jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200716 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET ROUSSEL-CABAYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 mars, 27 avril et 6 octobre 2022, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 3 mai 2022, M. B, représenté par Me Lussiana, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la délibération du 16 décembre 2021 par laquelle le conseil municipal de Magnac-sur-Touvre a décidé de préempter le bien cadastré section (ANO)AK n° 190(ANO), situé (ANO)21 rue de Veuze(ANO), ensemble la décision du 19 janvier 2022 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Magnac-sur-Touvre la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la délibération attaquée a été prise par une autorité compétente ;
- il n'est pas établi que les conseillers municipaux ont été convoqués conformément aux exigences de l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales ;
- la délibération attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle comporte deux dates différentes ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- la délibération attaquée est discriminatoire dès lors qu'elle exclut les familles sans enfant ou avec des enfants en bas-âge ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 131-2 du code de l'éducation ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 mai et 14 décembre 2022, la commune de Magnac-sur-Touvre, représentée par Me Devaine, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2022, la société Union mutualiste MFPrécaution, représentée par Me Roussel, conclut à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de tout succombant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dumont,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,
- les observations de Me Tribot, représentant la commune de Magnac-sur-Touvre.
Considérant ce qui suit :
1. Par une déclaration d'intention d'aliéner, reçue le 29 novembre 2021 par la commune de Magnac-sur-Touvre (Charente), la société Union mutualiste MFPrécaution a fait part, par l'intermédiaire d'un mandataire, de son intention de céder à la société Liic, à laquelle s'est substitué M. A, le bien cadastré section (ANO)AK n° 190(ANO), situé (ANO)21 rue de Veuze(ANO). Par une délibération du 16 décembre 2021, la commune a décidé de préempter ce bien. Le 27 décembre 2021, M. A a exercé un recours gracieux contre cette délibération, qui a été rejeté par une décision du 19 janvier 2022. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la délibération et de la décision rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision du 19 janvier 2022 :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.
3. Il résulte de ce qui précède que M. A ne peut utilement invoquer les vices propres dont serait entachée la décision du 19 janvier 2022 rejetant son recours gracieux. Il suit de là que le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la délibération du 16 décembre 2021 :
4. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. () / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. () ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels. () ".
5. Les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.
6. En se bornant à se référer, dans la délibération litigieuse, à l'objectif " d'enrayer la baisse du nombre d'enfants dans les écoles primaires et maternelle de la commune. Vu la situation géographique de ce bien proche des écoles, considérant que ce bien pourrait être restauré pour un usage locatif familial avec enfants ", la commune ne justifie pas, à la date à laquelle elle a exercé le droit de préemption urbain, d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, ni que l'objectif qu'elle entend poursuivre répond à un intérêt général suffisant, l'opération projetée n'étant pas, à elle seule, de nature à assurer le maintien de l'école de la commune. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme doit être accueilli.
7. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme (), la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation (), en l'état du dossier ". Pour l'application des dispositions de cet article, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de la délibération attaquée.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la délibération du 16 décembre 2021 par laquelle le conseil municipal de Magnac-sur-Touvre a décidé de préempter le bien cadastré section (ANO)AK n° 190(ANO), ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 19 janvier 2022 par laquelle le recours gracieux de M. A a été rejeté, doivent être annulées.
Sur les frais liés au litige :
9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune Magnac-sur-Touvre le versement à Me Lussiana, avocat de M. A, d'une somme de 1 080 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. A, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune de Magnac-sur-Touvre la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Union mutualiste MFPrécaution présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération du 16 décembre 2021 par laquelle le conseil municipal de Magnac-sur-Touvre a décidé de préempter le bien cadastré section (ANO)AK n° 190(ANO) et la décision du 19 janvier 2022 par laquelle le recours gracieux de M. A a été rejeté sont annulées.
Article 2 : L'Etat versera à Me Lussiana, avocat de M. A, une somme de
1 080 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Magnac-sur-Touvre et de la société Union mutualiste MFPrécaution présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à la commune de Magnac-sur-Touvre, à la société Union mutualiste MFPrécaution, ainsi qu'à Me Lussiana.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jarrige, président,
Mme Dumont, première conseillère,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,
G. DUMONT
Le président,
A. JARRIGE
La greffière,
G. FAVARD
La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026