vendredi 5 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200687 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LELONG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mars 2022, un mémoire complémentaire enregistré le 31 mai 2022 et un mémoire en réplique enregistré le 6 juillet 2022, M. G, représenté par Me Lelong, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2022 par lequel la préfète de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de dix jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un réexamen de sa demande en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dès le prononcé du jugement, sous la même condition d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des écritures produites en défense par l'administration ;
- il n'est pas justifié de l'identité, de la qualité et de la compétence du signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- il n'est pas justifié de la délégation de signature donnée au signataire de cette décision ;
- cette décision est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au respect dû à sa vie privée et a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi a été prise par une autorité incompétente, sans qu'il soit possible de connaître l'identité et la qualité de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est rendue illégale par l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision par laquelle il a été privé d'un délai de départ volontaire a été prise par une autorité incompétente, sans qu'il soit possible de connaître l'identité et la qualité de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle n'est pas motivée et n'est pas justifiée par les circonstances de fait ;
- elle est disproportionnée au regard de sa situation personnelle ;
- la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente, sans qu'il soit possible de connaître l'identité et la qualité de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 41 (alinéa 2) de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et en violation du principe du contradictoire ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- elle porte une atteinte disproportionnée au respect dû à sa vie privée et familiale ;
- la préfète de la Vienne s'est crue à tort en situation de compétence liée ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2022, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant roumain né en novembre 1979, est entré en France, selon ses déclarations, en septembre 2017. Par un arrêté prononcé le 2 avril 2021, la préfète de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, la préfète de la Vienne l'a assigné à résidence. Par un jugement prononcé le 6 avril 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Poitiers a rejeté le recours de M. B contre les arrêtés de la préfète de la Vienne du 2 avril 2021. Par un arrêt du 17 novembre 2021, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé ce jugement seulement en ce qu'il a rejeté les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision par laquelle la préfète de la Vienne lui a refusé un délai de départ volontaire pour exécuter son obligation de quitter le territoire français, et a annulé cette décision. Le 18 février 2022, à l'occasion d'un contrôle de police de la route, M. B a été placé en retenue pour vérification de sa situation administrative. Le même jour, M. B s'est vu notifier un arrêté par lequel la préfète de la Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français et interdiction d'y retourner pendant un délai de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.
Sur la recevabilité du mémoire en défense :
2. Le mémoire en défense produit par le préfet de la Vienne est signé par M D A, chef du bureau éloignement-contentieux, qui a reçu, en application des dispositions combinées des articles 3 et 1er de l'arrêté n° 2022-DCL-MACJ-2 du 7 mars 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Vienne et librement accessible en ligne, délégation du préfet de la Vienne à l'effet de signer notamment les mémoires en défense devant les tribunaux administratifs, dans la limite de ses attributions. Par suite, le moyen tiré de ce que les écritures en défense du préfet seraient irrecevables et devraient être écartées manque en fait.
Sur la compétence du signataire de l'arrêté et le respect des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et les administrations :
3. L'article L. 212-1 du code des relations entre le public et les administrations dispose : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".
4. L'arrêté en litige vise " le décret du 15 janvier 2020 nommant Mme C E préfète de la Vienne " et a été signé par " la préfète " elle-même, sous la mention de cette qualité. La préfète de la Vienne est l'autorité compétente, en vertu des dispositions du code de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour prendre chacune des décisions que contient cet arrêté. Si les nom et prénom de cette autorité n'ont pas été à nouveau inscrits sous sa signature, il est constant qu'ils sont explicitement mentionnés dans l'acte lui-même. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'indication de l'identité et de la qualité du signataire de l'acte, de même que celui tiré du défaut de pouvoir de ce signataire, qui manquent en fait, doivent être écartés.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, l'arrêté en litige cite les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont le fondement juridique de la décision par laquelle la préfète de la Vienne a obligé M. B à quitter le territoire français. Il expose, dans ses motifs, que M. B est revenu en France en méconnaissance de l'interdiction de circuler sur le territoire français prise à son encontre le 2 avril 2021, qu'il ne justifie d'aucune ressource issue d'une activité légale pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille afin de ne pas devenir une charge pour le système français d'assistance sociale, qu'il ne justifie d'aucun droit au séjour au titre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables aux ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne et que son séjour constitue un abus de droit. Il s'agit des circonstances de fait qui fondent l'obligation de quitter le territoire français. En outre, il ne ressort pas de l'exposé des motifs de la décision en litige, ni davantage des pièces du dossier, que la préfète de la Vienne, qui n'était pas tenue de reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, ne se serait pas livrée à un examen de sa situation personnelle. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doivent être écartés, comme manquant en fait.
6. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 232-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les ressortissants d'un Etat-membre de l'Union européenne disposent du droit de séjourner en France, sans autre formalité ou condition que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français, pour une durée maximale de trois mois, à la condition qu' " ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code, les citoyens d'un Etat-membre de l'Union européenne jouissent en France d'un droit au séjour pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : " 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° () ".
7. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. / Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".
8. La préfète de la Vienne s'est fondée, pour édicter une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. B, sur les 1° et 3° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, en retenant qu'il ne disposait d'aucun droit au séjour et que son séjour était constitutif d'un abus de droit.
9. D'une part, M. B a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, prise le 2 avril 2021 par la préfète de la Vienne et assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Selon ses déclarations, M. B a quitté la France en septembre 2021 et y est revenu trois semaines avant la décision contestée, pour honorer un rendez-vous médical fixé le 8 février 2022 dans le cadre d'une assistance médicale à la procréation avec tiers donneur débutée en 2020. S'il est constant que la compagne de M. B a bénéficié à cette date d'un transfert de blastocystes et est, depuis lors, enceinte de jumeaux, cette circonstance ne justifie pas, en elle-même, la violation par le requérant de l'interdiction qui lui a été faite de revenir sur le territoire français avant l'expiration d'un délai de deux ans à compter de son départ, telle qu'elle lui avait été notifiée le 2 avril 2021 et a été confirmée par la cour administrative d'appel, étant au demeurant relevé que l'intéressé, avant son retour en France, n'a saisi l'autorité administrative d'aucune demande en vue de voir abroger cette interdiction en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 251-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la préfète de la Vienne a estimé que la présence de l'intéressé sur le territoire français, en violation de cette interdiction, constitue un abus de droit, au sens de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, en sorte que l'intéressé ne peut utilement se prévaloir du droit au séjour de trois mois, tel que prévu à l'article L. 232-1 du même code, qui ne saurait être invoqué pour régulariser une telle violation d'une mesure d'éloignement.
10. D'autre part, M. B fait valoir que sa compagne, également de nationalité roumaine, réside et travaille en France et qu'il doit l'assister. Les bulletins de paie de la compagne de M. B, produits dans la présente instance, dont le plus récent date du 1er mars 2021, ne permettent pas de considérer que celle-ci, sans activité à la date de la décision attaquée et qui perçoit actuellement le revenu de solidarité active, se trouverait dans l'une des situations prévues par les dispositions précitées du 1° ou 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B ne peut donc se prévaloir en sa qualité de concubin d'un droit au séjour sur le fondement du 4° du même article.
11. Dès lors que, pour les motifs exposés ci-dessus aux points 9 et 10, M. B ne remplissait aucune des conditions lui donnant un droit au séjour et que sa présence sur le territoire français, fût-elle d'une durée inférieure à trois mois à la date de la décision en litige, était constitutive d'un abus de droit, la préfète de la Vienne n'a pas commis d'erreur de droit ou de fait en lui faisant à nouveau obligation de quitter le territoire français. M. B ayant lui-même indiqué aux services de gendarmerie le 18 février 2022 qu'il entendait repartir en Roumanie " à la fin du mois, le temps de faire les derniers examens pour savoir si les embryons ont tenu " et la nécessité pour sa compagne d'être plus longtemps suivie dans le service ayant dispensé l'aide à la procréation ne ressortant d'aucune pièce du dossier, la préfète n'a pas non plus fait d'application inexacte des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en décidant de lui ordonner de quitter le territoire français, cette décision étant accompagnée du délai de droit commun de trente jours.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Comme dit ci-dessus, M. B et sa compagne ont été suivis au centre hospitalier universitaire de Tours pour bénéficier d'une procréation médicalement assistée, ayant abouti à une grossesse gémellaire dont le terme est fixé au 3 novembre 2022. Toutefois, d'une part, le requérant a déclaré ne pas avoir en France d'autre famille que sa compagne. D'autre part, cette dernière est elle aussi de nationalité roumaine et il n'est pas démontré qu'elle serait dans l'impossibilité de poursuivre sa grossesse en Roumanie et d'y bénéficier d'une prise en charge adaptée à son état, ou que, lorsque les enfants seront nés, la cellule familiale ne pourrait pas se constituer dans ce pays. Dans ces conditions, quand bien-même l'existence de la relation de concubinage entre M. B et la mère des enfants à naître n'est pas contestée dans les motifs de la décision en litige, cette circonstance, à la supposer démontrée, ne suffit pas en elle-même à établir qu'en obligeant l'intéressé à quitter le territoire français, la préfète de la Vienne aurait porté au respect dû à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a pris sa décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
14. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il expose, dans ses motifs, que M. B est de nationalité roumaine, qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou à des traitements contraires à ladite convention dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision par laquelle la préfète de la Vienne a fixé le pays de renvoi, qui manque en fait, doit être écartée.
