives au droit au respect de la vie privée et familiale, doivent être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 22 décembre 2021 par laquelle la préfète de la Vienne a refusé la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur au bénéfice de la fille du requérant, A B ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Vienne.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bruston, présidente,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERY
Le président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026