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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200770

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200770

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200770
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSTIENNE-DUWEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2022, des mémoires enregistrés les 24 mars 2022, 10 avril 2022, 15 avril 2022, 19 avril 2022, 20 avril 2022, 26 avril 2022, 5 mai 2022, 13 mai 2022, 19 juin 2022, 11 juillet 2022, 16 novembre 2022, 18 novembre 2022, 10 décembre 2022, 15 décembre 2022, 19 janvier 2023, 31 janvier 2023, 14 février 2023, 24 avril 2023, 3 mai 2023, 24 mai 2023, 5 juin 2023, 10 juin 2023, 14 juin 2023, 15 juin 2023, 16 juin 2023, 23 juin 2023, 29 juin 2023, et des pièces complémentaires enregistrées les 27 mars 2022, 28 mars 2022, 29 mars 2022, 30 mars 2022, 31 mars 2022, 1er avril 2022, 2 avril 2022, 4 avril 2022, 11 avril 2022, 15 avril 2022, 1er mai 2022, 6 mai 2022, 13 mai 2022, 18 mai 2022, 19 mai 2022, 27 octobre 2022, 2 novembre 2022, 15 décembre 2022, 23 février 2023, 11 mai 2023, 5 juin 2023, 23 juin 2023, 27 juin 2023, 29 juin 2023 et 30 juin 2023, Mme B A demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 3 mars 2022 par laquelle le ministre de l'économie, des finances et de la relance a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de ses pathologies de névralgie cervico-brachiale et de tendinopathie de l'épaule droite ;

2°) d'ordonner une expertise médicale pour déterminer les préjudices imputables.

Elle soutient que :

- ses pathologies de névralgie cervico-brachiale et de tendinopathie de l'épaule droite sont imputables au service ;

- la décision de refus d'imputabilité du 3 mars 2022 fait référence à un problème de santé qu'elle a subi en décembre 2015 qu'elle n'avait pas mentionné au médecin expert et que l'administration a ainsi obtenu l'information illégalement en violation du secret médical ;

- le dossier médical qui lui a été communiqué par l'administration est incomplet ;

- le comité médical et la médecine du travail n'ont pas été saisis pour avis ;

- l'administration n'a étudié sa demande d'imputabilité qu'en tant que rechute du syndrome du canal carpien reconnu imputable et pas en tant qu'imputabilité directe au service.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête

Il soutient que :

- la requête est irrecevable pour défaut de moyen ;

- la requête est irrecevable sur le fondement du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative ;

- aucun des moyens n'est fondé.

La clôture d'instruction a été fixée au 13 juillet 2021.

Mme A a produit des mémoires les 27 juillet 2023, 30 juillet 2023, 25 août 2023, 28 août 2023, 4 septembre 2023, 11 septembre 2023 et 20 septembre 2023 qui n'ont pas été communiqués.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boutet,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée par l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) en qualité d'enquêtrice en 2013. Par décision du 1er juillet 2021, le ministre de l'économie et de finances a reconnu l'imputabilité au service de la pathologie du syndrome du canal carpien dont elle souffrait et qui avait été constatée le 8 février 2021. Par décision du 25 février 2021, le ministre a informée Mme A que les arrêts de travail correspondant à cette pathologie pour la période du 8 février 2021 au 16 avril 2021 étaient en conséquence pris en charge. Le 4 mai 2021, Mme A a déclaré une deuxième pathologie de névralgie cervico-brachiale et a demandé à son employeur de la considérer comme une rechute la pathologie de syndrome du canal carpien reconnue imputable au service et de prendre en charge les arrêts de travail correspondant du 1er mai au 30 septembre 2021. Le 18 octobre 2021, Mme A a déclaré une troisième pathologie de tendinopathie de l'épaule droite, à l'origine d'un arrêt de travail continu à compter du 2 décembre 2021, qu'elle a également demandé à son employeur de reconnaître comme imputable à la pathologie de syndrome du canal carpien. Par une décision du 25 février 2022, le ministre a informé Mme A, compte tenu des absences pour arrêt maladie comptabilisées pendant l'année précédant son dernier arrêt de travail, qu'elle était placée en congé de maladie ordinaire sans traitement du 1er février 2022 au 31 mars 2022. Par décision du 3 mars 2022, dont Mme A demande l'annulation, le ministre de l'économie a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des pathologies de névralgie cervico-brachiale et de tendinopathie de l'épaule droite déclarées par Mme A.

2. En premier lieu, si la requérante doit être regardée comme soutenant que la décision en litige est entachée d'un vice de procédure au motif que le comité médical et le médecin du travail n'ont pas été saisis au préalable, le moyen invoqué est dépourvu des précisions suffisantes pour en apprécier tant la portée que le bien-fondé.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision en litige que le ministre a analysé la demande de Mme A à la fois sur le terrain de la rechute du syndrome du canal carpien et sur l'imputabilité directe au service des pathologies de névralgie cervico-brachiale et de tendinopathie de l'épaule droite. Le moyen tiré du défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle manque donc en fait.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa version applicable au litige : " IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ".