15. En deuxième lieu, dès lors que les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été écartés, M. B ne peut utilement se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est elle-même illégale.
Sur la décision de n'assortir l'obligation de quitter le territoire français d'aucun délai de départ volontaire :
16. Les conclusions de M. B tendant à voir annuler la décision par laquelle la préfète de la Vienne n'a assorti d'aucun délai de départ volontaire l'obligation qu'elle lui a faite de quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées, dès lors qu'aux termes de l'article 1er de l'arrêté en litige, l'intéressé dispose, à compter de la notification de cet arrêté, d'un délai de trente jours pour quitter le territoire français.
Sur la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans :
17. L'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".
18. En premier lieu, l'arrêté en litige cite les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, sur le fondement duquel la préfète de la Vienne a pris sa décision portant interdiction, pour M. B, de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Il expose notamment, dans ses motifs, que l'intéressé ne remplit pas les conditions ouvrant droit au séjour, qu'il a violé une précédente interdiction de circulation et que sa présence sur le territoire est constitutive d'un abus de droit. Les considérations de droit et de fait qui fondent la décision contestée sont ainsi suffisamment exposées dans les motifs. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
19. En deuxième lieu, si le moyen tiré de la violation de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne par un Etat membre de l'Union européenne est inopérant, dès lors qu'il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article ne s'adresse qu'aux organes et aux organismes de l'Union, le droit d'être entendu, qui est une composante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, assortie d'une décision portant interdiction de circuler sur le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment des procès-verbaux établis par les services de police le 18 février 2022, que M. B, qui faisait déjà l'objet d'une interdiction de circuler sur le territoire français qui lui avait été notifiée le 2 avril 2021, a été de nouveau entendu sur sa situation administrative, personnelle et familiale, qu'il a été mis en mesure de présenter des observations orales sur les mesures prises à son encontre et qu'il a d'ailleurs déclaré à cette occasion, interrogé sur ce point par les gendarmes, qu'il acceptait de quitter le territoire français. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir qu'il n'a pas eu, avant l'édiction de la décision en litige, la possibilité de connaître les mesures susceptibles d'être prises contre lui et de faire valoir son point de vue. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et du défaut de mise en œuvre du contradictoire, doit être écarté.
20. En troisième lieu, dès lors que, pour les motifs exposés ci-dessus au point 9, l'obligation de quitter le territoire français a pu être prononcée sur le fondement du 3° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de la Vienne, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle se serait crue à tort en situation de compétence liée, a pu, sans erreur de droit ni erreur de fait interdire à M. B de circuler sur le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier, dans les circonstance exposées aux points 10 et 13 et alors que M. B lui-même indique que le but du séjour de son couple en France était de bénéficier d'une assistance à la procréation, qu'en décidant de prononcer une telle interdiction et en fixant sa durée à deux ans la préfète aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou porté au respect dû à la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a pris sa décision.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 18 février 2022 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et de celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'Etat n'étant pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejeté.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H B et au préfet de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Pellissier, présidente,
Mme Thévenet-Bréchot, première conseillère,
M. Pinturault, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2022.
Le rapporteur,
Signé
M. F
La présidente,
Signé
S. PELLISSIERLa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef,
La greffière
signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026