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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200547

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200547

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200547
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARINE BAUDRY AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er mars 2022, M. D B et M. C A, représentés par Me Baudry, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2021 par lequel le maire d'Echillais a retiré le permis de construire n° PC 01714620R0037 délivré le 16 juin 2021 à M. A pour la construction d'une maison individuelle avec garage 10 rue de la Noraudière, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 1er janvier 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2021 par lequel le maire d'Echillais a refusé de délivrer le permis de construire n° PC 01714620R0037 à M. A, ainsi que la décision du 8 février 2022 rejetant son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, à la commune d'Echillais de délivrer le permis de construire n° PC 017 146 20 R0037 ou, à titre subsidiaire, d'instruire de nouveau la demande correspondante, dans un délai que fixera la juridiction, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de condamner la commune d'Echillais aux entiers dépens ;

5°) de mettre à la charge de la commune d'Echillais la somme de 2 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté du 2 septembre 2021 a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le délai qui a été accordé à M. A pour formuler ses observations était insuffisant ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- le permis du 16 juin 2021 étant légal, il ne pouvait être retiré au regard des dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme ;

- la décision implicite de rejet du recours gracieux du 1er janvier 2022 et l'arrêté du 22 novembre 2021 refusant la délivrance d'un permis de construire, ensemble la décision du 8 février 2022 rejetant le recours gracieux de M. A, doivent être annulés par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté du 2 septembre 2021 ;

- les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- elles ont été prises en méconnaissance des dispositions du deuxième l'alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit, dès lors que le préfet de la Charente-Maritime n'a pas vérifié l'application du deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme et a appliqué à tort les dispositions de l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit, dès lors que le préfet conclut que la décision de non-opposition à la déclaration préalable de 2017 serait périmée en l'absence d'exécution des travaux dans un délai de trois ans, qu'il ne pourrait y avoir de cristallisation des règles d'urbanisme et que les dispositions de l'article Un 2 du plan local d'urbanisme approuvé en 2019 seraient applicables.

Par des pièces enregistrées le 31 octobre 2024 et un mémoire en défense enregistré le 6 novembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'ont pas été communiqués, la commune d'Echillais conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boutet,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- les observations de Me Normand de la Tranchade, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 16 juin 2021, le maire de la commune d'Echillais a délivré à M. A, signataire d'un compromis de vente de la parcelle cadastrée section BD n° 116 appartenant à M. B, un permis de construire n° PC 01714620R0037 autorisant la construction d'une maison individuelle avec garage. Par une lettre d'observation valant recours gracieux en date du 28 juillet 2021, le sous-préfet de l'arrondissement de Rochefort a sollicité le retrait de ce permis de construire. Par un premier arrêté en date du 2 septembre 2021, le maire d'Echillais a procédé au retrait du permis de construire délivré le 16 juin 2021. Puis, par un second arrêté du 22 novembre 2021, il a refusé de délivrer ce même permis de construire. Par la présente requête, M. B et M. A demandent l'annulation de ces deux arrêtés, ainsi que des décisions de rejet de leurs recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 septembre 2021 portant retrait du permis de construire délivré le 16 juin 2021 :

2. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. ".

3. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits. () ".

4. La décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire du permis de construire d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. La décision de retrait d'un permis de construire est ainsi illégale s'il ressort des circonstances de l'espèce que le titulaire de ce permis a été effectivement privé de cette garantie.

5. Par un courrier daté du 1er septembre 2021, la commune a informé M. A de son intention de retirer le permis de construire délivré le 16 juin 2021 et lui a laissé un délai de quinze jours pour produire ses observations. Toutefois, la décision de retrait de ce permis a été prise dès le lendemain, par un arrêté du 2 septembre 2021. Dès lors, M. A n'a pas bénéficié d'un délai suffisant pour lui permettre de présenter utilement ses observations, et les requérants sont, par suite, fondés à soutenir que la décision de retrait en litige méconnait les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et doit être annulée.

6. Pour l'application des dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision en litige.

En ce qui concerne l'arrêté du 22 novembre 2021 portant refus de délivrance d'un permis de construire :

7. L'annulation de la décision de retrait du 2 septembre 2021 a pour conséquence de rétablir dans l'ordonnancement juridique le permis de construire délivré le 16 juin 2021. L'existence de cette autorisation d'urbanisme prive d'effet l'arrêté du 22 novembre 2021, par lequel le maire d'Echillais a refusé d'accorder à M. A un permis de construire portant sur le même projet. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de ce dernier arrêté sont sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Compte tenu de l'annulation de la décision de retrait du 2 septembre 2021, les requérants sont titulaires du permis de construire délivré le 16 juin 2021. Par suite, il n'y a pas lieu d'enjoindre au maire d'Echillais de délivrer ce permis de construire.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Echillais la somme globale de 1 200 euros à verser à M. B et M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

10. Aucun dépens n'ayant été exposé dans le cadre de la présente instance, les conclusions présentées à ce titre par les requérants ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 2 septembre 2021 par lequel le maire d'Echillais a procédé au retrait du permis de construire délivré le 16 juin 2021 est annulé.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2021 portant refus de délivrance d'un permis de construire.

Article 3 : La commune d'Echillais versera à M. B et à M. A la somme globale de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, premier dénommé et à la commune d'Echillais.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Bris, présidente,

Mme Boutet, première conseillère,

Mme Balsan, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. BOUTET

La présidente,

Signé

I. LE BRISLe greffier,

Signé

S. GAGNAIRE

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier en chef

Signé

S. GAGNAIRE

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