5. Il résulte des dispositions citées au point 4 qu'une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service. La rechute d'une maladie professionnelle se caractérise par la récidive ou l'aggravation subite et naturelle de l'affection initiale après sa consolidation, sans intervention d'une cause extérieure.

6. Il ressort des pièces du dossier que le syndrome du canal carpien dont souffrait Mme A a été reconnu imputable au service par une décision du 1er juillet 2021 et a été considéré comme consolidé au 16 avril 2021 avec un taux d'incapacité permanente partielle de 1 %. S'agissant de la névralgie cervico-brachiale dont la requérante a été opérée le 4 mai 2021, il ressort des rapports d'expertise des 12 octobre 2021 du Dr. Bocq, médecin généraliste, et du 21 janvier 2022 du Dr. Vincent, neurologue, que cette pathologie, qui résulte d'une compression discale à l'étage cervical C5-C6, est la nouvelle conséquence d'une pathologie rachidienne antérieure, sans lien direct et certain avec le syndrome de canal carpien invoqué par la requérante, mais également sans lien avec le service. S'agissant de la tendinopathie de l'épaule déclarée par la requérante le 18 octobre 2021, il ressort du rapport d'expertise précité du Dr. Vincent que cette pathologie n'est pas avérée, les examens effectués montrant un aspect strictement normal de la coiffe des rotateurs et des tendons de l'épaule, de sorte que les douleurs de l'épaule dont souffre la requérante ne peuvent être regardées comme en lien avec le syndrome du canal carpien ou avec la névralgie cervico-brachiale qu'elle déclarée le 4 mai 2021 et sont sans lien avec le service.

7. D'une part, Mme A n'apporte aucun élément pour contredire les rapports d'expertises des Dr. Bocq et Vincent précités qui concluent à l'absence de lien direct et certain entre les pathologies de névralgie cervico-brachiale et de tendinopathie de l'épaule droite de la requérante, qui ne sont pas inscrites au tableau des maladies professionnelles, et l'exercice de ses fonctions ou ses conditions de travail. D'autre part, en se bornant à produire un certificat médical de son médecin généraliste daté du 21 novembre 2021 indiquant que le lien entre les trois pathologies invoquées par Mme A " peut-être envisageable ", la requérante n'apporte pas d'éléments suffisants pour contredire les deux rapports d'expertise précités concluant à l'absence de lien direct et certain entre d'une part la névralgie cervico-brachiale et la tendinopathie de l'épaule droite invoquées et, d'autre part le syndrome du canal carpien reconnu imputable au service. Par ailleurs, si la requérante soutient que la névralgie cervico-brachiale pour laquelle elle a été opérée le 4 mai 2021 trouve son origine dans un accident médical subi lors de l'électromyogramme qu'elle a dû réaliser le 27 février 2021, à la demande de son employeur et dans le cadre de l'instruction de sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service du syndrome du canal carpien dont elle souffrait, cette circonstance, à la supposer même établie, ne permet pas de considérer la névralgie cervico-brachiale comme imputable au service dès lors qu'elle résulterait dont pas d'une évolution naturelle de sa pathologie mais d'un examen médical constitutif d'une cause extérieure. Par suite, le ministre de l'économie n'a fait une inexacte application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires en refusant de reconnaître l'imputabilité au service des pathologies de névralgie cervico-brachiale et de tendinopathie de l'épaule droite invoquées par Mme A, tant sous l'angle d'une rechute du syndrome du canal carpien imputable, que sous l'angle d'un lien direct et certain avec le service.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 47-4 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires dans sa version applicable au litige : " L'administration qui instruit une demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service peut : 1° Faire procéder à une expertise médicale du demandeur par un médecin agréé () lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée ; () ".

9. Il ressort des pièces du dossier qu'en faisant référence à " un état antérieur déjà décelé en décembre 2015 " pour justifier du refus d'imputabilité de la névralgie cervico-brachiale dont souffrait la requérante, le ministre de l'économie s'est fondé sur le rapport d'expertise du Dr. Vincent du 21 janvier 2022 qu'il avait missionné en application des dispositions de l'article 47-4 du décret du 14 mars 1986 précité. Le ministre de l'économie n'a donc, en tout état de cause, pas fondé sa décision sur des informations obtenues illégalement ou violé le secret médical en prenant cette décision.

10. En quatrième et dernier lieu, si la requérante doit être regardée comme contestant le caractère incomplet du dossier médical qui lui a été transmis par l'administration le 15 juin 2023 par l'intermédiaire du médecin du travail, il s'agit, en tout état de cause, d'un contentieux distinct sans lien avec la légalité de la décision de refus d'imputabilité en litige.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 3 mars 2022 par laquelle le ministre de l'économie, des finances et de la relance a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de ses pathologies de névralgie cervico-brachiale et de tendinopathie de l'épaule droite. Sa requête doit, dès lors, être rejetée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir invoquées par l'administration et sans qu'il soit nécessaire d'ordonner une nouvelle expertise médicale.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Boutet, premier conseiller,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

M. BOUTET

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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