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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200548

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200548

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200548
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL MALARD & JAOUACHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er mars 2022, M. C D, représenté par la SELARL Malard et Jaouachi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2021 par lequel la préfète de la Vienne lui a ordonné de se dessaisir de ses armes, lui a interdit de détenir une arme, l'a inscrit au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes et lui a retiré son permis de chasser ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Vienne de lui rendre son permis de chasse et de supprimer l'inscription de son nom sur le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure compte tenu de la nature, de l'ancienneté et du caractère isolé des faits qui lui sont reprochés.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2022, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boutet,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 21 juin 2021, la préfète de la Vienne a ordonné à M. D de se dessaisir de ses armes dans un délai de trois mois et lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes et des munitions quelle que soit leur catégorie et a retiré la validation de son permis de chasser. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article de L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par l'une des autorités administratives mentionnées à l'article 1er comporte, outre la signature de son auteur la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

3. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué qu'il a été signé par Mme B A, directrice de cabinet de la préfète de la Vienne à laquelle, par arrêté n° 2021-SG-03-26-00003 du 26 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, la préfète de la Vienne a délégué sa signature en ce qui concerne les dossiers relatifs à la réglementation des armes, notamment les dessaisissements. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure : " L'autorité administrative peut interdire l'acquisition et la détention des armes, munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C aux personnes dont le comportement laisse craindre une utilisation dangereuse pour elles-mêmes ou pour autrui ". Aux termes de l'article L. 312-11 du même code, dans sa version applicable au présent litige : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. / Le dessaisissement consiste soit à vendre l'arme les munitions et leurs éléments à une personne titulaire de l'autorisation, mentionnée à l'article L. 2332-1 du code de la défense, ou à un tiers remplissant les conditions légales d'acquisition et de détention, soit à la remettre à l'Etat. Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités du dessaisissement. / Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'Etat dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments ". Enfin, il résulte des articles L. 312-16 et R. 312-77 de ce même code qu'un fichier national automatisé nominatif mis en œuvre par le ministère de l'intérieur, dénommé " fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) ", recense notamment les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3-1. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-15 du code de l'environnement : " Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser : () 9° Ceux qui sont inscrits au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes visé à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure. () ". Aux termes de l'article R. 423-24 de ce code : " Lorsque le préfet est informé du fait que le titulaire d'un permis de chasser revêtu de la validation annuelle ou temporaire se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 423-15 ou à l'article L. 423-25, il procède au retrait de la validation. Lorsque le préfet retire la validation du permis de chasser, le titulaire doit lui remettre son document de validation. Le droit de timbre, les redevances cynégétiques, les cotisations, les contributions et les participations acquittés ne sont pas remboursés ".

5. Pour ordonner à M. D de se dessaisir des armes en sa possession, la préfète de la Vienne s'est fondé sur le procès-verbal de renseignement administratif établi par la gendarmerie nationale le 1er avril 2021, indiquant que l'intéressé est connu des services de police pour des faits de violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours commis le 14 mai 2016, ainsi que des faits antérieurs de violences volontaires aggravées, ce qui laisse craindre une utilisation dangereuse pour lui-même ou pour autrui des armes qu'il détient. Le requérant fait valoir l'ancienneté des faits qui lui sont reprochés, soit cinq ans à la date de la décision attaquée, et leur caractère isolé. Le requérant soutient en outre que les faits qui lui sont reprochés n'auraient consisté qu'en une " altercation verbale et des coups de pieds ", et qu'il n'a employé aucune arme alors que sa victime était armée d'une matraque dont elle se serait servie contre lui avant de chuter. Il n'apporte toutefois aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations relatives à cette altercation, ni aucune précision sur les suites données par la justice à ce comportement, alors que la préfète indique que les faits en question ont fait l'objet d'une inscription au bulletin n°2 du casier judiciaire de l'intéressé qui a été constatée dans le cadre d'une enquête administrative diligentée le 21 octobre 2020 mais qui a depuis été effacée. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Vienne a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure en prenant la décision en litige.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris les conclusions qu'il a présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à la SELARL Malard et Jaouachi et au préfet de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

Mme Boutet, première conseillère,

Mme Dumont, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

M. BOUTET

Le président,

Signé

A. JARRIGELa greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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